Le Postillon de Lonjumeau / Adolphe Adam – L’Opéra Comique

Michel Fau a choisi une œuvre, bien que peu connue, à son image : un opéra amplement comique dont la mise en scène souligne la légèreté et la gaîté. Il nous fait redécouvrir une composition en trois actes, créée à l’Opéra Comique le 13 octobre 1836 : nous revoilà dans ce même lieu, afin de faire renaître les rires face au livret d’Adolphe de Leuven et de Léon-Lévy Brunswick, bercés par la musique d’Adolphe Adam exécutée sous la direction de Sébastien Rouland.

Gaîté et couleurs vives sont au rendez-vous dans cette mise en scène des plus vivantes, quoique baignée du charme désuet des décors en papier peint et des costumes d’époque. Replongeons alors avec joie dans un XVIIIème siècle fantasmé, empli de marivaudages, où les quiproquos, les travestissements et les fins heureuses se croisent et se recroisent. Comment ne pas succomber, le temps de la représentation, au léger kitsch d’un spectacle qui nous invite à retrouver ces personnages de paysans parvenus, séducteurs, amoureux, ambitieux, chanceux, d’autant plus quand on nous invite à admirer de grands décors somptueux en papier, oripeaux d’un opéra vétuste qui garde son attrait, ainsi que des costumes de Christian Lacroix, comme autant de touches de couleurs fastueuses sur une scène devenue toile mouvante, tel un vieux livre d’images qui prendrait vie, réminiscence de nos enfantins souvenirs. Davantage encore quand la musique et les performances des interprètes sont remarquables : le contre-ré du ténor américain Michael Spyres, dont la diction française parfaite est à remarquer, le dédoublement de la voix de Florie Valiquette, qui joue du travestissement et de la tromperie pour se venger de son mari, la voix unie du chœur qui nous ravit. Bref, un rire gai dans une musique vivifiante, léger, spontané, pour ceux qui aiment à s’égarer dans la nostalgie d’un charme perdu et qui ne recherchent pas de la modernité tranchante dans les mises en scène d’opéra.

En outre, au-delà de la simple histoire d’amour légère et de vengeance douce, au-delà de l’histoire d’ascension sociale sous l’Ancien Régime, au-delà des charmants récits de galanterie et de séduction, une mise en abyme mène l’opéra à se penser lui-même. Des chanteurs d’Opéra jouent des chanteurs d’Opéra – le petit postillon de Lonjumeau, Chapelou, devenant le grand artiste lyrique Saint-Phar-, une scène se dresse sur la scène, on se rit de la fiction – « des serments d’amour comme cela, il n’y en a qu’à l’Opéra », répond Madame de Latour à la cour que lui fait Saint-Phar -, et on entre-aperçoit des références discrètes à l’histoire de l’Opéra elle-même. Bref, un art qui se pense lui-même sous ses attraits légers et vifs et qui ne sombre pas ainsi dans la vacuité du pur divertissement.

Et surtout, un Michel Fau irrésistible en robe de marquise rose bonbon, perruque immense à plume, dans un petit rôle parlé de servante, qui ne peut pas nous laisser indifférent. Un comique libérateur savoureux dans une esthétique de bonbon acidulé recouverte d’une musique entraînante, avec en prime un Michel Fau travesti, on ne peut pas dire non.

Anne Fenoy

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Un opéra oublié

Depuis sa création en 1836, l’opéra-comique Le Postillon de Lonjumeau n’a pas beaucoup été joué. En effet, malgré le franc succès connu à ses débuts, l’œuvre est vite tombée dans l’oubli, car elle avait été composée pour le grand ténor français Jean-Baptiste Chollet dans le rôle-titre, capable de sortir avec aisance les nombreux contre-uts et contre-rés de l’ouvrage. C’est en effet pour cette raison que cet opéra, encore aujourd’hui, n’est pas beaucoup joué : il faut pouvoir assumer vocalement le rôle-titre, et seuls de grands chanteurs comme Jean-Baptiste Chollet, ou Michael Spyres, y arrivent. Autre difficulté de cet ouvrage : le jeu. En effet, il s’agit d’un opéra-comique léger, drôle, qui contient de nombreuses scènes de théâtre. Il faut alors que les chanteurs endossent également le rôle de comédien, pour réussir à transmettre durant 2h30 la légèreté et la fantaisie qui sont propres à cette œuvre. Les comédiens y parviennent avec brio : chacun, dans son rôle, est bon, que ce soit au chant ou au jeu. Cependant, il y en a un qui sort du lot, celui sans qui rien ne serait possible car il interprète un rôle difficile : celui du postillon de Lonjumeau.

Il convient en effet de s’attarder sur la performance de Michael Spyres, ténor américain au français parfait (tant dans les paroles chantées que parlées, il est parfaitement compréhensible) et aux aigues si faciles. Certains se souviennent de lui et de son contre-mi dans La Fille du régiment, opéra-comique de Donizetti. En plus d’avoir une voix exceptionnelle à l’amplitude sans pareille, son jeu est de qualité : il assume très bien le rôle du bigame frivole qu’est le postillon Chapelou devenu Saint-Phar. L’on ne saura assez le redire, ce ténor à la voix exceptionnelle assume jusqu’au bout les nombreux contre-uts et contre-rés de l’ouvrage, et ce avec aisance.

Une mise en scène légère

Le style rococo et kitsch est poussé à l’extrême, complètement assumé, la mise en scène est rafraichissante. À titre d’exemple, on peut citer le rôle de Rose, interprété par le metteur en scène Michel Fau, dans un personnage travesti caricaturé à la coiffe et la robe bien trop grandes.

Il s’agit d’une réelle bande dessinée que l’on voit sur scène, avec des décors symboliques, volontairement caricaturaux, cela va de l’arbre en carton au gâteau immense sur lequel reposent les deux tourtereaux de l’Acte I. Les costumes, eux, proviennent (à l’exception de quelques-uns) tous de récupération d’anciens costumes de l’Opéra-Comique de Paris. Ainsi, c’est une farandole de couleurs qui se joue devant nos yeux ébahis.

Par conséquent, nous ne pouvons que nous réjouir du fait que Le Postillon de Lonjumeau se rejoue à Paris, en espérant qu’il soit produit à nouveau d’ici peu, pour que ceux n’ayant pas pu le voir y courent, car c’est un pan de la musique lyrique bien trop souvent mis à l’écart mais qui donne un courant d’air frais à l’opéra traditionnel, en alliant théâtre, comédie, mise en scène fantaisiste et chant lyrique de grande qualité.

Raymi Bouquet

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Le Postillon de Lonjumeau est un Opéra Comique d’Adolphe Adam, il se joue en ce moment à L’Opéra Comique de Paris où il fut créé en 1836 et dans lequel il n’avait pas été joué depuis 1894. Agrémenté du « plus français des ténors américains », cet Opéra a été mis en scène par Michel Fau, qui jouera aussi le rôle de Rose. Ce sont donc des retrouvailles à ne pas manquer.

C’est l’histoire de Chapelou, un postillon de Lonjumeau qui, au début de l’acte 1, épouse Madeleine, la femme qu’il aime. Mais, le soir de ses noces, il est repéré par un marquis qui, subjugué par son contre-ré, veut l’amener à la cours chanter pour le roi. Après une brève hésitation, Chapelou le suit et abandonne la pauvre Madeleine le jour même de leur mariage. Mais celle-ci lui prépare une vengeance de taille. Dix ans plus tard, on la retrouve à Paris sous le nom de Madame de Latour chez qui, justement, doit se produire Chapelou, à présent chanteur réputé à la cours de Louis XV et qui se fait maintenant appeler Saint-Phar. Ne l’ayant pas reconnu, il tombe à nouveau sous son charme et par un subterfuge minutieux, elle fait en sorte qu’il l’épouse à nouveau. Mais le marquis, le même qui jadis avait emmené Chapelou, amoureux de Madame de Latour, apprenant leurs récentes noces menace de le faire pendre pour bigamie. Au moment où l’on emmène Chapelou, Madeleine se ravise et avoue qu’elle est, en fait, Madame de Latour, sauvant ainsi son mari et provoquant de belles retrouvailles entre les deux époux.

Cet Opéra, dans son entièreté était une réussite. Outre la beauté des costumes et des décors, le jeu des acteurs et la mise en scène étaient excellents. La voix du ténor, Michael Spyres, son talent, son humour rendent cet Opéra incontournable. Sa voix vous transporte, vous émeut, vous ravis; il vous prendrait même l’envie de fermer les yeux un instant pour mieux l’apprécier. Florie Valiquette, interprète de Madeleine et de Madame de Latour, dont la voix passait de la note la plus grave à la plus aiguë de manière tout à fait naturel était, elle aussi, impressionnante. L’Opéra est rythmé de moments à vous tordre de rire; d’ailleurs certains personnages, tel que Rose, ne pouvaient passer sur scène sans provoquer un rire collectif et contagieux au sein du public. Le chœur apparaissait de manière inattendue au moment opportun créant toujours, avec le ténor, un merveilleux équilibre. L’orchestre, placé en dessous de la scène, dirigé par Sébatien Rouland, accompagnait à merveille les chanteurs et créait de doux intermèdes entre les actes.

Cet Opéra Comique ravira tous ceux qui aiment la musique, l’humour, les histoires d’amour un peu contrariées, les retournements de situations et les fins heureuses.

Sarah Djaafa

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Le mercredi 3 avril 2019, j’ai assisté grâce au service culturel à mon premier Opéra. Joué à l’Opéra Comique de Paris, Le postillon de Longjumeau est une très bonne découverte.

Nous suivons l’histoire de Chapelou, jeune et beau postillon de Longjumeau, qui décide de se marier. Le comique repose dans un premier temps sur l’opposition entre les différentes attentes des personnages. Si la femme, Madeleine, semble sérieuse et prête à s’engager, nous comprenons assez rapidement que le jeune homme n’est pas totalement prêt à renoncer aux femmes pour ne se consacrer qu’à un hymen. Alors qu’il chante sa beauté, il est repéré et engagé pour chanter dans la troupe du roi Louis XV. Après une courte hésitation, le postillon de Longjumeau cède à la gloire et à l’argent et accepte d’abandonner sa femme à la campagne pour vivre pour lui-même.

Dix ans plus tard, les mariés se sont transformés, changeant de nom et d’apparence. Vivant également à Paris, Madeleine y voit là une occasion unique de vengeance.

L’opéra joue donc incontestablement avec l’ironie dramatique. Le spectateur, connaissant les doubles (voire triples) complots qui lient les mariés ne jubile que d’autant plus. On se délecte de l’ignorance d’un homme qui pense être le meilleur, tout comme on compatit à cette femme qui cherche résolument à oublier sa peine et son amour par la vengeance.

Il y a également un jeu sur les répétitions, les parallèles et les contradictions. Par exemple lorsque les deux jeunes époux s’avouent l’un à l’autre avoir questionné une personne extérieure sur l’avenir de leur couple. L’un s’indigne, l’autre donne raison au voyant, puis c’est l’inverse; le tout dans une belle envolée lyrique.

Il est inévitable de mentionner le talent immense des artistes lyriques. Leurs voix sont grandioses, impressionnantes. J’ai été impressionnée par la justesse, mais aussi par la portée de leurs voix (au quatrième étage, nous les entendions parfaitement sans enceinte).

En dessous de ces décors et costumes extravagants apparaît l’orchestre. Tous de noir vêtus, les musiciens ont également été impressionnants. Leur justesse et leur synchronisation avec les chanteurs permet au spectateur de s’immerger dans l’opéra. Les deux entités que sont la scène et l’orchestre sont très différents visuellement mais se rapprochent jusqu’à ne former plus qu’un seul et même son, qu’une seule et même voix.

Grandiose et décidément drôle, cet opéra-comique a su me charmer.

Oceane Caboche

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