La Blonde et la Brune / Festival Livres-en-tête #11 / Vendredi 4 octobre 2019

« Vendredi 4 octobre, à la brasserie artisanale BapBap (Rue Saint-Maur) s’est tenue une soirée conviant des personnes de tout âge autour de bières et de lecture. 

En effet, la compagnie des Livreurs (spécialisée dans la lecture à voix haute) s’est associée à cette brasserie ainsi qu’à l’association Alma Grown in Town (association ayant pour but de sensibiliser les citadins à la culture de fruits, légumes et aromates en plein cœur de la ville) afin de convier une trentaine de personnes autour du thème « manger et boire éco-responsable à Paris ».

Après une courte présentation de chaque intervenant, la brasserie a convié ses invités à une dégustation de bières (qui a servi à deux reprises d’entracte). Après cela, les Livreurs ont commencé leurs lectures. 

Les textes (dont la plupart sont très connus) avaient pour sujets les composites de tables, la nourriture et toutes sortes de boissons. Parmi eux : Les petits poèmes en prose de Baudelaire, Le ventre de Paris de Zola, Chez les fous d’Albert Londres, Le maréchal absolu de Pierre Jourde, La peau de Curzio Malaparte, Elles sont folles de mon corps de Marc Villard, L’os à moelle de Pierre Dac, Les Vins du Rhône et de la Méditerranée de Jean Giono…

La mise en scène très minimaliste (projecteurs et mur blanc) n’a pas empêché la théâtralité des lecteurs, qui oscillaient du rire à la colère en passant par la peur et la tristesse. Ce qui prouve bien que l’on a pas besoin d’artifices pour suggérer l’émotion au spectateur. 

Les textes, ayant été parfaitement choisis, ont permis aux spectateurs de s’imprégner de l’ambiance festive de la représentation. 

En mélangeant écologie, comédie, et consommation, les acteurs de cette soirée ont su captiver le spectateur en le nourrissant de riches vers, de paragraphes envoûtants et déroutants ainsi que de rires partagés. 

Si vous avez l’occasion d’assister à une soirée organisée par la compagnie des Livreurs et que vous aimez la fantaisie et la dérision, je vous conseille d’aller y faire un tour. 

— Salomé LE GUELLEC

Un festin sonore de lectures à voix haute avait lieu dans la brasserie parisienne BapBap, à l’occasion du festival Livres en Tête.  

Le public, hétéroclite et assoiffé de mots, a fait salle comble pour rassasier sa curiosité. Arrivés sur place, l’ascension intellectuelle devait se mériter : il fallut traverser la fabrique, contourner les cuves, grimper un long escalier de fer, pour atteindre la salle des délices.

Au menu ? Bière, bière, bière et puis bière – toutes artisanales et locales. Mais surtout une foultitude de cerises sur les gâteaux colorés, trouvés dans des lectures piochées chez Jourde, Giono, Londres, Malaparte, Villard, Beaudelaire, Zola, Carminati, Courteline, Huysmans, Dac…

Les paroles tranchantes, grasseyantes, coulantes, salées, amères des orateurs se suffisaient à elles-mêmes : nul besoin d’autres accompagnements que la voix des six lecteurs.

Une mise en bouche agréable pour découvrir l’activité du collectif les Livreurs, organisateurs de la soirée. On reste cependant un peu sur sa faim, avec un goût prononcé de revenez-y : vivement la prochaine.    

— Eline MALADRY

Ce vendredi-là, j’ai participé à une curieuse entrevue de lecteurs passionnés et d’amateurs de bières. La brasserie Bapbap, lieu insolite du 11ème arrondissement, a accueilli durant cette soirée le Festival « Livres en tête », festival de lectures à haute voix qui s’est tenu dans divers lieux parisiens du 2 au 5 octobre 2019.

Au programme de la soirée : lectures, évidemment, sur le thème de la table et de la nourriture, accompagnées d’une dégustation de bières artisanales, brassées à Paris. Nous étions rassemblés dans une salle de la brasserie Bapbap aménagée pour l’occasion.

L’ouverture s’est faite sur une présentation de la brasserie par son co-fondateur. La projet est né, selon lui, d’un « rêve un peu fou », celui de brasser et de vendre des bières made in Paris, c’est-à-dire « Brassées à Paris, Bues à Paris » (BapBap). Le projet a abouti depuis maintenant cinq ans et l’équipe brasse quatre sortes de bières, que nous avons goûtées dans la soirée : de la bière blonde de table à la bière brune, plus amère et acidulée. C’est ensuite l’une des fondatrices d’« ALMA Grown in town », entreprise de mise en culture et de commerce de fruits et de légumes dans le cadre d’une agriculture dite urbaine sur les toits de Paris, qui a pris la parole pour nous présenter l’aboutissement de son projet. Celui-ci visait à rapprocher les citadins de leur consommation de fruits et de légumes en produisant directement à Paris, évitant ainsi la perte de nutriments et les longs voyages des aliments jusqu’à la ville depuis leur lieu de production. L’entreprise vend des paniers de fruits et de légumes produits sur les toits. Elle organise aussi des initiations à l’agriculture urbaine. Enfin, la librairie « Le Comptoir des mots » était présente tout le long de la soirée pour présenter des livres sur le thème de la vie éco-responsable et de l’alimentation.

Les lectures à haute voix, thème du festival, se sont donc déroulées dans cette atmosphère détendue de dégustations atypiques et originales. Les lectures portant sur le thème de la nourriture, tout l’intérêt était dans la diversité des genres, des sujets et des tons de la narration. Les lecteurs et les lectrices se sont partagé les textes (12 lectures d’auteurs du XIXème siècle à nos jours). La lecture à voix haute est vraiment une expérience intéressante car elle oscille entre le théâtre, fait pour être déclamé par un acteur, et la lecture faite pour être lue silencieusement et individuellement. Elle renvoie à une tradition ancestrale de la mémoire orale. La déclamation de textes, selon moi, permet de mieux les apprécier – ou du moins, de les entendre différemment de la lecture silencieuse.

Lire à voix haute c’est aussi apprendre à être acteur, à déclamer un texte pour mieux faire ressentir ses ambiances, ses beautés et les moments de tension qui font sa force.

Le texte Chez les fous, d’Albert Londres (1925), était un vrai défi d’interprétation pour la lectrice. Cet extrait raconte le repas extrêmement violent de femmes dans un asile psychiatrique, lieu qu’Albert Londres dénonce. La narration part dans tous les sens, comme la nourriture dans la salle de restauration. Cette lecture est, de part le caractère engagé de l’œuvre, d’une part comique, mais aussi dramatique. Son interprétation est donc difficile et c’est par des changements dans la hauteur de sa voix que l’actrice nous faisait entendre les différents personnages tous aussi fous les uns que les autres.

Par ailleurs, j’ai particulièrement apprécié la lecture d’un extrait du Ventre de Paris d’Émile Zola (1873) racontant l’arrivée de Claude aux Halles le matin. La description de tous les fruits et les légumes exposés dans la rue sous les stands des halles est particulièrement évocatrice et magnifique. La lectrice nous a fait entendre la puissance d’évocation des mots , qui rendent quasiment vivants les produits du marché.

Ces diverses lectures n’ont fait que confirmer ma certitude de l’importance de la lecture à haute voix, et m’ont donné envie de m’entraîner à cet exercice particulièrement difficile même s’il n’en a pas l’air…. J’ai donc vraiment beaucoup aimé cette soirée en tant que lectrice passionnée et amatrice de bonnes bières. Je trouve particulièrement intéressant le fait de composer un corpus de textes portant sur un thème commun. Cela fait ressortir la diversité des possibilités d’écriture.

Enfin, on ne pouvait pas sortir de la brasserie sans entendre la voix de Baudelaire…
« Enivrez-vous ! »

— Charlotte CORINALDI