L’Ange du Bizarre

Exposition | Musée d’Orsay | En savoir plus


Pouvoir visiter l’exposition « L’Ange du Bizarre » sans une foule compacte, bien que le temps nous ait fait un peu défaut, ainsi que pouvoir profiter d’une introduction par un intervenant et par le commissaire de l’exposition furent une véritable chance. L’exposition a le mérite d’être originale par son thème et sa mise en scène.
La scénographie ne tombe pas dans les clichés auxquels on aurait pu s’attendre, abusant du noir et du rouge. Les couleurs étaient sombres, certes, mais assez lumineuses avec un bleu qui mettait bien en valeur les tableaux. J’ai surtout apprécié la monumentalité de la mise en scène qui correspond à la force des tableaux. Toutefois, à force de vouloir éviter de tomber dans les clichés, la scénographie demeure assez neutre et aurait pu convenir à bien d’autres expositions.

Alors que les deux premières parties de l’exposition sont extrêmement intéressantes, la dernière l’est un peu moins. La cohérence est quasiment absente et les œuvres sont moins directement liées au sujet. De manière générale, le choix de certains tableaux est difficilement compréhensible. Cela est sûrement du à la volonté d’avoir une approche très large du romantisme noir qui a conduit à voir dans toute forêt comportant un être étrange ou seul, une œuvre du romantisme noir. De même, on peut s’interroger sur la présence du tableau de Géricault figurant un soldat blessé. S’il s’agissait de montrer l’horreur de la guerre, d’autres tableaux auraient été plus pertinents. La présence de deux fauteuils ornés de créatures fantastiques dénotait également car il n’y avait aucun autre objet. Les œuvres étant très nombreuses, on aurait aisément pu se passer de quelques unes d’entre elles. Il aurait été plus profitables d’agrémenter davantge d’œuvres de commentaires explicatifs, notamment pour celles ne provenant pas du Musée d’Orsay.

Outre la visite de l’exposition, nous avons pu profiter d’une visite rapide du musée et de sa nouvelle muséographie avec les commentaires d’un membre du personnel. C’était vraiment très intéressant. J’espère que l’université Paris-Sorbonne réitérera ce type de visite au Musée d’Orsay. L’expérience fut, je pense, très profitable pour les étudiants.

Betty Parois

Après le grand succès rencontré par l’exposition sur le romantisme noir à Francfort (Allemagne), son équivalent parisien, revu et enrichi de nouvelles œuvres, s’est donc installé dans les nouveaux espaces du Musée d’Orsay à Paris du 5 mars au 23 juin 2013. En comparaison à l’exposition francfortienne, la version parisienne se distingue par des apports dans l’art symboliste et ne se résume pas uniquement à la peinture mais présente aussi une grande partie de sculptures et d’œuvres  graphiques.

Dans le cadre d’une collaboration avec l’Université Paris-Sorbonne IV, un groupe d’étudiants volontaires a visité l’exposition, accompagnée d’une introduction informative par le conservateur du Musée d’Orsay, Côme Fabre, qui a exposé ses réflexions sur le sujet du romantisme noir et ce projet d’une exposition dédiée à Paris. Pour cela, Côme Fabre s’est appuyé sur la grande tradition d’Orsay,  maison de l’art de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. En plus des origines du courant du romantisme noir, entre 1770 et 1850, qui donnent une image impressionnante des ombres du siècle des Lumières et des affranchissements des barrières bourgeoises, des « attractions » du Musée d’Orsay telles que des pièces relevant de l’art symboliste (1860–1900) et de l’art surréaliste (1920–1940) constituent un apport particulier à cette exposition.

Grâce à l’introduction instructive de Côme Fabre, le visiteur a conscience du souhait d’une interprétation individuelle et propre au Musée d’Orsay. C’est là une réussite. Car à la fin de l’exposition, qui déroule le fil conducteur de l’exploration du bizarre, la boucle est bouclée : l’art symboliste se manifeste bien comme l’héritier pouvant renouveler et perfectionner ce désir aux confins de l’âme. Les sources de l’inspiration pour Salvador Dalí ou Max Ernst sont les scénarios des cauchemars, la fascination pour l’inconscient, les rêves et les vertiges d’un Böcklin, d’un Füssli ou d’un Friedrich. En outre, à la vue du film Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau ou du classique surréaliste Un chien andalou de Dalí/Buñuel, il ne fait aucun doute que la fascination pour le bizarre et l’étrange puisse marquer fortement l’imaginaire collectif contemporain, et ce également au travers d’œuvres cinématographiques. – Franziska Frey


Avec l’exposition « L’Ange du Bizarre, le Romantisme noir de Goya à Max Ernst » ce sont des artistes aux époques, aux univers et aux horizons aussi différents que Johann Henrich Füssili, Salavador Dali, Fransico de Goya ou encore Paul Elie Ranson qui se rencontrent et interagissent ensembles. L’exposition tente pour la toute première fois sur le sol français de refaire vivre un courant artistique, sinon un état d’esprit, qui a traversé les arts européens des Lumières à la veille du second conflit mondial.

L’exposition, par une scénographie qui joue tant avec les couleurs qu’avec les volumes arrive à retracer un parcours qui témoigne avec le plus grand intérêt de ce romantisme noir en perpétuel évolution qui balaye près de cent cinquante ans d’histoire des idées et d’histoire de l’art. A travers près de deux cents oeuvres de différentes natures (peintures, sculptures mais aussi lithographies, dessins et photographies), « L’Ange du Bizarre » nous plonge dans une atmosphère où règne le trouble et la magnificence de l’horreur. Ce sont sorcières, vampires, fantômes et autres créatures de l’imaginaire et du fantasme qui coexistent de la même manière, sous la même lumière et sous le même pinceau avec l’ange, la belle endormie, Dante ou Virgile.
Les paysages tourmentés des romantiques allemands parmi lesquels on retrouve sans grande surprise mais à notre plus grand bonheur les plus belles toiles de Friedrich mais aussi de Lessing, se gardent pour autant de faire de l’ombre aux nombreuses pièces françaises présentées parmi lesquelles Géricault, Delacroix ou encore Pierre Bonnard.
Enfin l’exposition, en plus de se faire véritable vitrine de cet art du romantisme noir européen nous rappelle les nombreuses influences et correspondances entre ces oeuvres picturales, la littérature, et la culture populaire du XXème siècle. Si le MacBeth de Shakespeare a directement offert ses Trois Sorcières au suisse Füssili, c’est d’une planche des Caprices de l’espagnol Goya, Los chinchillas, qu’est inspiré le Frankenstein de James Whale.
Aussi, l’exposition présente à deux reprises une série de plusieurs extraits cinématographiques porteurs de cette philosophie même du romantisme noir, de Buñel à Murnau en passant par Hitchcock.

On l’aura compris, « L’Ange du Bizarre » est bien plus qu’une simple exposition d’oeuvre où qu’une rétrospective artistique, elle est un itinéraire intellectuel et culturel, symptomatique du ressentiment des époques et de la conception des contemporains du temps. Profondément novatrice par son thème à l’échelle du pays, elle l’est dans sa scénographie dans l’histoire du Musée d’Orsay, qui présente du 5 mars au 23 juin 2013, une exposition très moderne d’une grande richesse et d’une rare qualité qui parvient aisément à faire oublier les petites coquilles orthographiques des panneaux explicatifs ou l’exposition d’oeuvres quelques fois malheureuse comme celle du Moon and Firelight de Thomas Cole dans lequel, dès l’entrée, se reflète un extrait cinématographique.

Kimberley Hartmann

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Déconcertant, déroutant, drôle, étonnant, étrange, fantaisiste, farfelu, fou, grotesque, incroyable, inhabituel, inquiétant : ces synonymes de l’adjectif « bizarre » représentent tous cette exposition surprenante sur le romantisme noir. Surprenante oui,  car celle-ci à la fois satisfait les attentes du spectateur, qui ne nous le cachons pas veut être terrifié par des êtres extraordinaires, mais surtout elle sait le déconcerter, lui faire voir autrement le noir, comme l’aurait dit Soulages.

En effet, les adeptes de romans fantastiques, de sorcières, de démons frissonneront à souhait. Le choix des œuvres semble sur ce point particulièrement habile : on frémit à la vue d’êtres maléfiques, on est fasciné par cette Nature grondante représentée dans les œuvres de Friedrich, Huet ou encore Ender. La littérature, la mythologie et la religion se distinguent également : Dante, Hugo, Virgile, Galatée, Satan  participent tous à cette « danse macabre » !
Si les œuvres sont admirablement choisies, elles sont surtout admirablement orchestrées. Sans être tombée dans le piège du «train fantôme»,  la scénographie illustre parfaitement ce qu’est le romantisme noir : une déclinaison de nuances majoritairement sombres. Le spectateur traverse des salles grises, bleues, les couleurs des tableaux s’accordent parfois à celles des murs : il est alors fondu dans les œuvres et imprégné par l’atmosphère inquiétante qu’elles diffusent. Mais à de multiples reprises, son œil est saisi par la vivacité des teintes qui jaillissent sur ces murs sombres. Car ne nous y trompons pas, les œuvres du romantisme noir ne sont pas monochromes : les peintres semblent s’être plu à faire surgir le rouge d’une chevelure, le vert d’une forêt, le rose d’un ciel, le blanc immaculé de corps nus.
Ce jeu sur les teintes n’est pas le seul tour de force de la scénographie qui se distingue surtout par sa variabilité. Variabilité des œuvres tout d’abord, puisque l’exposition ne rassemble pas uniquement des tableaux, mais aussi des films, des estampes, des lithographies,  des fresques, des encres, des photographies, des sculptures…et même des chaises (!). Cette variabilité est particulièrement efficace pour faire ressentir la dimension érotique du romantisme noir : corps peint, corps moulé, le corps exhibé, sublimé n’en est que plus désirable. La variabilité est aussi historique, géographique : on voyage en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne, et ce dans des contextes différents (époque des Lumières, XIX° et même XX° siècles). Sur ce point, l’ouverture du Musée à des courants inédits (surréalisme par exemple) est très appréciable et montre que romantisme noir ne se restreint pas au XIXe siècle.

Au fil de sa visite, une impression dérangeante, effectivement «bizarre» imprègne le spectateur. A cet instant se manifeste le sens véhiculé par la seule succession des œuvres. En effet, si les sorcières et autres êtres imaginaires continuent à illustrer ce romantisme noir, le visiteur se rend rapidement compte que ce qu’il y a de plus noir, de plus inquiétant vient de l’homme même. On pense au cannibalisme représenté par Goya, mais surtout aux sentiments qui nous sont plus familiers comme la jalousie dépeinte par Munch, l’amour destructeur, pervers représenté par la femme fatale dans les œuvres de Moreau par exemple. Le romantisme noir ne se réduit pas à l’extraordinaire, au fantastique, il représente la vie dans son entièreté, sans fard, il suscite la peur, le dégout, le désir, l’effroi, la fascination, le plaisir morbide, le rire aussi. Poussé par une soif de terreur, un désir d’étrangeté, un besoin de voir en l’extraordinaire le plus effrayant, le spectateur ressort de l’exposition en ayant découvert (ou reconnu ?) la partie sombre de sa propre humanité.
Alors, en imitant le titre d’une estampe de Goya, je vous dis « Bon viage »…

Juliette Lombard

Lundi 8 avril, nous avons été invité à découvrir la nouvelle exposition que nous propose le musée d’Orsay en collaboration avec le Stadel Museum de Francfort-sur-le-Main. Le cadre était lui-même exceptionnel puisque nous avons eu l’occasion de faire la visite du musée mais aussi la visite de cette exposition avec un mot du commissaire Côme Fabre, sans guide afin que nous puissions nous forger notre propre vision. Mais, surtout, sans la horde de touristes et autres habitués du musée qui finissent par en décourager plus d’un lorsqu’il est question d’aller découvrir une nouvelle exposition (ex : à Beaubourg l’exposition Dali bat des records de files !).

Côme Fabre a voulu à travers cette exposition évoquer le romantisme noir, pas comme un style mais un courant bien présent à travers les siècles avec les Symbolistes, les Surréalistes mais aussi le cinéma des années 30. Le pari est réussi puisque l’exposition a su nous montrer cette résurgence du romantisme noir qui traverse les siècles. Heureux constat, on a ici réussi à éviter les clichés traditionnels : une ambiance digne du château de Dracula, du noir partout et autres crucifix renversés. La mise en scène ou plutôt la scénographie d’Hubert Le Gall, architecte d’intérieur, distille avec subtilité des tons mauves, gris, bruns, bleus turquoises et noirs. L’ambiance est relaxante et le visiteur peut d’ailleurs au travers de ce très long parcours (rappelons qu’il y est présenté plus de 200 œuvres) marquer une pause dans des fauteuils ou encore lors de projections cinématographiques d’une durée moyenne de onze minutes et qui retransmettent des extraits de Dracula de Tod Browning, Rebecca d’Hitchcock, La vie criminelle d’Archibald de la Cruz ou encore La Sorcellerie à travers les âges. Si l’exposition suit  une vision chronologique plutôt qu’une segmentation du courant par pays, je suis cependant restée perplexe face au choix du commissaire, qui a placé l’extrait cinématographique imaginé et réalisé par Dali, Le chien Jaune en plein milieu du XIXe siècle. Je l’attendais quant à moi dans la deuxième partie de l’exposition qui était consacrée aux Surréalistes et artistes plus contemporains comme Munch ou Ernst.

Côme Fabre a tenté avec plus ou moins de réussite, de ne pas séparer en quatre blocs distincts (Angleterre, France, Italie, Espagne) les courants « fondateurs » du romantisme noir, notamment au XVIIIe siècle. Cependant, cette séparation reste très difficile à faire et nous retrouvions tout de même ces quatre écoles. Mais cela permet d’autre part, au visiteur qui est avant tout un amateur, d’avoir un fil conducteur de ce courant de pensée qui prend sa source sous les Lumières. Je reste en revanche sur ma faim, lorsque l’on se limite à évoquer Sade au travers de citations ou que l’on évoque Goya sans mettre en parallèle le travail d’Odilon Redon et notamment de ses albums A Edgar Poe et Hommage à Goya. Redon est bien présent dans la suite de l’exposition mais il y a des « classiques » que l’on ne peut omettre.

Si j’ai mentionné le parcours riche et long de cette exposition, j’ai eu cependant quelque mal à comprendre la place de certains tableaux dans cette exposition. Si la chronologie et la succession des artistes sont parfaitement cohérentes dans la première partie de l’exposition qui retrace le courant de sa naissance, les Lumières, à la fin du XIXe siècle, la seconde partie semble un peu « fourre-tout ». Tout est désormais romantisme noir et bizarrerie. Les œuvres s’accumulent avec des Magritte qui ne semblent pas à leur place (Le Colloque sentimental), des forêts par-ci par là, des poupées d’Hans Bellmer, etc. Des œuvres peut-être un petit peu trop abstraites à mon goût et qui nécessiteraient des explications, absentes face au nombre important de tableaux qui s’enchainent à un rythme presque industriel. En effet, déjà dans la première partie qui se consacrait au XIXe siècle, on y voyait deux peintures de Géricault : Le Radeau de la Méduse en plus petit format et Un officier blessé sur le champ de bataille avec son cheval. Si je suis au fait des subtilités du Radeau de la Méduse qui me permettent de comprendre pourquoi ce tableau a sa place dans cette exposition, ce n’est pas forcément le cas du « visiteur lambda ».
Je rebondis sur ce paragraphe pour évoquer à présent, la question du temps. La richesse de l’exposition mais surtout l’abondance de tableaux rend l’exposition longue, voire trop longue même si elle est des plus intéressantes. Nous avons eu plus d’une heure trente pour la parcourir et je n’ai cependant pas eu le temps de réellement « savourer chaque œuvre ». Nous avons été mêmes obligés de finir la fin de l’exposition en se contentant de « scanner » les œuvres. Et même si des « pauses cinématographiques » sont aménagées à deux reprises, le manque de places assises peut se faire cruel lors d’un jour d’ouverture « habituel ».

Enfin, si chaque section veut raconter une histoire, l’exposition invite le visiteur à se poser finalement une question essentielle. Qu’est-ce que le romantisme noir ? On découvre que le courant ne se réduit pas à la mélancolie de Baudelaire ou à la peur que fait ressentir Dracula. On explore Victor Hugo, Füssli, Moreau, Goya, Redon, Sade, Munch, Magritte, Ernst.  Le romantisme noir s’inspire d’une multitude de choses : l’occultisme et la référence voire la fascination pour Satan (école anglaise avec Blake, John Martin mais surtout Füssli qui dépeint un Satan en ange à la fois déchu et tentateur dans son Satan s’échappant sous la lance d’Ithuriel, 1779), la lumière (John Martin, Le Pandemonium, 1841), la peur et les autres croyances héritées du Moyen-Age (Le Vol des Sorcières de Goya), l’étrange et le bizarre (Munch, Bonnard), la cruauté voire l’érotisme avec Sade et les photographies de femmes avilies, la guerre et ses conséquences (Goya, les Surréalistes, Géricault), la littérature de Shakespeare, la solitude (Khnopff, Nuncques) mais également les préoccupations politiques de chaque époque comme Moreau qui dépeint la femme en Tentatrice, en Salammbô mais aussi cette Méduse finalement innocente et victime des écueils de la prostitution, fléau victorien.
La définition même du romantisme noir n’est donc pas figée et permet à tout visiteur d’avoir sa propre définition face à ce qu’il a pu découvrir : des classiques et des intemporels mais aussi de belles surprises.

Marie-Laure Pongo

À la rencontre des forces du mal

Surgissant de la pénombre, le vampire Nosferatu, monté sur sa charrette, ouvre la route qui mène au royaume des Enfers. Non sans impunité, les créatures démoniaques peuplent les grandes toiles du peintre suisse J. H. Füssli, telles que Thor luttant contre le serpent Midgard et le Péché poursuivi par la Mort. Inutile de mentionner la présence de la célèbre toile Cauchemar qui vaut à elle toute seule le déplacement. Sur les murs sont apposées des phrases de Baudelaire et Delacroix, dont les sources ne sont pas citées, mais qui permettent de porter une attention toute particulière aux œuvres de William Blake et William Bougereau. Ce n’est que le début de l’exposition.

Ensuite s’enchaînent de nombreuses représentations variées des mondes souterrains, le défilé est haut en couleurs : du Sabbat des Sorcières de Delacroix au Vol des Sorcières de Goya, il y en a pour tous les goûts. Hormis la figuration des êtres maléfiques, une salle entière est consacrée aux paysages. C’est l’occasion de méditer devant les vues de Caspar David Friedrich ou encore de découvrir les peintures de Carl Blechen. A peine remis de cette nature vertigineuse, il est temps de se confronter aux images surréalistes et symbolistes notamment.
Bien heureusement, des projections vidéos marquent quelques pauses dans la longue mais néanmoins passionnante traversée. La transition vers les œuvres cinématographiques est bien menée grâce à la mise en place de tubes fluorescents qui marquent le chemin dans l’obscurité. On se plonge alors pleinement dans le romantisme noir avec des extraits des films Dracula (1931) et Rebecca (1940) entre autres. Les écrans sont visibles sur leurs deux faces, ce qui accentue l’inquiétante étrangeté des films en noir et blanc, qui apparaissent dès lors comme des phénomènes surnaturels.

Nombreux sont les artistes qui abordent la face cachée du mal. Orsay en propose une palette assez représentative. Parmi eux, il reste encore des artistes peu connus comme Carlos Schwabe dont l’aquarelle constitue l’affiche de l’exposition. La fin du parcours est plutôt agréablement surprenante puisque sont incluses des œuvres du XXe siècle. On peut admirer les tableaux de Max Ernst, Miro ou encore Magritte. A moins d’être terriblement superstitieux ou sensible, ce voyage dans l’univers macabre du fantastique et du grotesque invite le spectateur à affronter ses angoisses tout en se divertissant.

Christine Tzekova

L’exposition « L’Ange du Bizarre », au Musée d’Orsay du 5 mars jusqu’au 23 juin 2013, explore différentes manifestations artiques du romantisme noir depuis ses origines, qui remontent au siècle des Lumières, jusqu’au surréalisme. Ce courant semble revenir dans la création artistique à plusieurs reprises pendant ces années, que ce soit dans la peinture, la littérature, la photographie et le cinéma. Au début de l’exposition on voit un fragment du film Nosferatu le vampire (Friedrich Wilhelm Muranau, Allemagne, 1922) où le blanc-noir est inverti et la forét devient blanche pour montrer qu’on entre dans un monde merveilleux et renversé. Dans le tableau Pandémonium (John Martin, 1841) on retrouve cette même idée du monde renversé, car la lumière vient du sol où il y a le feu. Dans ce tableau le lien avec la littérature est explicite, en fait Martin reprend une image crée par John Milton dans Le Paradis perdu (1667).

De la même manière, les ouvrages de Dante et Milton sont une source d’inspiration pour Füssli, Blake et Delacroix, tout comme les drames baroques de Shakespeare et le Faust de Goethe fournissent des images dont ce courant artistique se nourrit. L’exposition nous guide à travers un parcours bien structuré qui permet de valoriser les ouvrages en alternant peinture, photographie, sculpture et projections de Buñuel, Hitchcock, Murnau et autres. Les pièces sont decorées en utilisant des couleurs sombres, comme le gris et le bleu qui nous introduisent dans l’atmosphère du romantisme noir. J’ai beaucoup aimé cette exposition, qui est très riche et nous propose une approche originale vers un courant artistique complexe et fascinant.

anonyme

One thought on “L’Ange du Bizarre

  1. Bonjour,

     

    je cherche désepérément le livre de l'expo qui est encore indisponible ou vendu à prix d'or ( 200 euros !).

     

    merci de me contacter s'il vous en reste un exemplaire.

     

    Bien cordialement.

Comments are closed.