La Traviata

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Est-il encore besoin de présenter La Traviata de Verdi ? Même au néophyte, le titre n’est pas inconnu, si l’on considère toute la place que ce drame peut avoir en littérature comme au cinéma, d’Asterix à Match Point où le héros contemple cet opéra comme le miroir de sa propre histoire. Pourtant, le succès des multiples mises en scène de cette oeuvre font de ce spectacle une constante redécouverte. Inspiré par le roman d’Alexandre Dumas, La Dame aux Camélias, Verdi met en musique le personnage de Violetta Valéry, une courtisane atteinte de tuberculose. Au cours d’une de ces soirées privées parisiennes, Alfredo Germont tombe fou amoureux de cette jeune femme et enfreint son rôle de jeune homme de bonne famille. Son père, inquiet par ce brusque revirement et soucieux de préserver la réputation de sa famille, supplie cette femme si dangereuse dans le lieu retiré que les deux amants ont choisi comme théâtre de leur amour. Et c’est justement au nom de cet amour que Violetta accepte de quitter Alfredo dans une lettre, et d’en cacher le véritable motif. La tuberculose reprend alors, et un mois plus tard, elle meurt dans les bras de celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer, le Comte de Germont ayant tout avoué à son fils par remords.

Benoît Jacquot fait ici le choix d’une mise en scène simple mais efficace. Il n’est pas question ici de transposer l’histoire dans un autre temps que celui du livret, le chant se suffisant à lui-même pour émouvoir et attendrir. On pourrait objecter la faiblesse d’un tel choix, car si l’ensemble se montre efficace, il manque de ces véritables trouvailles qui marquent l’esprit durablement. Si l’on excepte le deuxième acte où la mise en scène se fait plus vivante et plus enlevée, on se rapprocherait parfois plus d’une version de concert que d’un opéra. Pourtant, le charme opère. En faisant le choix de la simplicité, c’est tout le timbre, le sublime des chanteurs et du drame qu’ils jouent qui est mis en lumière. Il faut du talent pour remplir l’immensité de Bastille, et les chanteurs relèvent avec brio ce pari (et quelle joie de voir la légende Placido Domingo en chair et en os), peut-être à l’exception de Charles Castronovo dont la douceur du timbre peine parfois à atteindre les balcons supérieurs. La montée en puissance de Marina Rebeka (qui remplace Anna Netrebko) met quant à elle en valeur ce personnage si moderne en un temps où la polémique autour de Carmen fait rage. Car Violetta est bien un personnage complexe, profond et sublime qui tranche par rapport à la veulerie de ses congénères masculins qui sont aveugles au sacrifice que réalise cette femme écrasée par les contraintes symbolisées par la disproportion des décors. Et cette décadence du mobilier nous laisse à la tombée de rideau un sentiment semblable à celui que l’on peut avoir en regardant le Guépard de Visconti, où les personnages évoluent dans un perpétuel bal masqué dans une atmosphère de fin de siècle.

Pauline Beau

Ce grand classique de l’opéra italien si souvent interprété a une nouvelle fois été mis à l’honneur à l’Opéra Bastille le 21 février 2018. L’orchestre et chœur de l’Opéra de Paris, dirigé par Dan Ettinger, était accompagné, dans les rôles principaux, par Marina Rebeka, Charles Castronovo et Plácido Domingo. L’amante, le fils et le père. Un trio de personnages inspiré de l’œuvre d’Alexandre Dumas, La Dame aux camélias.

Violetta est une courtisane qui met en scène sa vie dans de grandes soirées où l’on s’applique à profiter des plaisirs de la vie. Alfredo Germont, un bourgeois parisien, tombe éperdument amoureux de Violetta. Elle lui rend son amour et accepte de tout quitter pour lui. Le père d’Alfredo, Giorgio Germont, intervient alors pour mettre un terme à cette relation. Incarnation des valeurs bourgeoises, il estime que l’honneur de son fils et de toute sa famille est entaché par cette fréquentation avec une courtisane. Giorgio obtient de Violetta qu’elle cesse de voir Alfredo sans lui en donner la raison de cet éloignement soudain. Les amants se séparent donc avec amertume et incompréhension. La maladie dont Violetta est atteinte s’aggrave brutalement et lui laisse tout juste le temps de revoir Alfredo, mis au fait du sacrifice de son amante par son père, avant de mourir dans ses bras.

Benoît Jacquot a choisi de mettre en scène cette pièce en costume d’époque dans un grand respect de l’esprit du XIXe siècle. La chambre de Violetta n’est ainsi pas sans rappeler les appartements de Renée, dans La Curée de Zola. On y retrouve ce goût du luxe et de la séduction si bien représenté par la présence de l’Olympia de Manet au-dessus du lit. Malgré cet étalage tape-à-l’œil, c’est la solitude de Violetta qui a le plus retenu l’attention du metteur en scène. En effet, le chœur, resté à l’arrière-plan est une présence souvent muette qui, par contraste, renforce l’impression d’isolement de Violetta. De même, les sons étouffés du carnaval la laissent d’autant plus seule dans le troisième acte. La séparation de la scène est très franche durant le deuxième acte. S’y opposent alors la retraite amoureuse des deux amants dans un cadre naturel alors que l’artifice reprend ses droits dans une fête mondaine durant laquelle Violetta et Alfredo consomment leur séparation.

Toute cette finesse dans la mise en scène est un véritable écrin pour les interprétations des différents personnages. Marina Rebeka incarne une Violetta déchirée par les bouleversements successifs que lui impose son amour pour Alfredo. Alors que le personnage de Giorgio Germont pourrait seulement être celui d’un père cruel, la posture de Plácido Domingo, presque suppliante, montre un père malgré tout attaché principalement au bonheur de son fils.

Cette très belle représentation de la Traviata pourra de nouveau être entendue sur France Musique le 11 mars.

Lauriane Boudeau

Le 21 février dernier, j’ai eu la chance de pouvoir assister à une représentation de la Traviata à l’Opéra Bastille. Plutôt habituée du théâtre lyrique je ne connaissais néanmoins que très peu celui-ci.

Ce qui m’a le plus marqué dans cet opéra c’est l’ambivalence qu’il y a entre des parties chantées a capella, montrant d’ailleurs une grande maitrise des chanteur, contrebalancées systématiquement par des parties de chants soutenues par un instrument suivant la même mélodie.

Malgré la très grande popularité de cet opéra, plus particulièrement de certains extraits, il m’a paru s’adresser à un public déjà coutumier de ce genre de spectacle car les lignes de chants mélodiques sont assez souvent difficiles à comprendre. L’harmonie reste cependant très entrainante tout le long de la pièce, peu importe les changements de tons de l’histoire qui sont soulignés, dans la musique, seulement par les voix chantées, ce que j’ai trouvé très agréable puisqu’il y a une belle continuité de composition de ces extraits.

Le parti pris de la mise en scène a été de couper la scène en deux dans les trois tableaux correspondant à chaque acte. Cela a sans doute permis aux acteurs de jouer dans six configurations de scène différente mais j’ai trouvé dommage de priver leur jeu de l’étendue de la scène de l’Opéra Bastille.

La scénographie faite sur le chœur fut très bien réalisée car il donnait très clairement l’impression de se retirer lorsqu’il ne participait pas sans pour autant sortir du champ de vision du spectateur.

Etant étudiante en sciences, j’ai été ravie de pouvoir partager ce moment avec un étudiante en lettre et d’échanger nos points de vue et me fait prendre conscience d’un enrichissement pour tous les étudiants d’appartenir à une université revêtant ces multiples facettes.

Morgane Bourgeois
Illustration : Fatma Gultekin
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