La Truite de Schubert / Centre de musique de chambre de Paris / Janvier 2020

Image d’entête : site du Centre de musique de chambre de Paris

La Truite de Schubert tient la ligne : tous ceux qui entendent le nom de ce célèbre poisson se trouvent au bout et sont surpris à fredonner l’air bien connu. Eux, ce sont les spectateurs qui entrent dans une salle petite, mais aérienne – et l’ambiance est immédiatement conviviale. De fait, sur des paroles écrites par Francis Blanche, les musiciens invitent quelques spectateurs à partager la scène avec eux. Cette mise en scène est bien vue, car la manœuvre incite à rompre la frontière entre les musiciens et les spectateurs – de sorte que ceux présents sont acteurs du tableau, comme une seule vague qui danse avec la musique, avec la truite, enfin.

L’expérience proposée au Centre de musique de chambre de Paris est en tout point positive. La mélodie est heureuse et regorge de santé. C’est d’ailleurs dans ces dispositions que Schubert a écrit son quintette, et les musiciens sur scène réussissent avec brio à les transmettre. Lors d’une soirée d’hiver, ils parviennent à nous faire sentir l’été 1819 avec le plaisir au cœur – celui d’être avec des amis, les sens quelque peu altérés par l’alcool et l’euphorie de pouvoir rire des choses simples. La truite saute et frétille, et les violoncellistes avec.

Musicalement parlant, le quintette a un avantage qu’un orchestre n’a pas : le piano reste certes au centre de la pièce, mais il n’a pas le premier rôle. Le piano, le violon, l’alto, le violoncelle et la contrebasse ne forment qu’une seule voix et cela est d’autant plus marqué que la mise en scène est pertinente.

— Amélie BOUTIN

Le Centre de musique de chambre de Paris a su rendre à La Truite de Schubert toute sa fraîcheur, grâce à des interprètes jeunes et vigoureux, parfaitement justes, ainsi qu’à une mise en scène ingénieuse qui introduisait littéralement le spectateur au coeur du salon de Johann Michael Vogl. Ce « baryton qui a invité ses proches pour faire entendre la nouvelle composition de son ami Schubert » – d’après le descriptif de la représentation, a magnifiquement rempli sa promesse de nous faire passer une excellente soirée, à la fois grandiose et intime.

La taille de la salle du Centre, assez petite, autorisait déjà une grande proximité avec les artistes. On aurait pu se croire dans un salon. Mais l’illusion est devenue vraiment parfaite lorsque les interprètes ont invité plusieurs spectateurs sur scène, les disposant de manière à imiter des tableaux projetés sur le fond de la salle. Il s’agissait de représentations de Schubert faisant entendre ses compositions dans des salons privés, habillements recréés pour nous.

Les premières paroles du lied raisonnent, la musique sonne et jusqu’aux dernières notes du quintette, qui clôt la représentation, c’est l’émerveillement. Par la beauté de la musique, bien sûr – mais par les interprètes, surtout. Leur jeunesse (une vingtaine d’années chacun) et leur complicité, entre eux et avec les spectateurs sur scène, ont été particulièrement enthousiasmantes. Au fil de leurs déplacements, soulignant l’aisance avec laquelle ils manient leurs instruments, leurs regards s’échangent, se soutiennent ou s’appuient, leurs gestes s’adressent aux convives, jouent avec eux.

Rarement la musique classique n’a pris un tel coup de jeune !

— Robin FOULSHAM

À la pêche au quintette

Un retour au XIXème siècle réussi pour ce concert-spectacle autour du quintette avec piano La Truite de Schubert (1819), mis en espace par Jérôme Pernoo.

Les spectateurs sont invités au salon musical du baryton Johann Michael Vogl (1768-1840), qui fait entendre la nouvelle composition de Schubert à ses propres invités.

Les mouvements du quintette s’enchaînent dans une cohérence parfaite, tandis que des membres du public sont invités sur scène pour participer au décor du salon. Il est intéressant de souligner le souci du détail : ces spectateurs sont placés de telle sorte à recréer des tableaux, fidèles à des illustrations du XIXème siècle.

Quant à la musique, elle est superbement interprétée par ce quintette de jeunes musiciens prometteurs qui, de plus, jouent tous sans partition. Cela peut paraître anodin, mais il est rare de voir des musiciens sans support papier dans des concerts de musique de chambre.

Il est évident que cela rend l’écoute plus facile entre ces chambristes, dont la musique devient une part essentielle – alors innée, presque organique : la complicité est au rendez-vous.

Autre originalité : la contrebassiste, la violoniste et l’altiste sont debout et se déplacent fréquemment sur la scène, ravivant les mouvements du quintette et ce, pendant tout le spectacle.

La mise en espace et l’apport d’un récit aux concerts de musique de chambre est un concept novateur. Mais il est clair que cela permet de rendre les concerts de musique pure beaucoup plus vivants et captivants pour l’auditeur.

Cette fois-ci, le public est conquis tant par l’oeil que par l’oreille.

—- Céline FISZBIN