La Bayadère

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La Bayadère : entre virtuosité et prouesse technique

« Le seul mot de bayadère éveille dans les cerveaux les plus prosaïques et les plus bourgeois une idée de soleil, de parfum et de beauté. » Voilà la première phrase d’un article, paru en août 1838, et écrit par Théophile Gautier, romancier et critique d’art français, après avoir vu une petite troupe de bayadères, venues d’un lieu de pèlerinage en Inde. L’exotique ballet classique, La Bayadère revient à l’opéra Bastille. Œuvre-phare de Marius Petipa, La Bayadère fut créée au grand Théâtre de Saint-Pétersbourg en 1877 dans une mise en scène grandiose qui dévoilait, dans une Inde de mystères, les amours impossibles de la danseuse sacrée Nikiya et du guerrier Solor, tenu d’épouser Gamzatti, la fille du Rajah. Nikiya, perçue comme un trop grand danger, meurt, « piquée » par un serpent placé à dessein dans une corbeille de fleurs remise par la servante de Gamzatti. Solor est éploré. Rongé par le chagrin, il la rejoint en rêve dans le Royaume des ombres. Les deux amants s’y retrouvent.

Une brochette d’étoile

Prise de rôle pour la danseuse étoile Emilie Cozette qui interprète Nikiya : sa maitrise technique l’aide parfois à surmonter les difficultés d’interprétation. Karl Paquette, également danseur étoile de la compagnie, est un Solor désespéré. On regrette ses quelques « dérapages techniques ». Dorothée Gilbert, en revanche, est sublime. Majestueuse et fière, la jeune danseuse étoile incarne parfaitement l’ambigüité du rôle. Grande comédienne, elle est à la fois dur et désemparé. Grande technicienne, elle électrise la salle avec le challenge des fouettés et la célèbre variation de Gamzatti parfaitement menée. Le corps de ballet masculin et féminin est remarquable. L’acte en blanc dans le Royaume des ombres est à la fois magique et impressionnant. Les longs équilibres sont parfois difficile à tenir mais quel ensemble !

Une chorégraphie mythique de Rudolf Noureev

Pièce majeure de la tradition russe, le ballet est cependant resté longtemps inconnu en Occident. Ce n’est qu’en 1961, à l’occasion d’une tournée du Kirov au Palais Garnier, que le public parisien découvre avec émerveillement le troisième acte, le Royaume des Ombres, interprété par le jeune Rudolf Noureev. Resté en Occident, Noureev nourrit longtemps le rêve de remonter le ballet dans son intégralité, mais ce n’est qu’au terme de sa carrière et de sa vie, en 1992, qu’il parvient à présenter une nouvelle version de l’œuvre, au Palais Garnier, en s’appuyant sur les notes de Marius Petipa et la partition de Minkus. La production originale de La Bayadère se terminait sur un épilogue (Acte IV) où Solor, après sa vision du Royaume des ombres, était contraint d’épouser Gamzatti. La prophétie vengeresse de la bayadère se réalisait alors : un terrible orage éclatait et le palais s’écroulait sur les invités de la noce, engloutissant le Rajah, Grand Brahmane, Gamzatti, ainsi que Solor, qui rejoignait dans l’au-delà sa bayadère bien-aimée. Ce denier acte qui nécessitait un nombre important de machinistes, en raison des effets de décors et de lumières, fut abandonné. Elle aura également été l’ultime tâche d’une vie toute entière vouée à la danse : Rudolf Noureev – malgré la maladie – a travaillé à la réalisation de cet ouvrage jusqu’à la «première», le 8 octobre 1992, au Palais Garnier. Les décors d’Ezio Frigerio et les costumes de Franca Squarciapino participent au succès de cette grande production dont seul l’Opéra national de Paris est légataire.

Coralie Pierret