Le lac des cygnes

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Ce Vendredi 16 Décembre, je me suis rendue à l’Opéra Bastille pour y voir le ballet russe Le Lac des cygnes, une création pour l’Opéra National de Paris chorégraphiée par Rudolf Noureev. Ce ballet russe en 4 actes est sur une musique de Tchaikovski et un livret de Begichev, inspiré du conte « Voile dérobé » de Musäus.

Le Prince Siegfried s’apprête à fêter sa majorité et devra choisi une épouse lors du bal donné pour son anniversaire. Il se rend de nuit dans la forêt et voit un cygne. Il le suit jusqu’au lac et s’apprête à viser avec son arbalète quand il le voit se changer en une magnifique femme : Odette. Enlevée par Rothbart, elle est condamnée à vivre sous la forme d’un cygne et ne peut reprendre apparence humaine que la nuit. Seul l’amour peut la délivrer.

Le décor est dépouillé : la scène est comme «bloquée» par trois imposants murs ornementés de larges colonnes. Sur la moitié jardin du mur du fond se trouve une toile où sont projetées diverses peintures qui permettent ainsi de nous déplacer rapidement d’un lieu à un autre. Les peintures projetées sont inspirées de Monet ce qui ajoute une touche de sensibilité supplémentaire. Le dépouillement se poursuit jusque dans l’utilisation des accessoires : les seuls utilisés sont deux trônes, une épée, un arc et une couronne.

Le ballet débute avec l’enlèvement d’Odette par Rothbart. Ils s’envolent ensemble tandis que sur l’avant-scène gauche, le prince est déjà présent plongé dans ses pensées. L’envolée des deux protagonistes est spectaculaire : passés derrière la toile opacifiée par un jeu de lumière, ils ont enfilés une cape avant de s’élever grâce à des câbles, mimant ainsi l’envol des oiseaux.

Contrairement au décor épuré, les costumes sont classiques, riches en couleurs et en textures, si bien qu’on a l’impression de voir une salle de bal remplie de trésors. Cela aurait été dommage que le metteur en scène ait utilisé plus d’accessoires : l’impact de la beauté des costumes n’aurait pas été le même.

Il y a au total 48 danseurs. Quand les artistes ne dansent pas, ils sont sur les côté de la scène à observer les danseurs en action et à interagir entre eux comme cela pourrait se passer dans une cour royale. Même si ils n’ont pas de texte, il est agréable de voir que les danseurs postés sur les côtés font « vivre » la scène en étant totalement dans leurs personnages, tant par leurs gestuelles que dans leurs façons de se comporter entre.  Certaines fois, la scène n’est occupée que par un, deux ou trois danseurs. Ce changement du nombre de personne sur scène créé une dynamique intéressante.

Ce ballet fait partie de ceux qui ont le pouvoir de m’émouvoir à chaque fois. L’histoire est bouleversante et la performance des artistes amplifie nos émotions. Les spectateurs qui étaient à mes côtés ont également été touchés par la grâce et la mélancolie du ballet. Il y eu de nombreux rappels et ce fut sans surprise qu’il y eu également  un standing ovation. A la fin de chaque tableau, une pluie d’applaudissements retentissait sitôt que le danseur posait le pied au sol pour s’immobiliser. Le ballet était obligé de se mettre en pause quelques instants pour laisser l’engouement retomber un peu avant de reprendre de plus belle.

C’est un tourbillon de couleurs et de figures impressionnantes qui nous a tous emporté ce soir-là et qui vaut le coup d’être vu car on a tous besoin de se laisser transporter par la poésie, même si ce n’est que le temps d’un soir.

Mylène Bude

Alors que le jeune prince Siegfried fête sa majorité, sa mère lui annonce qu’il devra choisir, dès le lendemain, une épouse lors du grand bal donné pour son anniversaire. Contrarié, le prince sort la nuit aux alentours du château avec l’arbalète qui vient de lui être offerte. C’est alors qu’il voit au loin, près du lac, une nuée de cygnes. Il s’apprête à tirer mais arrête son geste : devant lui se tient une magnifique femme vêtue de plumes blanches. Celle-ci lui raconte son histoire : elle se prénomme Odette et a été ensorcelée par le terrible sorcier Von Rothbart. Siegfried tombe fou amoureux de la belle créature, cygne le jour et femme la nuit. Pour la délivrer il lui faudra l’épouser. Le lendemain, au bal, Von Rothbart amène Odile, cygne noir, ressemblant terriblement à Odette. Dupé, Siegfried l’épouse et ne se rend compte, horrifié, de sa méprise que lorsque la véritable Odette arrive.

La représentation du Lac des Cygnes à l’opéra Bastille du 16 décembre 2016 a eu pour chorégraphe Rudolf Noureev, s’inspirant de Marius Petipa et Lev Ivanov, et pour directeur musical Vello Pähn. Konrad Kuhn a également collaboré à la mise en scène et à la dramaturgie. Franca Squarciapino a réalisé les costumes et les décors ont été créé par Ezio Frigerio. Vinicio Cheli s’est occupé de la lumière. L’orchestre est celui de l’Opéra national de Paris. Ce ballet a été créé pour le Ballet de l’Opéra national de Paris le 20 décembre 1984.

Odette fut interprétée par Myriam Ould-Braham, Siegfried par Mathias Heymann, Von Rothbart par Karl Paquette, la reine par Sarah Kora Dayanova.

Les décors sont très épurés, les murs dénudés. La vision du lac vient parfois s’ajouter à l’ensemble. Les costumes sont d’époque moderne. La multiplication des danseurs plonge le spectateur dans une ambiance festive, de bal. La multitude des cygnes est subjuguante et vraiment captivante. La technicité des danseurs laisse sans voix.

La mise en scène est assez fidèle au texte initial. Les attitudes des personnages poussent le spectateur à un meilleur ressenti au niveau des émotions dégagées par la musique. La fin est tragique, Odette est emportée dans les griffes de Rothbart, sous le regard impuissant et paralysé de Siegfried, qui reconnaît alors l’image de son rêve prémonitoire. Noureev affirma : « Le Lac des cygnes est pour moi une longue rêverie du prince Siegfried. Celui-ci nourri de lectures romantiques qui ont exalté son désir d’infini, refuse la réalité du pouvoir et du mariage, que lui imposent son précepteur et sa mère. »

Le spectateur est captivé par la musique et le jeu des personnages. Il est transporté dans les différentes actions et attend avec une certaine impatience le dénouement, qu’il n’est pas en mesure de prévoir. Il sent les émotions des acteurs. Drame de passion, le Lac des Cygne offre non seulement une parfaite combinaison mélodique et dramatique, mais met en évidence les tensions sociales engendrées par l’obligation que possède un prince de trouver une femme parfaite, de son rang.

Pauline Leveque-Guibert

Inspiré de légendes slaves et nordiques, Le lac des cygnes est un ballet en quatre actes composé par Tchaïkovski entre 1875 et 1876. Le mythe est revisité plusieurs fois et notamment en 1984 par le chorégraphe Rudolf Noureev pour l’Opéra de Paris, donnant davantage d’humanité au personnage principal, le prince Siegfried. En effet l’œuvre de Tchaïkovski est assez mélancolique et semble traduire l’amour qu’il ne trouvera jamais durant son existence, or Noureev accentue les états d’âmes du prince qui se trouve face à un dilemme, comme retraçant l’histoire du compositeur.

C’est lors d’un bal que Siegfried se voit contraint de choisir une épouse par sa mère, il décide alors de se promener en forêt et rencontre un cygne qui se transforme en une jeune femme resplendissante et avec qui il partage une danse fusionnelle. Cependant cette dernière n’apparait que ponctuellement et est contrôlée par le maléfique Rothbar, cygne noir et terrifiant. Ainsi l’intrigue vacille entre rêve merveilleux et réalité funeste.

Néanmoins, l’ensemble du ballet est une explosion de couleurs grâce au travail de la costumière Franca Squarciapino. Le spectacle débutant par une scène de bal, les danseurs sont habillés de couleurs chaudes, les hommes sont davantage dans les tons orangés, rouges ou verts pâles, tandis que les femmes sont en mauve ou en rose. Chaque tenue est délicate et légère, épousant les corps et créant une sorte de mouvance féérique à chaque danseur. Déjà, l’œil se régale à la vue de cette profusion de personnages de la Cour et à cela s’ajoute un jeu sophistiqué de lumières par Vinicio Cheli.

Un contraste puissant s’établit lorsque les cygnes apparaissent, amenant toute la dimension merveilleuse du ballet. En effet, la lumière s’assombrit, l’orchestre tombe dans des sonorités graves telles un orage éclatant, et une représentation picturale du lac apparait au fond de la scène. C’est alors que des danseuses en tutu blanc arrivent par dizaine, créant une forme géométrique mouvante par la position précise de chaque corps. On a l’impression d’être face à une anémone humaine, aux tentacules qui bougent au gré du vent, et dont sort de manière magistrale la jeune femme cygne, qui se distingue des autres par un diadème brillant de mille feux.

Siegfried et la femme cygne forment un duo poétique, leurs corps se mélangent en dansant tandis que leur condition interroge l’histoire de l’humanité sur le topo de l’amour impossible. Le ballet est bouleversant par sa somptuosité scénographique qui cherche la perfection, tandis que l’orchestre créé des émotions violentes en chaque spectateur, on a perçu de nombreux moments de silences tant le public de l’Opéra Bastille était maintenu en haleine. Enfin, le ballet retranscrit à merveille la culture russe, à la fois froide et fascinante, bercée de magie ancestrale.

Betteline Mimran
Photo : Ann Ray