La dame aux camélias / J. Neumeier – Opéra Garnier

Ce mardi 18 décembre, c’est à l’Opéra Garnier que je me suis rendue pour découvrir le grand classique de Neumeier, La dame aux camélias. Le ballet est une adaptation du roman d’Alexandre Dumas fils. On y assiste à l’histoire d’amour tragique d’une courtisane renommée, Marguerite Gautier, et d’un jeune homme, Armand Duval. Les deux amants se rencontrent lors d’une soirée à l’opéra. Ils entament une relation mais rongé par la jalousie, Armand ne peut supporter de voir Marguerite ainsi courtisée. Il parvient donc à la convaincre de le suivre à la campagne. Cependant le père du jeune homme vient trouver Marguerite et la persuade de renoncer à cette relation, pour le bien d’Armand et pour sa réputation. Par amour, elle abandonne donc ce dernier. Ils se retrouvent en ville peu après, occasion pour Armand de se venger de son ancienne amante en l’humiliant publiquement lors d’un bal. Vaincue par la tuberculose, Marguerite meurt seule et sans avoir jamais pu dire la vérité à Armand. Ce n’est qu’en lisant le journal de la jeune femme que celui ci réalise son erreur de jugement, trop tard hélas.

L’adaptation proposée par les danseurs du palais Garnier rend justice à cette histoire magnifique. La musique de Chopin laisse toute sa place à la danse. Il est toutefois important de souligner que le ballet s’illustre particulièrement par sa dramaturgie. En effet, les danseurs se font également acteurs. Les spectateurs, lecteurs ou non de Dumas, initiés ou non à l’art du ballet, n’ont aucun mal à suivre le cours narratif de l’histoire.

J’ai beaucoup apprécié le grand nombre de pas de deux qui sont l’occasion de portés techniquement très difficiles et brillamment interprétés par Léonore Baulac et Mathieu Ganio, visages des deux personnages principaux. N’étant pas danseuse moi même il m’est difficile d’évaluer la qualité technique des danseurs, mais il se dégage de l’ensemble du ballet une véritable fluidité. On ne voit pas le temps passer, et même si l’histoire est connue de la plupart des spectateurs, on se laisse entraîner dans les périples du jeune couple avec le même enthousiasme qu’à la première lecture de Dumas.

La scène de la rencontre à l’opéra est le prétexte à un parallèle entre les deux protagonistes et les personnages de Manon Lescaut. La parallèle atteint son paroxysme lors de la mort de Marguerite, qui est aussi celle de Manon dans un trio d’une grande poésie. La présence de ce couple fictif ne fait que souligner la solitude de Marguerite, abandonnée seule sur la scène.

On pourrait toutefois reprocher une fin un peu abrupte, on ne voit pas réellement la réaction d’Armand à la lecture du journal de son amante, le rideau tombe sur sa lecture du journal, la suite est laissée à l’appréciation du spectateur.

Il convient également pour terminer de souligner le soin accordé aux costumes et au décor, qui viennent entourer tout le ballet d’une élégance propre au milieu dans laquelle évoluent les personnages. Les costumes de l’acte II sont particulièrement raffinés.

Gabrielle Soufflet

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N’ayant jamais assisté à un ballet auparavant, je craignais de ne voir dans les enchaînements des danseurs qu’une prouesse technique et non un support émotionnel (comme ce fut le cas les rares fois où j’ai assisté à un opéra).  Mais j’ai été frappée au contraire par la véracité des émotions qui s’exprimaient ici, que je n’ai eu à ma grande surprise aucun mal à partager. J’ai appris plus tard que le chorégraphe John Neumeier demandait aux danseurs d’être les plus naturels possible sur scène, de ne pas surjouer, et cela se ressent en effet ! 

Contrairement à d’autres ballets légers comme Casse-Noisette ou Cendrillon, il ne s’agit pas ici de faire rêver le spectateur en l’entraînant dans un monde merveilleux, mais bien de suivre les derniers jours de la courtisane Marguerite Gautier, pendant lesquels elle entretient une liaison avec Armand Duval avant de sacrifier leur amour pour ne pas porter atteinte à la réputation de ce dernier et enfin de mourir de la tuberculose, sans le sou et abandonnée de tous.

J’ai beaucoup apprécié la diversité des émotions transmises par le ballet. Comme le résumé le laisse deviner, le ballet est d’abord traversé par une certaine amertume, voire d’un cynisme dans la représentation des faux semblants et de la vacuité des salons parisiens. Mais à cela répondent des moments de bonheur purs, sans fard (symbolisés par les cheveux détachés et la simplicité de la toilette de Marguerite) partagés par les amants lors de leur retraite à la campagne par exemple. Car, bien évidemment, La Dame aux camélias reste avant tout une histoire d’amour. On ne peut donc pas échapper à la déclinaison du sentiment amoureux sous toutes ses formes, du désir à la communion du couple Marguerite-Armand, interprétés par les deux jeunes étoiles Léonore Baulac et Mathieu Ganio, à travers les très (trop ?) nombreux pas de deux.

La musique de Chopin, très expressive, n’est bien sûr pas étrangère à l’émotion ressentie par le spectateur. L’intériorité des personnages est ainsi dévoilée sur scène par la danse et la musique.

La succession rapide des tableaux et des costumes magnifiques de Jürgen Rose ne m’ont par ailleurs pas laissé le temps de me lasser (excepté peut être lors des différents passages qui avaient lieu trop à gauche de la scène pour que je puisse les voir… Un conseil : ne choisissez pas le placement dans les « baignoires » sous peine de torticolis et de manquer une partie du spectacle).

Les décors sont minimalistes mais suffisants à mon goût. Ils servent des choix de mise en scène très intéressants, tel que celui de commencer la narration après la mort de Marguerite, au moment de la mise en vente de ses biens, pour plonger ensuite dans les souvenirs émus d’Armand (à travers un rideau transparent). Ce ballet non linéaire, avec ses flashbacks et ses gros plans, adopte par là une dimension cinématographique originale pour un ballet.

Autre choix de mise en scène réussi car très émouvant, le jeu de miroir entre le couple de « La Dame aux Camélias » et celui du ballet « Manon Lescaut » datant de 1830 : cela crée un effet de mise en abîme, qui donne d’abord lieu à de très belles scènes de rencontre entre les différents danseurs et ajoute une dimension réflexive pour le spectateur.

En bref, je recommande vivement d’aller voir ce ballet très émouvant dont les partis pris scénographiques ne vous laisseront pas indifférents !

Fanny Coulonges

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Mardi soir j’ai eu la chance d’assister à l’adaptation de La Dame aux Camélias de Dumas au Palais Garnier. Il s’agit d’un ballet en trois actes mis en scène et chorégraphié par John Neumeier. Il s’ouvre sur un triste prologue : Armand Duval (Mathieu Ganio) découvre une scène recouverte de meubles à vendre laissés par Marguerite (Léonore Baulac), morte avant même qu’il n’ait pu la revoir une dernière fois. Pendant trois heures on assiste alors à l’histoire de cette liaison tragique jouée par les Étoiles, les Premiers Danseurs et le Corps de Ballet sur les notes de Chopin magistralement interprétées par l’Orchestre national de Paris. 

L’adaptation de l’œuvre de Dumas en ballet s’avère être une évidence. Les scènes de bal, de rendez-vous, de déclaration, de doute, de jalousie, de déchirement et de mort sont parfaitement exprimées par les danseurs. La Dame aux Camélias c’est l’histoire tragique d’une courtisane atteinte de tuberculose. Armand est amoureux de Marguerite, celle qui est désirée par tous. D’abord, sans renoncer à son mode de vie, elle lui offre son cœur (sa camélia). Mais alors qu’elle continue de mener sa vie en société et d’enchainer les bals (qui défilent sur scène pour notre plus grand plaisir) Armand est fou de jalousie. Il lui demande alors de tout sacrifier pour aller vivre à la campagne avec lui, loin du faste de sa vie de femme galante. 

Évidemment Marguerite et Armand sont confrontés à de nombreux obstacles, sociaux, économiques, familiaux… Alors que le père d’Armand demande à Marguerite de renoncer à sa relation avec son fils, le chorégraphe convoque une masse de danseurs tendant des bijoux à Marguerite pour qu’elle retourne à sa situation de courtisane. On aura même droit à un reflet Marguerite : son amie courtisane, toujours présente, qui contrairement à elle ne quittera jamais sa position. 

J’ai tout particulièrement apprécié l’acte II, à la fois le plus frivole et le plus libérateur, entièrement joué au piano (avec brio par Emmanuel Strosser). Cet acte s’ouvre sur une scène de son quotidien de courtisane où hommes et femmes dansent et se font la court. On assiste alors à une danse des plus explicites de la part d’un cavalier avec sa cravache. Les différents mouvements des danseurs entre eux nous font comprendre la légèreté des mœurs de ce milieu social. Mais c’est également durant cette acte que Marguerite est confrontée au compte qui l’entretient, elle enlève alors le collier qu’elle porte autour du cou et se libère de son emprise.

La mise en scène fait honneur à la volonté de Dumas de croiser le destin de Marguerite et Armand à celui de Manon Lescaut et Des Grieux. Deux danseurs (Héloïse Bourdon et Marc Moreau) incarnent les personnages de l’Abbé Prévost aux moments les plus angoissants de la pièce. À chaque instant de doute de la part de Marguerite son double apparait pour mettre en mouvement son désarroi et sa perdition. Alors que dans Manon Lescaut c’est Des Grieux qui sacrifie son statut social pour sa « Manon adorée » ici c’est Marguerite qui se donne toute entière à Armand. Ici le ballet rend compte de la force du personnage de La Dame aux Camélias : elle sacrifie sa vie luxueuse mais elle sacrifie également son amour pour Armand pour assurer un bon mariage à sa sœur. À travers une mise en scène très intimiste on s’attache à cette courtisane au grand cœur et on ne peut qu’être ému par les pas de deux qui l’unissent en vain, par instants, à Armand.

Finalement j’ai été totalement conquise par ce ballet, la mise en scène de la détresse des personnages m’a particulièrement émue et j’ai retrouvé de manière fidèle les intentions de l’oeuvre de Dumas sur scène. 

Amandine Azzoug

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« La dame aux camélias » est actuellement représentée à l’Opéra Garnier. Ce ballet en trois actes est chorégraphié par John Neumeier, sur une musique de Chopin. Il s’inspire du roman du même nom d’Alexandre Dumas fils, qui a pour sujet les amours tragiques de Armand Duval, un jeune bourgeois, pour Marguerite Gautier, une courtisane. Celle-ci renonce rapidement à sa vie de demi-mondaine pour son amant, jaloux des hommes qu’elle fréquente. Mais le père d’Armand demande à la jeune femme de s’éloigner de son fils pour ne pas porter préjudice à la petite Duval qui doit se marier. Marguerite fait croire à son amant qu’elle l’a délaissé pour un autre, et la vérité sera rétablie sur son lit de mort, puisqu’elle décède de la tuberculose. Ce roman a également inspiré La Traviata de Verdi. 

Nous pouvons le voir à la lecture du résumé : si l’intrigue semble simple en apparence, nous relevons toutefois les multiples péripéties qui jalonnent le spectacle. C’est ce qui explique, peut-être, le seul reproche à faire à la représentation. Sur les trois actes, le premier fût beaucoup trop joué : les passages dansés étaient trop souvent alternés avec des jeux de scène visant à faire comprendre aux spectateurs les enjeux du ballet. Certes, ces procédés sont nécessaires, mais les danses sont parfois écourtés pour laisser la place au jeu. Néanmoins, dès le début du ballet, de magnifiques pas de deux ou adages sont présentés. Les portés sont impressionnants et ne peuvent qu’émerveiller en faisant oublier le petit regret de ne pas voir autant de danse qu’on le voudrait.

Dès l’acte II, ce regret disparaît totalement. La lenteur de la mise en place de l’intrigue fait désormais place à divers tableaux de groupes, ou des nouveaux pas de deux, qui sont riches en danse. Les passages joués disparaissent presque totalement, pour laisser les danseurs déployer toute leur technique et leur grâce. Dès lors, la magie opère : le spectateur ne peut que se plonger dans le ballet, et l’acte III confirmera ce processus d’enchantement.

L’opéra de Paris est très souvent synonyme de qualité, et c’est encore le cas ici. La technique des danseurs est parfaite, leurs mouvements sont fluides et naturels, et nous feraient presque oublier les heures de travail. Les décors sont simples, voire parfois inexistant, pour laisser toute la place à l’art chorégraphique. Les costumes magnifiques viennent compléter l’ensemble, offrant de superbes tableaux qui nous plongent dans le Paris et la campagne du 19e siècle.

Quant à la musique, elle n’est pas en reste. L’orchestre exécute avec brio les compositions de Chopin. Le piano est presque omniprésent, et sert merveilleusement bien les divers tableaux qui se dansent sous les yeux des spectateurs. La justesse de la danse, des émotions et des jeux de scène permettent de souligner le caractère tragique et émouvant du récit.

Il paraît donc difficile de ne pas ressortir charmé de cette représentation. Tout est conjugué pour faire passer une parenthèse magique aux spectateurs.

Il est toujours ardu de faire une critique, encore plus d’un art comme la danse, qui ne se raconte pas mais se voit et se ressent. Peut-être que l’incapacité à trouver les mots justes pour rendre compte de mon expérience permet de traduire l’enchantement procuré par le spectacle… Cette parenthèse émerveille, et prouve encore que ce langage universel qu’est la danse permet de transmettre tout un panel d’émotion, sans jamais passer par la parole.

Clarisse Benoit

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L’opéra Garnier donnait cet hiver la merveilleuse Dame aux camélias, créée en 1987 par John Neumeier. Fondé sur l’œuvre éponyme de Dumas fils, ce ballet moderne a la particularité de reprendre exclusivement des pièces pour piano de Frédéric Chopin. Ballet classique, trame romantique, valses rythmées et concerto poignant : le ton est donné.

L’histoire met en scène Marguerite Gautier (qu’incarne merveilleusement la jeune danseuse étoile Léonore Baulac) belle courtisane que les dettes contraignent à s’éloigner de celui à qui elle a donné son cœur, Armand Duval, pour ne pas contrarier ses amants. C’est donc un dilemme entre sa raison et son cœur qui la retient toute la pièce, jusqu’à son don total à Armand et à sa mort. Entre bals de cour, promenade bucolique et séparation tragique, l’atmosphère romantique est omniprésente et trouve son écho dans les pièces pour piano de Chopin, qui semblent avoir été composées exprès. La chorégraphie de Neumeier, mélange de pas classiques et de mouvements plus modernes, se fait l’écho des déchirements et des passions de Marguerite, entre danses de cour et entrelacements sensuels. Le corps se fait ici chant d’amour et expression de l’âme, comme s’il disait ce que la parole n’est pas autorisée à révéler. Mais c’est de la mise en scène globale que découle la beauté remarquable de cette version. Les costumes et décors de Jürgen Rose semblent tout droit sortis d’un tableau impressionniste. Robes légères blanches, costumes orientaux chatoyants, tenues de bals traditionnels ou crinolines de toutes les couleurs : tout semble nous renvoyer à des scènes sociales de Renoir ou de Manet. L’arrière fond romantique de l’œuvre originale a donc été exploité et assumé pleinement, laissant le public totalement ébloui par cette pièce où la danse, la musique et la mise-en-scène picturale servent et transfigurent la passion et la beauté de cette histoire d’amour tragique.

Hélène Rivière

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Photo: Svetlana Loboff