La chauve-souris / Johan Strauss II – Céline Pauthe / MC93

Comme emporté sur les ailes d’une chauve-souris, le spectateur prend son envol lors du spectacle La Chauve-Souris, du compositeur viennois, Johan Strauss fils, repris par Céline Pauthe et présenté par l’Académie de l’Opéra de Paris à la MC93 de Bobigny.

L’auditoire se laisse virevolter entre la prouesse musicale de l’orchestre et le chant puissant et prenant, fortement théâtralisé, des artistes lyriques. Rire et stupéfaction se mêlent. Cette opérette au sujet quelque peu léger offre toutefois un jeu de comédiens parfaitement réalisé. Les voix sont époustouflantes, accompagnées et embellies par des musiciens hors pair. Sur le mode de l’Arroseur arrosé, le spectateur se voit être complice du stratagème mis en place sur scène et cela rend le spectacle particulièrement vivant.

Les paroles franco-allemandes sont retranscrites sur le mur de la salle, l’auditoire peut donc à la fois jouir de la musique ainsi que d’une petite pièce de théâtre cocasse. Ce mélange de comédie, de chant et de danse que constitue le genre musical de l’opérette fait que les trois heures ne se font pas ressentir du tout. Les costumes d’Anaïs Romand sont particulièrement beaux, vifs en couleurs et ornements et participent à l’engouement du public.

Cependant, même si cette opérette vise à faire rire, ce chef-d’oeuvre a été joué dans le camp de Terezin en 1944. Il porte donc en lui une origine historique lourde de sens. Le troisième acte s’ouvre alors sur la projection d’extraits du documentaire de propagande tourné à Terezin, Le Führer offre une ville aux juifs et est commenté par le gardien de prison Frosch complètement saoul. Ce troisième acte est le petit bémol de la mise en scène proposée par Cécile Pauthe, bien que cela rappelle l’origine nazie, la prestation du comédien est un peu grotesque, tire vers le ridicule et détonne avec l’ensemble de l’opérette.

Olympe Dähne

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Une grande salle, il fait noir, les musiciens sont sur scène, une musique douce et heureuse nous accueille, un décor assez sobre et des images en noir et blanc défilent sur un grand-écran.

Il n’y a bizarrement pas de cohérence, on le perçoit tout de suite, entre la musique gaie de Johann Strauss, et les paysages derrière la scène. Il s’agit de l’ancien camp de concentration de Theresienstadt (aujourd’hui Terezin), désormais vide et abandonné, dont un voyageur anonyme et omniprésent a filmé les chambres, les jardins, les couloirs.

Nous ne savons pas qui a pris ces images, ni à quel moment, ni pourquoi. Nous ne savons pas non plus pourquoi nous voyons ces paysages sombres derrière le décor bourgeois du salon de la famille Eisentein, protagoniste de l’opérette la « Chauve-souris » (« Die Fledermaus »), composée en 1874 par Johann Strauss sur livret de Karl Haffner.

Cette nouvelle mise en scène, assurée par la réalisatrice Célie Pauthe, profite de la fraicheur des artistes de l’Académie Nationale de Paris et de jeunes musiciens stagiaires de l’Orchestre Atelier Ostinato, dirigés par Fayçal Karoui.

L’histoire est simple : les Eisenstein, ennuyés de leur vie de couple, s’amusent avec des liaisons extra-conjugales, des fêtes, des travestissements, des équivoques. Les personnages secondaires (la servante coquine, l’oncle bavard, les amis fidèles) assurent une ambiance détendue et bienveillante, même dans les moments les plus dramatiques de l’histoire. Tout se termine, bien évidemment, dans un esprit de fête chorale et de joie collective, qui caractérise toute opérette viennoise de l’époque.

Sauf que nous avons toujours les images grises de Terezin derrière les costumes d’Anaïs Romand et les décors de Guillaume Delaveau. Que nous savons ce qui se passera en Autriche tout juste 50 ans après la première mise en scène de cette opérette. Que nous ne pouvons pas nous empêcher de faire la liaison entre la prison à laquelle Gabriel Von Eisentein échappe lors du premier acte et le camp dans lequel les prisonniers de Terezin ont joué « La Chauve-souris » en 1944.

Nous sortons de cette représentation avec plein de questions, qui n’ont pas forcément à voir avec Rosalinde, Adèle, le prince Orlofsky et la Vienne du XIXe siècle. L’écart entre la futilité de cette noblesse de fin de siècle, son insouciance et le futur proche qui les attend, nous rappelle que nous sommes potentiellement tous des personnages masqués en chauves-souris, et que la musique de Strauss ne va pas nous protéger ce noir et blanc qui défile derrière la scène.

Rossana Silvagni

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La Chauve-Souris est une opérette composée par Johann Strauss II en 1874. L’œuvre met en scène une histoire de vengeance, pleine de quiproquos et remplie d’humour. L’œuvre est présentée par l’Académie de l’Opéra National de Paris à MC93. Je connaissais déjà cette pièce ayant déjà assisté à deux représentations mais les choix de mise en scène choisi par Célie Pauthe m’intriguèrent. J’avais beaucoup d’attentes concernant cette représentation mais je fus déçu.

Célie Pauthe, la metteuse en scène, décida d’aborder la pièce par un axe tout à fait nouveau. Lors de ses recherches, elle apprit, et nous l’apprit aussi lors de la représentation, que cette opérette fut mise en scène en 1944 dans le camp de Terezin par des musiciens juifs. Elle s’inspira de ce contexte pour mettre en scène la pièce. C’est un choix original et inattendu mais qui selon moi n’a pas été exploité à juste titre. Dès le début de la pièce, lorsque les acteurs se présentent et disent quels rôles ils jouent, la confusion règne. Ils jouent tout simplement les personnages de l’œuvre (comme ils l’affirment) ou les déportés mettant en scène la pièce ? Le décor suggère la deuxième réponse mais celle-ci reste très vague et confuse. Si c’était bien le cas, je pense qu’il aurait fallu exploiter d’avantage les conditions de mises en scène.

Le décor, comme les costumes que je vais évoquer plus tard, reste dans la confusion du choix. Le décor est peu existant et reste très simple. Par exemple la banquette est montrée par la superposition des matelas. On peut donc penser que Célie Pauthe évoque par le décor les conditions de la représentation au camp de Terezin mais cela est faussé par les costumes. Les costumes posent d’autres problèmes : ils sont de toutes époques, ne donnant ainsi aucun contexte. Des robes de l’époque contemporaine se mêlent aux habits de nos jours. Les costumes n’aident pas les spectateurs à définir le cadre temporel et le cadre socio- professionnel des personnages. Cependant je tiens à préciser et à nuancer mon propos en rajoutant que les robes du deuxième acte sont d’une très grande beauté.

Par ailleurs, les décors et les costumes peu développés changent la perception de la pièce. Le deuxième acte qui est censé être très comique par la consommation d’alcool et le cadre très luxueux du château se voit très réduit.

J’ai trouvé le jeu des acteurs peu convaincant. Certes ils avaient tous des voix impressionnantes mais leur jeu ne reflétait pas le comique de situation. Les acteurs surjouaient et ne maitrisaient pas cela créant ainsi un jeu peu crédible et peu adapté à la pièce. Cependant, Timothée Varon, à qui est confié le rôle principal, celui de Gabriel von Eisenstein, est le seul à maitriser le sur-jeu qu’il arrive à montrer comme très naturel.En revanche, j’ai trouvé le choix d’intégrer l’orchestre dans la pièce (par les vestes portées dès le début par le musicien) voire d’amplifier son rôle en plaçant les musiciens sur une estrade, très original et réussi. L’orchestre était magnifique, tout comme les chants des acteurs.

Ainsi, je ne vous conseillerais pas d’aller voir cette représentation qui selon moi n’exprime, ne traduit pas la pièce.

Esin Ayber

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Photographe : Elisabeth Carecchio

Categories: MC93, Théâtre