La flute enchantée

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La Flûte enchantée, dernier opéra de Mozart, sans doute son plus célèbre, est donné en représentation jusqu’au 23 février à l’opéra Bastille. Créé en 1791, cet opéra revient à Paris avec une mise en scène moderne de Robert Carsen et accompagné par l’orchestre de l’Opéra de Paris. L’histoire reste la même : le prince Tamino se réveille dans un pays inconnu et se retrouve chargé par la Reine de la Nuit de délivrer sa fille Pamina, dont il tombe éperdument amoureux, des griffes du terrible Sarastro.

Un « casting de stars » composé de Stanislas de Barbeyrac, souffrant ce soir-là mais qui réussit à être convaincant dans son interprétation de Tamino, aux côtés d’une Nadine Sierra qui émeut la salle de sa voix chaude et puissante lorsqu’elle chante le désespoir de Pamina au milieu du deuxième acte, et qui incarne une femme maîtresse de ses décisions, contrastant avec d’autres interprétations où elle peut paraître plus soumise à sa situation. La voix de baryton puissante de René Pape ajoute à la dimension spirituelle de l’œuvre et de la mise en scène.

La mise en scène permet le rythme dans cet opéra, malgré quelques longueurs dans le deuxième acte. Les déplacements très chorégraphiés et travaillés permettent aux spectateurs de rester accrochés à l’intrigue et d’être plongés dans une autre dimension, dans quelque chose de plus mystérieux, spirituel. Les mouvements chorégraphiés paraissent sacrés et les déplacements en groupe des « fidèles » de Sarastro évoquent des processions qui accompagnent les deux principaux protagonistes dans le chemin vers la lumière. Les spectateurs rient néanmoins de bon cœur à certains moments, notamment avec ce Papageno très comique.

La grande profondeur de la scène est largement utilisée, dans le décor comme dans les déplacements des protagonistes qui se déplacent du fond de la scène jusqu’au devant de la scène, autour de la fosse d’orchestre, ce qui permet de l’intégrer à la pièce. L’orchestre accompagne ainsi parfaitement la partie chantée.

Le décor se veut à la fois contemporain et intemporel. Contemporain par quelques costumes ou éléments de décor : Papageno est par exemple vêtu de la tenue du baroudeur très contemporain. L’usage de la projection sur fond blanc est souvent très pertinent, pour projeter la forêt où l’action se déroule ou par la projection d’une vidéo-portrait du visage de Pamina au moment où Tamino en tombe amoureux, ce qui permet au spectateur d’être pleinement plongé dans l’émotion du personnage.

Intemporel par la simplicité des costumes : Tamino et Pamina en blanc, les autres en noir, ce qui ajoute à la spiritualité de l’œuvre et qui prend tout son sens à la fin lorsque les partisans de Sarastro se révèlent blancs.

La Flûte enchantée de Carsen est donc une représentation moderne de ce chef d’œuvre tout en respectant sa spiritualité. Les spectateurs sortent de la salle enchantés à leur tour par cet autre univers dans lequel ils ont été plongés pendant près de trois heures.

Maya Abdelwahab

La Flûte Enchantée, l’une des dernières œuvres composées par Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), a été mise en scène cette saison à l’opéra Bastille par Robert Carsen, avec la direction musicale d’Henrik Nanasi.

Le personnage principal, Tamino, prince d’un royaume lointain, est mordu par un serpent et sauvé par trois dames envoyées par la Reine de la Nuit. Cette dernière lui confie ensuite pour mission de sauver sa fille Pamina qui a été enlevée par le méchant Sarastro.

Déjà amoureux de Pamina avant leur rencontre, Tamino se met en route, accompagné de l’homme-perroquet Papageno et armé d’une flûte enchantée.

Lorsque les protagonistes arrivent dans le royaume de Sarastro, ils sont surpris de découvrir qu’il retient Pamina prisonnière pour la protéger de la Reine de la Nuit, qui s’avère être malfaisante.

Par la suite, Tamino et Papageno doivent surmonter toute une série d’épreuves à l’issue desquelles ils pourront rejoindre leurs bien-aimées, Pamina et Papagena.

On peut voir la Flûte Enchantée comme un conte pour enfant féerique et humoristique, mais également comme une profonde méditation sur la vie et la mort, le Bien et le Mal. La mort est évoquée par tous les personnages de l’œuvre, à l’exception de Papagena.

On peut par ailleurs remarquer plusieurs symboles ésotériques dans cette œuvre de Mozart, tels que forte présence du chiffre trois ou encore l’opposition entre le jour et la nuit.

Les effets spéciaux étaient particulièrement impressionnants. Notamment, la scène de l’épreuve du feu, qui se termine par un écoulement d’eau qui semble éteindre les flammes, est réussie.

Par ailleurs, il convient de noter le caractère austère et sinistre des costumes, qui vient contraster la féerie de la Flûte Enchantée.

Les performances vocales de Papageno (Michael Volle) et de Tamino (Stanislas de Barbeyrac) étaient grandioses. Celle de la Reine de Nuit (Albina Shagimuratova) était moins impressionnante, surtout lors du chant « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen ».

Globalement, la représentation a été très appréciée par les spectateurs, qui ont rempli toutes les places de la salle et qui ont longtemps applaudi.

Sebnem Akcil

Ce Singspiel (genre théâtral allemand qui alterne dialogue et chant) en deux actes est l’une des œuvres les plus connues de Mozart. A l’Opéra Bastille, on ne se lasse pas de la riche mise en scène de Robert Carsen ; bien que le spectacle soit en allemand (surtitré en français), on est vite entraîné par l’histoire. Elle raconte les aventures du prince Tamino, chargé par la Reine de la Nuit d’aller délivrer sa fille Pamina, prisonnière du diabolique Sarastro. Tamino se met en quête de Pamina à l’aide de l’oiseleur Papageno. Ils réalisent que Sarastro n’est en fait pas dangereux, mais qu’il a voulu soustraire Pamina à l’influence néfaste de sa mère, qui est la vraie méchante. On assiste donc à un retournement de situation qui brise les frontières manichéennes entre bien et mal. L’histoire se termine toutefois comme un conte de fées : tout est bien qui finit bien (sauf pour les méchants), Tamino épouse Pamina, et Papageno trouve même sa Papagena.

La mise en scène de Carsen représente agilement l’esprit aussi féérique que ténébreux de La Flûte Enchantée. Les membres du chœur, d’abord vêtus de longues robes noires, leur visage recouvert d’un voile, achèvent le spectacle habillés en blanc éclatant. Les costumes sont plutôt contemporains ; on peut remarquer celui de Papageno, qui se distingue des autres avec son gros sac à dos et ses vêtements dépareillés. Il se différencie des autres par son aspect comique et grotesque. C’est lui qui apporte d’ailleurs toute la dimension comique au spectacle ; le cliché de l’homme qui aime l’alcool et les femmes suscite le rire de la salle. Cependant, on assiste aussi à des moments émouvants, effrayants, ou encore d’autres où le suspense est à son comble. La tension est à son paroxysme quand la terrifiante Reine de la Nuit menace sa fille de la renier si elle ne tue pas Sarastro. Le spectacle allie donc enchantement et désespoir, le tout dans une mise en scène contemporaine où des clés de voiture remplacent le cadenas d’or qui scelle la bouche de Papageno. Le décor est plutôt sobre : une scène de terre ou d’herbe, lorsque ce n’est pas un écran où est projetée une forêt progressant à travers les quatre saisons. A l’excellent jeu d’acteur des solistes, s’ajoute-leur maîtrise parfaite du chant ; la plus impressionnante reste la soprano colorature Albina Shagimuratova et sa performance du célèbre air de la Reine de la Nuit. Les décors surprennent par leur ingéniosité, accentués par des jeux de lumière (des trous au plafond ornés de projecteurs qui imitent la lumière du soleil). On assiste également à de superbes effets de scène à la fin, lorsque Tamino et Pamina traversent une scène en flammes ou qu’un rideau d’eau tombe sur l’avant-scène. D’ailleurs, les acteurs nous surprennent en jouant sur cette avant-scène, tout autour de la fosse d’orchestre, ainsi qu’en passant au milieu du public. La scène immense, qui accueille presque une quarantaine d’acteurs, est très impressionnante.

Et bien entendu, on demeure enchanté par la sublime mélodie de Mozart. A aller découvrir si ce n’est déjà fait !

Marion Arnaud

La flûte enchantée (Die Zauberflöte) de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) est représentée pour la 444ème fois à l’Opéra national de Paris et pour la 42ème fois dans cette mise en scène de Robert Carsen. Cet opéra se construit autour de 2 actes.

Poursuivi dans une forêt par un immense serpent, le prince Tamino est sauvé in extremis par trois fées (Dritte Dame). Lorsqu’il retrouve ses esprits, Tamino trouve à ses côtés un drôle de personnage, l’oiseleur Papageno, portant une cage et jouant de la flûte de Pan. Les fées ne tardent pas à réapparaître et remettent à Tamino le portrait de Pamina, la fille de la reine de la nuit, qui vient d’être enlevée par un mauvais génie. Soudain, la reine elle-même surgit, implore le jeune prince de délivrer Pamina et charge les fées de remettre à Tamino une flûte et à Papageno des clochettes. Ces deux instruments enchantés vont leur permettre de braver tous les périls.

Le ténor Stanislas de Barbeyrac a assuré (bien que souffrant ce soir-là) une belle interprétation de Tamino jusqu’à donner le frisson.

Parmi les moments forts qui rythment la représentation, on relève l’incontournable n°14 Aria « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen » (La vengeance de l’Enfer bouillonne dans mon cœur) (Reine de la nuit) que même les néophytes reconnaissent et apprécient. Les envolées redoutables d’Albina Shagimuratova entre les aigus et les suraigus font vibrer la salle de joie. Le public est conquis et laisse retomber sa tension à travers un déluge d’applaudissements qui ne cessent que pour laisser place à la soprano Nadine Sierra (Pamina). L’autre moment fort est le n°17 Aria « Ach, ich fühl’s, es ist verschwunden » (Ah, je sens que la joie de l’amour a disparu), où Nadine Sierra donne une interprétation poignante du mal amoureux. Mention spéciale aux trois jeunes garçons (Drei Knaben) qui servent de guide à Tamino et Papageno dans leur périlleux voyage, et dont la maîtrise de la scène et du chant n’a pas manqué d’être saluée par le public.

La mise en scène est soutenue par des images vidéo. Le travail de mise en scène se déploie hors du simple cadre scénique et projette les personnages dans un espace évoluant au fil des 4 saisons. Dès le début de La flûte enchantée, la musique fait progressivement jaillir l’image d’une forêt d’un vert printanier.

Les costumes sont contemporains selon la tendance actuelle au théâtre et à l’opéra. L’arrivée d’un Papageno en costume de vagabond peut surprendre dans cet univers merveilleux mais si l’on est sceptique au début, l’assurance et le comique de Michael Volle (Papageno) nous font oublier ce choix surprenant. Cependant, on est moins convaincu, et le public aussi, par l’apparition des trois jeunes garçons habillés en footballer et se faisant des passes. Le décalage avec le sujet est trop important et le football trop ancré dans notre réalité pour réussir à nous faire voyager dans l’univers de Mozart. On regrettera aussi le fait que la Reine de la Nuit ne se détache pas des autres personnages qui l’accompagnent par un costume ou un accessoire spécifique, qui permettraient au spectateur de mieux l’identifier. Le choix des couleurs des costumes, blancs et noirs, donne une dimension manichéenne.

Le metteur en scène Robert Carsen profite de la profondeur exceptionnelle de la scène de Bastille, lui permettant d’étirer l’espace dans lequel évolue les personnages. Ainsi, il permet au spectateur de voir deux scènes qui se passent sur terre et sous terre au même moment.

La scène de l’épreuve de feu de Tamino et Pamina, à l’issue de laquelle un rideau d’eau coule sur la scène, est très réussie.

On ne peut qu’être admiratif face aux prouesses des chanteurs qui arrivent à rester juste malgré les exigences de la mise en scène, telle Pamina hissée à bout de bras par ses compagnons dans le n° 6 Trio « Du feines Täubchen nur herein ! » (Ma belle petite colombe, seulement à l’intérieur).

La flûte enchantée peut se lire comme un conte merveilleux et divertissant mais aussi comme le triomphe de la raison sur les ténèbres. Un incontournable, à conseiller pour découvrir l’opéra de Mozart.

Arnaud Delille

Sauvé d’une mort certaine face à un serpent par trois dames, Tamino (Stanislas de Bergerac) rencontre Papageno (Michael Volle), un oiseleur bon vivant, amateur de bon vin, bonne chair et bons mots, qui prétend l’avoir secouru. Reviennent les trois dames qui présentent le séduisant Tamino à leur maîtresse, la Reine de la Nuit (Albina Shagimuratova). Celle-ci lui demande de délivrer de Sarastro (René Pape) et Monostatos (Andrea Conrad) sa fille, Pamina (Nadine Sierra), dont elle lui promet la main. Tombé amoureux de Pamina à la simple vue de son portrait, Tamino accepte sans hésiter et se voit remettre une flûte enchantée pour l’aider à surmonter les épreuves qui l’attendent. Afin de mériter sa promise et d’intégrer le cercle fermé des Initiés, Tamino doit prouver la noblesse de son âme. Il se cloitre dans le silence face aux femmes comme l’exigent de lui les hommes de Sarastro, quitte à renoncer à parler à Pamina. Persuadée que Tamino ne l’aime plus, celle-ci songe au suicide. Arrêtée par trois enfants, elle n’a pas le temps de le commettre. Papageno, qui a été forcé de suivre Tamino muni d’un carillon magique, a bien du mal à s’en tenir au même précepte. Néanmoins, son cœur sensible finit par y parvenir. Il est alors autorisé à réaliser son souhait, à savoir rencontrer l’âme-sœur. Forts de leur succès face aux épreuves qui leur ont été imposées, Tamino et Papageno retrouvent leurs promises.

Telle est l’histoire de La Flûte enchantée (1791), l’opéra en deux actes de W.A. Mozart que présente Robert Carsen associé au chef d’orchestre Henrik Nánási le 7 février 2017 à l’Opéra Bastille.

Robert Carsen opte pour une mise en scène épurée. Les décors sont limités au minimum. Un rétroprojecteur affiche sur grand écran une forêt où s’observe la succession des saisons. Tout nouvel élément est convoqué par les comédiens. Ainsi Papageno passe-t-il sa tête entre les barreaux de l’échelle du Temple des Epreuves. De même, les costumes blancs de Pamina et Tamino tranchent avec ceux, de couleur noire, des autres personnages. Quitte peut-être, à rendre ponctuellement difficile la différenciation des comédiens, comme Sarastro et la Reine de la Nuit noyés dans la noirceur des costumes. Pâle, l’habit de Papageno est aux couleurs de la nature, bleu, vert et marron. Cela permet de mettre en évidence les grandes tensions de l’œuvre (obscurité et lumière, passion et frivolité). Une efficace simplicité en somme.

Ces éléments participent d’une mise en scène moderne qui favorise l’occupation de l’ensemble de l’espace et un jeu riche en mouvements. Papageno arrive par exemple sur scène une glacière à la main et n’hésite pas à illustrer son discours par les gestes. De même, les trois dames le réduisent au silence au son d’une voiture que l’on verrouille. La profondeur de la scène est mise à profit, tout comme les jeux d’éclairage qui  noient les scènes finales dans un éclat symbolisant la victoire du Royaume de la Lumière.

La réception du public est excellente. Rires et applaudissements se déversent dans la salle. Il faut dire que Robert Carsen prend le parti d’accentuer le capital sympathie de Papageno.  Hilarant sous les traits d’un picaro, ce personnage courtise le public tout au long de l’œuvre : il arrive depuis les gradins en lui tendant la main et semble s’attendre à y trouver sa dulcinée à la fin. Les brillants jeux et chants des comédiens sont accompagnés d’une performance musicale de l’orchestre et du cœur de l’Opéra national de Paris d’une grande qualité.

Aurore Denimal

Mensonges, masques et rites initiatiques sont au cœur de cette réinterprétation de la Flûte enchantée par le metteur en scène Robert Carsen pour l’Opéra de Paris. La musique de Mozart est sublimée par l’Orchestre de Paris, tandis que le livret de Schikaneder est joué en coproduction avec le Festspielhaus de Baden-Baden.  L’histoire suit le schéma narratif du conte : un jeune prince, perdu, est missionné par une reine pour retrouver sa fille, une belle princesse séquestrée par un démon. Un mariage à la clé, le prince, assisté du bon bougre et d’une flûte magique, s’en vont libérer la princesse. Même si le premier acte semble morne, déjà-vu, le périple initiatique commence avec le deuxième acte lorsque le silence leur ait imposé. Un opéra sans voix, cela relève du défi. Avec son décor épuré de forêt et de pelouse, se déployant sur quatre estrades en escalier depuis l’orchestre, la Flûte enchantée prend la forme d’un voyage ésotérique pour le jeune Prinz qui part à la fois en quête de la belle princesse, Pamina, mais aussi de son identité à lui. Wo bin ich ? Voici la question qui ouvre le jeu des chanteurs. Entre le prince éperdu et la princesse prisonnière, se trouvent un oiseleur fanfaron et poltron, une Reine de la Nuit digne et magistrale, ainsi qu’un roi-démon prêtre et philosophe. De ce mélange improbable émerge une œuvre rythmée, féérique et dramatique où les voix seules sont mises en lumière par un traitement contemporain et sobre des costumes : costumes noirs pour tous, tenues blanches pour le Prinz et Pamina. Seul Papageno dénote, habillé en SDF et dont le seul but est de trouver sa Papagena. Ses nombreuses répliques comiques sont piquées de bon sens et s’élèvent parfois contre le silence rigoureux du Prinz. Le jeu sur les apparences est constant dans cette mise en scène contemporaine ; le déroulement des péripéties se visualise littéralement par le décor, évolutif, installé. La forêt a laissé place à une fosse commune, des souterrains dont le Prinz et Papageno doivent triompher s’ils veulent retrouver leur âme sœur. Enfin, pour le dernier acte, la scène change une dernière fois et s’incline en pente depuis le fond de cour, devant l’obstacle ultime à franchir pour le Prinz et Pamina. Le recours audacieux au feu dans la mise en scène donne un véritable coup de fouet à la représentation qui se finit sur une apothéose magistrale émotionnellement, tant par les voix, qui ont pris en intensité, que par le « happy end » de l’amour triomphant. La salle, comble, a su reconnaître et apprécié une très belle mise en scène, les voix justes dans leurs intentions et une musique envolée qui ont été récompensées par une ovation du public, totalement séduit.

Albane Eglemme

La Flûte Enchantée est un opéra composé par Mozart dont la première représentation a eu lieu en 1791. Du 23 janvier au 23 février, il était représenté à l’Opéra Bastille, dans une mise en scène de Robert Carsen. Stanislas de Barbeyrac, ténor qui a reçu la Victoire de la Musique Classique en 2014, jouait Tamino aux côtés d’Albina Shagimuratova dans le rôle connu de la Reine de la Nuit. L’histoire de la Flûte Enchantée est celle d’un prince, Tamino, qui tombe fou amoureux de Pamina, la fille de la Reine de la Nuit. Cette dernière le charge d’aller délivrer Pamina des mains de Sarastro. Accompagné de Papageno, un oiseleur, et d’une flûte magique donnée par les trois Dames de la Reine, Pamino est mis à l’épreuve. Il finit par découvrir que Sarastro avait enlevé Pamina pour son bien, car en réalité c’est la Reine mère qui a une mauvaise influence sur sa fille, haineuse et prête à tout pour se venger de Sarastro. Pamina et Tamino finissent par réussir à franchir les obstacles de l’eau, du feu, et l’opéra se finit dans la lumière, loin de l’obscurité des ténèbres.

La mise en scène de Robert Carsen a selon moi trouvé un juste équilibre entre volonté de conserver une tradition et inscription dans la modernité. Les règles classiques de la représentation d’un opéra ont été conservées, mais le public n’était pas laissé de côté, et l’orchestre même était inclus dans l’action par moment, comme lorsque Tamino reçoit sa flûte enchantée des mains du flûtiste de l’orchestre. C’est selon moi une belle manière de rendre hommage aux musiciens de la même manière que la scène finale voit tous les personnages se regrouper autour de l’orchestre. L’inscription dans la modernité s’est surtout faite avec l’utilisation de multimédia: Tamino voit le portrait animé de Pamina sur grand écran; Papageno se voit privé de parole lorsque les dames de la reine activent la clé d’une voiture. Quelques éléments ont provoqué des rires dans le public, comme le ballon de football avec lequel les trois enfants jouent à deux reprises, ou encore la glacière avec laquelle se promène Papageno.

Pour ce qui est de la scénographie, je l’ai trouvée d’une simplicité efficace. On retrouve beaucoup de dualités: lumière/obscurité, vie/mort, eau/feu, qui sont visibles dans les costumes soit blancs, soit noirs, à l’exception de quelques personnages. Les costumes étaient très simples, ce qui a laissé une grande place aux acteurs pour l’interprétation. Par exemple, impossible de différencier la Reine de la Nuit de ses trois suivantes de loin; pourtant, sa façon de se déplacer, sa manière d’agir indique rapidement au spectateur qui elle est. On peut cependant regretter qu’elle n’ait pas l’importance, ni même la stature qu’on attendrait d’elle, ou même un costume un peu plus extravagant.

De plus, l’espace a été très intelligemment utilisé: il y avait trois « écrans », comme des rideaux sur lesquels étaient projetés des paysages, qui séparaient la scène, et permettaient de cacher la préparation d’une scène, de créer de la surprise, ou de clore une autre scène. L’utilisation du feu sur scène a été spectaculaire. On note également l’utilisation verticale de la scène, grâce à des échelles, qui a ajouté une dimension peu habituelle mais certainement réussie au spectacle.

Pour conclure, je dirais que cette mise en scène est une grande réussite. Sans tomber dans la recherche de la modernité à tout prix, l’œuvre de Mozart a été remise au goût du jour, dans la simplicité et même parfois dans l’humour, parfaitement adaptée au public d’aujourd’hui.

Anaïs Joalland

Le 7 février dernier, j’assistais à une représentation de l’opéra La Flute Enchantée à l’Opéra Bastille. Je n’étais pas allé depuis longtemps à l’opéra et bien m’en a pris. Les trois heures sont vite passées. Le spectateur assiste à une multiplicité d’inventions scéniques qui, bien qu’inattendues et bienvenues, restent respectueuses de l’œuvre.

Ce sont d’abord des allusions à notre modernité comme le « bip-bip » des ouvertures de voiture, un cadre de photo, une partie de football, une cigarette, etc. Papageno, l’oiseleur, joué le 7 février par Michael Volle, est une sorte de vagabond, avec un vieux sac à dos déchiré. Il enchantera le public d’un bout à l’autre du spectacle par son jeu d’acteur, excellent, précis, drôle, inventif, rare dans le milieu du chant lyrique. Surprise, il fait lui-même résonner la flûte en début de premier acte.

C’est ensuite une utilisation large de l’espace scénique. Une grande partie du spectacle se joue sur les pourtours de la fosse d’orchestre, à un autre moment dans les allées du public, et dans la profondeur de la scène. Le décor semble se repousser à l’infini, avec un éloignement progressif, faisant penser à des poupées russes, ou des mises en abimes successives.

La lumière, les costumes et les couleurs apportent la touche finale à cette mise en scène prenante. De bout en bout, les effets se succèdent. Ce sont tantôt des transparences splendides, des fabrications de décor par de simples jeux de lumière, l’utilisation du feu, de l’eau, de la terre.

Ces trois éléments, associés à l’air, sont les éléments de vie, qui rappellent qu’en filigrane de l’œuvre se joue, comme certains critiques le suggèrent, une allégorie de la vie et de la mort. Nous avons un jeu sur les saisons. On commence à l’été, pour passer à l’automne, puis à l’hiver, et enfin au printemps. De nombreux interprètes jouent pieds nus, de manière naturelle. L’œuvre commence sur terre, dans la forêt, pour continuer sous terre, avec les morts, au milieu de cercueils, et finir en résurrection, parmi les vivants. D’habits noirs au début, la cour de la Reine de la Nuit et celle de Sarastro vont finalement se vêtir de blanc. La fin est en apothéose, et tous les protagonistes se retrouvent parés de blanc.

La mise en scène est transgressive à souhait pour apporter la part d’originalité nécessaire à une interprétation moderne de l’œuvre. En un mot, un spectacle complet !

Merci à Robert (Carsen) pour la mise en scène, à Nadine (Sierra) pour la divine voix de Pamina, et à Wolgang Amadeus (Mozart) pour la musique !

Ludovic Joxe

C’est à un représentation surprenante de la flûte enchantée, mise en scène par Robert Carsen, à laquelle j’ai assisté le mardi 7 février à l’Opéra Bastille.

La mystérieuse Reine de la nuit demande à Tamino, un jeune homme hardi et courageux, d’aller sauver sa fille Pamina, enlevée par Sarastro. Le jeune homme en tombe rapidement follement amoureux, et avec l’aide de Papageno – un homme cherchant désespérément l’amour, trois jeunes garçons faisant office de bonne fée, et sa flûte enchantée, court à sa rescousse. Cependant, le bien ne se trouvera pas forcément du côté où il le pense, et le chemin menant à l’amour bien difficile.

Ce qui nous frappe tout d’abord est l’utilisation de l’espace. L’immense scène de l’opéra Bastille permet en effet un jeu de perspective surprenant. L’utilisation de différents rideaux permet aux acteurs de jouer différents tableaux en même temps, ce qui oblige le spectateur à un éveil constant. Le metteur en scène joue également sur différentes hauteurs, entre la terre ferme et les profondeurs dans lesquelles les protagonistes s’enfoncent à l’aide d’une échelle sans fin. L’illusion est parfaite.

Parti a également été pris de laisser une grande place à la nature. Les personnages évoluent dans cette forêt immense au gré des saisons que l’on voit s’égrener. Une grande importance est donnée au décors. Les costumes sont eux très simples, unis (noir ou blanc) et les personnages évoluent pieds nus. Cette uniformité des costumes, en plus de nous permettre de nous concentrer sur le décor, nous permet d’appréhender les protagonistes comme un groupe. Cela a un effet très imposant, notamment lors des envolées lyriques qui sont nombreuses.

Enfin, l’humour patent de l’œuvre est ici mis à l’honneur. Avec des clins d’œil à notre époque notamment (Papageno se voit rendre muet par un bip de voiture), mais également dans la façon des acteurs à jouer leur rôle, passant du dramatique au comique.

Les trois heures de la représentation paraissent bien courtes. La mise en scène et le jeu des acteurs, ainsi que leurs performances vocales, m’ont fait redécouvrir la Flûte enchantée et ont su me donner envie de revenir.

Damya Kecilli

Tour à tour considéré entre autres comme un conte philosophique, un simple Märchen,  voire comme un oratorio maçonnique, La Flûte enchantée est le dernier opéra de Mozart, composé en 1791 sur un livret de Schikaneder. Aboutissement de toute une carrière, ce singspiel est une véritable synthèse des différents styles et genre de son temps. Du récitatif à l’aria d’opera seria en passant par divers ensembles, de la fugue au choral en passant par le Lied, tout  se succède dans une atmosphère oscillant entre féerie, farce et émotion tragique.

Le synopsis est simple. Le prince Tamino est chargé par la Reine de la nuit d’aller libérer sa fille Pamina de l’emprise du maître du Temple (Sarastro) ; épris de cette princesse, il décide d’affronter les épreuves pour rejoindre les initiés du Temple et gagner Pamina. Finalement les deux amants surmontent les difficultés ensemble et restent aux côté de Sarastro. Tamino est accompagné dans sa quête par Papagneno, un oiseleur pittoresque et bon vivant à la recherche de l’amour.

L’œuvre était ici représentée à l’Opéra National de Paris, dans une mise en scène de Robert Carsen et sous la direction de Henrik Nánási. Les rôles principaux étaient tenus par Stanislas de Barbeyrac (Tamino), Nadine Sierra (Pamina), Albina Shagimuratova (Reine de la nuit),  Michael Volle (Papageno) et René Pape (Sarastro).

Concernant la mise en scène de l’œuvre Robert Carsen n’en est pas à son coup d’essai, l’aillant déjà créée deux fois (en 1994 à Aix-en-Provence puis à l’Opéra Bastille en 2014). En résultent des choix affirmés d’esthétique et de lecture du livret, avec des prises de liberté. La dimension maçonnique de l’œuvre est éludée au profit de l’omniprésence du thème de la mort ; en guise de décors (assez sommaires) se succèdent tombes fraîchement creusées, cercueils et caveaux. Les costumes, où le noir prédomine, sont résolument modernes. On peut regretter cette disparition du conte de fée (aspect peut-être naïf mais ô combien charmant qui contribue à l’universalité de l’œuvre) au profit d’une interprétation à la gravité affirmée qui se veut plus profonde. La relative économie de décors est compensée par des recours ponctuels à un écran déroulant semi-transparent permettant des effets visuels assez réussis.

Si la qualité de la musique a été très bonne, avec de belles nuances et des sonorités délicates, la taille de l’orchestre semblait par contre peu adaptée à la grandeur de la salle ; d’où le sentiment que parfois  l’ensemble manquait quelque peu de puissance. Les chanteurs furent bons, tant au niveau du chant que du jeu théâtral. Nadine Sierra (Pamina) en particulier a fait entendre des trésors de nuances et d’expressivité, avec une voix tantôt chuchotante, tantôt flamboyante. L’aspect comique de l’œuvre était brillamment porté par un Papageno (Michael Volle) charismatique et attachant. Albina Shagimuratova en revanche a été une Reine de la nuit moins convaincante, malgré une voix très claire dans l’aigu, en raison d’un vibrato trop généreux et d’un léger manque de précision dans certaines vocalises virtuoses (notamment celles de l’air très attendu « Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen »).

L’œuvre fut donc bien interprété, avec un esthétique globale cohérente et une vraie réflexion autour du livret. Cependant, le charme de La Flûte enchantée réside en partie dans les différents niveaux de lecture que l’on peut en avoir et qui ne se retrouvent malheureusement pas (ou tout du moins différemment) dans cette mise en scène.

Adrien Kerebel

La flûte enchantée à Bastille : un opéra qui réjouira petits et grands

A l’opéra Bastille se joue jusqu’au 23 février La Flûte enchantée de Mozart. Grand classique de l’opéra, tout public, que son metteur en scène Robert Carsen est parvenu à moderniser sans trahir.

La Flûte enchantée, c’est l’histoire, écrite par Emanuel Schikaneder, du prince Tamino parti sauver, avec l’aide de l’oiseleur Papageno, la princesse Pamina, enlevée à sa mère la Reine de la Nuit par Sarastro, le gardien du disque solaire. A travers cette histoire, l’œuvre traite des contradictions intérieures des êtres humains partagés entre le monde profane, les exigences spirituelles et l’amour.

Des artistes virtuoses

Le mardi 7 février, avant le lever de rideau, on a annoncé au public que Stanislas de Barbeyrac, jouant Tamino, était souffrant, mais qu’il décidait quand même d’assurer la représentation.

C’est là, entre autre, que l’on prend conscience de la virtuosité de ces artistes qui, dans n’importe quelle situation, chantent à merveille. Ils sont accompagnés par l’orchestre, dirigé par Henrik Nanasi, jouant délicieusement bien.

Virtuose, cet opéra l’est incontestablement par son écriture en 1791 et par sa représentation à l’opéra Bastille aujourd’hui.

Malgré des notes parfois très difficiles à atteindre, les chanteurs nous font croire que c’est facile, naturel et que les personnages s’expriment ainsi. Cela est très frappant avec Papageno, interprété par Michael Volle, personnage comique du livret.

Procédés techniques et anachronismes

Les quelques anachronismes qui se glissent dans la mise en scène fonctionnent aussi très bien, et apporte encore un peu d’humour à l’histoire : ainsi, Papageno l’oiseleur est habillé en randonneur et se promène avec une glacière. Les trois dames de la reine le rendent muet grâce à des clés de voiture. Enfin, les trois enfants, guide de Papageno et Tamino, sont présentés pour la première fois en train de jouer au football.

Concernant la scénographie, elle se résume en un sol en fausse pelouse et à des images de forêt sous différentes saisons projetées sur des panneaux en fond de scène. Les différents panneaux permettent un jeu de reflets et de profondeur très réussi : ils donnent une dimension onirique aux scènes. Autre jeu de niveaux : un trou qui mène aux sous-sols du temple de Sarastro et qui permet espionnages et espiègleries.

Les vidéos servent parfaitement leurs propos. Ainsi, le portrait de Pamina est projeté sous forme de vidéo en fond de scène : les spectateurs découvrent en même temps que Tamino la beauté de la princesse à sauver.

Un ensemble réjouissant

La dernière particularité de cette mise en scène est de faire participer le public qui réagit aux frasques de Papageno cherchant une Papagena parmi les spectatrices, par exemple.

Cette modernité de mise en scène et de traitement du livret fonctionne grâce à la virtuosité des artistes, mais aussi grâce à la grande sobriété de la scénographie (mise à part quelques effets pyrotechniques) et des costumes : les amoureux et les enfants sont en blanc, le reste des personnages en noir (ce qui peut, dans certaines scènes où les personnage sont nombreux, leur donner un aspect macabre et s’éloigner de l’émerveillement recherché par Emanuel Schikaneder). Pas de grandes robes à plumes, ni de combat avec le serpent. Le metteur en scène compte sur le spectateur pour comprendre l’action grâce à la musique. Et ça fonctionne.

Marion Mayer

Die Zauberflöte est le dernier opéra de Wolfgang Amadeus Mozart. Représentée pour la première fois le 30 septembre 1791 sur la scène du Theater auf der Wieden de Vienne, elle est la dernière œuvre achevée du compositeur, et la plus aboutie de toutes offrant différentes grilles de lecture au spectateur selon sa maturité, son âge et même son parcours de vie, si bien que Robert Carsen lui-même n’hésite pas à dire que cette seconde mise en scène de la Flûte enchantée n’est pas une première, mais elle est assurément pour lui une nouveauté à la fois dans l’approche qu’il a de l’œuvre, comme de ce qu’il en reçoit.

Michel Braudeau parle du paradoxe d’un livret dont les obscurités et extravagances font ouvrir le premier acte sur un conte de fée qui se poursuit en comédie, tourne à la philosophie tandis que le second donne à voir les protagonistes confrontés et devant faire face à des situations sans queue ni tête, où les méchants du début se révèlent être des gentils, où lidentité et les mobiles des personnages défient le sens commun, tandis que le final réuni par l’intermédiaire d’un Deux ex machina réunit les personnages dans une étrange béatitude. C’est donc une intrigue alambiquée portée par le génie de la musique mozartienne qui nous fait suivre Tamino, jeune prince amoureux de Pamina, Papageno, l’oiseleur de la Reine de la Nuit, dans leur parcours initiatique et les épreuves qui le composent, dont les autres personnages se font les artisans conscients ou bien involontaires.

La mise en scène de La Flûte enchantée par Robert Carsen est résolument moderne. On peut regretter bien sûr la pompe des costumes classiques et le grandiose des décors. Pourtant, on ne sort pas déçu d’une représentation qui allie à l’authenticité et à la simplicité, l’utilisation ingénieuse de la technologie pour transformer les espaces. La séparation de la scène en trois zones délimitées par des écrans de projection permet de rendre compte des changements de lieux, tantôt champêtres ou désertiques, intimistes ou solennels, mais aussi des espaces successifs qui accompagnent le rite initiatique. Le jeu sur l’opacité des projections, permet aux personnages d’être intégrés dans le décor et de brouiller la perception du réel donnant à vivre au spectateur l’incertitude dans laquelle Tamino est plongé, et l’illusion dont il lui faut se réveiller. Le renversement des situations et des perspectives entre les deux actes s’accompagnent d’un bouleversement des décors. Du calme apparent du cadre champêtre du premier acte, on arrive dans les espaces mouvants, désolés et incertains du territoire de Sarastro qui accompagne l’anxiété et les doutes de Tamino. Du reste, si la mort est omniprésente dans le livret comme le remarque justement Robert Carsen, elle est aussi transposée sur scène à travers les cercueils qui meublent la scène pendant une partie du second acte. Le costume de campeur de Papageno a de quoi surprendre, mais il est aussi la marque de l’initiation des deux protagonistes, sorte de pèlerinage en quête de soi. Alors que Tamino apprend les renoncements, Papageno est bien en peine de se délester des poids matérialisés par son matériel de randonnée qui devient alors un accessoire au service de l’œuvre.

L’austérité monacale des costumes, le voile qui couvre d’anonymat les personnages, les cercles de feu, la constante du chiffre trois et de la dimension initiatique, sont autant d’éléments qui confèrent à l’œuvre une coloration maçonne que R. Carsen retranscrit à merveille.

Gaël Pardoën

Dernier opéra de Mozart, La Flûte enchantée est un singspiel en deux actes à la fois comique et réflexif. On peut le prend comme un simple conte de fée, mais aussi s’en inspirer des méditations. L’histoire n’est pas complexe : le prince Tamino est envoyé par la Reine de la Nuit pour sauver sa fille Pamina des prisons de Sarastro. Guidé par les trois Dames de la Reine et accompagné par l’oiseleur Papageno, Tamino trouve enfin son amoureuse, ainsi que le mensonge d la Reine : tout ce qu’elle fait c’est juste pour se venger. Enfin, les épreuves de Sarastro mène Tamino vers l’amour, la lumière et la sagesse. Le 7 février, cet opéra classique est représenté sur la scène de l’Opéra Bastille. Des applaudissements prolongés prouvent le succès de cette reprise.

La couleur de la scène gazonnée nous attire l’attention de la première vue. L’image du forêt projetée sur l’écran transformant au fil des quatre saisons nous emporte l’air fraîche de la nature. Sans décors somptueux ou extravagants, la scène sobre suffit de nous amener dans le monde féérique de Mozart. Les accessoires conservent bien le respect à la vie réelle. Il faut souligner la scène de l’épreuve de Tamino et Pamina, où un grand rideau d’eau coule après qu’ils traversent le feu, le vrai feu. On voit aussi un sens de l’humour par les accessoires. Par exemple, la magie des trois Dames est présentée par des objets de la société moderne. Elles tuent le serpent géant avec des pistolets, ferment et ouvrent la bouche de Papageno par une clé de voiture.

Du côté des acteurs, Pamina est sans toute la reine de la soirée. La soprano Nadine Sierra possède une voix claire et douce. Elle a non seulement conquis le cœur de Tamino, mais aussi ceux des spectateurs. Quand à son amant, on entend bien la tendresse et l’a bravoure dans la voix du ténor Stanislas de Barbeyrac. Mais personnellement, il ne m’a pas impressionnée. Au contraire, son accompagnant, Papageno a reçu le plus d’acclamations. Bien sûr, on peut l’attribuer à la différence de caractéristiques de ces deux personnages, mais Michael Volle a vraiment animé l’oiseleur. J’ai beaucoup apprécié l’air de Papageno et Papagena dans le deuxième acte. Au début, ils s’expriment leur amour timidement, avec hésitation, mais fiévreusement. Quand ils s’embarrassent finalement, on leur félicite de tout son cœur. C’est grâce à ce couple qu’on peut goûter le style comique de l’opéra. Mais la Reine de la Nuit est un peu décevante. Dans l’air la plus fameuse du deuxième acte, elle chante médiocrement. Sa voix n’est pas assez puissante, parfois la place dominante est prise par l’orchestre. Elle a même des problèmes avec la hauteur du son dans les phrases difficiles et les notes aiguës. Par rapport, les trois Dames ont présenté quelque chose de différent. Normalement elles sont belles et élégantes. Mais ici les trois Dames a mis l’accent sur l’humour.

Enfin, l’interaction entre les acteurs, l’orchestre et les spectateurs est la plus belle qualité de cette présentation. Certains acteurs viennent depuis la salle et puis arrivent à l’avant de la fosse. C’est le lieu où ces trois participants se réunissent. Rappelons la dernière scène, où le chœur a fini sa partition et tout le monde, y compris les acteurs et les spectateurs, regardent l’orchestre, attendant la dernière note, comme si le monde n’existait que pour cet opéra. Les acteurs, l’orchestre et les spectateurs ne sont plus isoles, mais très lies l’un avec l’autre, ce qui donne une nouvelle vie au spectacle.

Xirui Zhang
Photo : Agathe Poupeney