Kata

Danse | Théâtre National de Chaillot | En savoir plus


Salle Firmin Gémier du Théâtre National de Chaillot. Mercredi 18 octobre 2017. Il est 19h45. Les lumières s’éteignent. La musique envahit la salle. Un homme entre sur scène. C’est le début de Kata, création d’Anne Nguyen produite par la Compagnie par Terre. Qu’est-ce que le kata ? Kata veut dire forme en japonais. Ce mot est utilisé pour désigner les enchaînements de mouvements qui permettent au maître de transmettre son savoir à ses élèves. À la croisée de danses martiales telles que la capoeira, le jiu-jitsu brésilien, le viet vo dao et le wing chun, la danse de Kata est présentée comme un « art martial contemporain », fusion de danse break et d’arts martiaux. Selon Anne Nguyen, le break est lui-même une forme martiale. Danse de combat ou combat dansé ? Kata conjugue des mouvements chorégraphiés avec des éléments de violence et d’agressivité. Le spectateur, pendant une heure, retient son souffle, tant il n’y a pas d’automatismes chez les breakeurs. On remarque rapidement que les danseurs sont guidés par le naturel et le plaisir : parfois le spectacle semble improvisé. Anne Nguyen nous emmène hors de nos habitudes et nous surprend. Les danseurs sont huit : sept hommes et une femme. Chaque danseur a sa singularité, sa propre manière de danser et de bouger, ses caractéristiques propres. Les danseurs sont tous très différents – physiquement et dans leurs mouvements – apportant au spectacle un surplus d’humanité. On identifie bien chaque danseur, et non pas « les danseurs » comme un groupe d’individus. On ne peut que ressortir ébloui devant la souplesse et l’agilité des breakeurs tout au long du spectacle. La mise en scène sobre permet de mettre en valeur le rapport au sol, si important dans la chorégraphie des danseurs. Kata nous offre une heure d’acrobaties et de style. La salle est conquise, les applaudissements sont intenses. Ni catastrophe ni cataclysme. Juste Kata.

Margaux Alexandre

C’était tout sauf une (Kata)strophe

Proposé dans la salle Gémier (réouverte au public après quatre ans de travaux) du Théâtre national de la danse – Chaillot, le spectacle de la danseuse et chorégraphe Anne Nguyen (Compagnie par Terre) tient toutes ses promesses. Hip-hop, break dance, arts martiaux (d’où le titre « Kata ») et même danse contemporaine se combinent -on pourrait même dire se subliment- à la perfection. On peut saluer la performance inspirée des huit danseurs (Santiago Codon Gras, Fabrice Mahicka, Jean-Baptiste Matondo, Antonio Mvuani Gaston, Valentine Nagata-Ramos, Hugo de Vathaire, Lorenzo Vayssière, Konh-Ming Xiang) même si la présence aérienne et l’extrême précision dans le mouvement de Valentine Nagata-Ramos éclipse quelque peu ses camarades.

On n’a pas affaire ici à des battles (terme souvent associé aux danses urbaines) ou à des combats (en lien avec les arts martiaux) typiques: le spectacle fait la part belle au groupe. Point d’égo : on ne cherche pas à être le meilleur, on danse jusqu’à résolution du conflit. Cela se ressent immédiatement par le fait que les danseurs ne sont pas toujours exactement synchrones: chacun garde son identité propre, mais dans une certaine entente de groupe. Mais l’unité salvatrice du groupe fait face à l’oppression de la foule: on retiendra des scènes où les danseurs vont et s’en vont d’un pas assuré, tels des badauds dans la rue. Les danseurs se rencontrent, se croisent, se défient, se jugent, dialoguent, se séparent…et leurs chemins se croisent de nouveau. La tension entre le mouvement et l’absence de mouvement fait écho aux corps des danseurs, tantôt statiques (dans l’attente) et où l’action passe par le regard et la réflexion, tantôt actifs et où l’action est physique (le corps est en mouvement).

La musique de Sébastien Lété fait la part belle au souffle (surtout vers la fin du spectacle): en effet la cohésion entre scénographie et chorégraphie est évidente tout du long. Par exemple, les ombres des danseurs sont parfois rendues visibles. De ces silhouettes on retient une individualité indéniable mais aussi un sentiment d’appartenance au groupe. Les costumes aussi sont en accord avec cette idée: identiques sur la forme mais différents sur le fond.

La réussite de ce spectacle réside donc dans la diversité des ses influences. Il en ressort un savant mélange de performances à la fois contrôlées, organiques, sensuelles, guerrières, absurdes, drôles… On en redemande!

Hélène Chaland

Un plateau nu, le sol reste brut, la musique est percussive et cardiaque… Ici nul besoin d’artifice, la virtuosité des danseurs, dont chaque geste est ciselé, nous embarque pour un voyage qui joue avec les codes de la danse urbaine et des arts martiaux.

La chorégraphe et danseuse de break Anne Nguyen, spécialiste de la danse Hip Hop break axée sur les mouvements au sol, et artiste associée au Théâtre de Chaillot, pour sa huitième création Kata avec la Compagnie par Terre, travaille et questionne la finalité du geste dans la danse urbaine et dans les arts martiaux. Elle questionne la place de l’ être humain dans le monde actuel, déstructure les différentes gestuelles de la breakdance et leur ouvre de nouveaux espaces d’ écriture en leur imposant des contraintes géométriques.

Ainsi Kata nous invite à un combat imaginaire qui mêle aussi bien les figures de la  breakdance que des “kata”, mot aux racines japonaises qui désigne une succession de mouvements codifiés mimant un combat et réalisant une démonstration technique.

Les danseurs, au nombre de huit dont une femme, excellent ici dans leurs enchainements aux allures martiales et leurs figures acrobatiques au sol… Le caoutchouc des baskets crisse sur le sol, au rythme de la musique percussive de Sébastien Lété qui enveloppe le spectateur afin de mieux le convier aux défis successifs que se livrent les B-boys. Leurs  gestes sont incroyablement précis et maîtrisés, leurs mouvements s’enchaînent avec une fluidité et une dextérité défiant les lois de la pesanteur. Les corps se livrent ici des combats imaginaires où rien ne permet de prévoir le prochain geste. Les danseurs tiennent le spectateur en haleine et montrent à quel point leurs gestes travaillés et répétés libèrent le corps de ses contraintes. Véritable défi spatio-temporel, Kata abolit les frontières du corps et de l’ espace .

Anne Nguyen, qui a étudié les mathématiques, questionne l’espace scénique, convie les figures géométriques à un ballet incessant où cercles, lignes droites, et parallèles forment un kaléidoscope envoûtant. Ici les corps dansent sur le bitume, l’endroit devient l’envers, le haut devient le bas. Le geste fluide se brise et se casse, désarticulé, puis reprend son élégante trajectoire…

Le plateau est nu, évoquant un terrain vague, et le fond de scène, marron puis noir – grâce aux lumières changeantes signées Ydir Acef – dessine les corps des danseurs en ombres chinoises agrandies qui évoquent un monde parallèle.

La musique percussive qui rythme les combats mimés joue avec les répétitions et les variations. Parfois ce sont les danseurs eux-mêmes qui font la musique, leurs souffles, et leurs sons repris en échos dans les haut-parleurs.

La mise en scène d’Anne Nguyen est pourvue de beaucoup d’humour. Les gestes inutiles de la danse se mêlant aux gestes utiles du combat, les danseurs alternent moments solistes et battles, s’invitent  puis se rejettent, quittent l’ espace scénique côté jardin, puis reviennent côté cour, solos en lignes droites parallèles, évoquant les tapis roulant des gares ou encore les déplacements latéralisés et mécaniques des personnages dans les jeux vidéo.

Kata invite à se soustraire aux lois qui régissent la surface. Le corps moderne , urbain n’ est pas fait pour vivre dans des espaces carrés, et toute l’intelligence, l’humour et le travail de déconstruction de la chorégraphe nous en convainc. A la sortie du spectacle, à bout de souffle, je retrouve le bitume et me fonds dans le décor moderne, prête à relever tous les défis…Comme Anne Nguyen dans son Manuel du Guerrier, « Je vis en hauteur ».

Cécile Dessillons 

Si l’on pénètre dans le grand Théâtre National de Chaillot, c’est pour s’égarer dans le monde de la danse. Anne Nguyen, chorégraphe et fondatrice de la Compagnie par Terre, nous propose en ces lieux, sur une musique de Sébastien Lété et éblouie par les lumières de Ydir Acef, une représentation d’une heure mêlant les arts martiaux et la break, dans une approche épurée et graphique, où s’exposent toutes les influences qui ont parcouru la vie de la chorégraphe. L’épuration reste en effet le mot d’ordre : sur la scène, il n’y a rien. Seuls, les corps, leurs ombres et la lumière structurent l’espace et lui donnent vie. Le travail de la lumière qui s’exalte sur le sol blanc de la scène a trouvé la juste mesure : ces jeux pertinents ne viennent pas obnubiler notre regard qui reste avant tout attiré par le mouvement des corps. Les ombres, sur le sol et sur le fond de la scène, accompagnent et redoublent ces corps et ouvrent des dimensions oniriques. La musique, elle-aussi, structure l’espace : point de mélodie, mais des battements incessants, semblables aux coups et aux à-coups du combat, à sa rugosité et au rythme du sang qui résonne dans les tempes lors des corps-à-corps et des affrontements. Les costumes, certes variés, restent terriblement sobres et ne viennent en rien altérer la précision et l’épuration de l’espace. Si la fusion peut paraître évidente entre les arts martiaux et la danse, elle est ici mise en lumière dans toute sa majesté. Les danseurs tanguent, passant de la break au combat, du combat à la break. Cette dernière ainsi que les arts martiaux passent ici leur temps à se fusionner et à se désunir, au rythme d’une vague, d’un va-et-vient incessant, exacerbant leurs ressemblances puis leurs différences. La vague est elle-même merveilleusement représentée sur la scène par les corps des danseurs qui se déplacent de manière horizontale dans un mouvement qui semble infini. Anne Nguyen nous invite aussi à réfléchir sur le rapport à l’autre : elle exploite toutes les possibilités. Parfois seul, parfois en groupe, parfois en face à face, les corps des danseurs sont confrontés les uns aux autres, les regards se défient : on ne sait plus s’ils dansent ensemble ou s’ils combattent les uns contre les autres, passant de la douceur du mouvement conjoint au choc violent du coup qui fait tomber à terre et sombrer dans l’agonie. La troupe, sympathique, jeune, vive, hétéroclite, nous salue, on les applaudit. Et, pour nous remercier, ils dansent. Ils ne peuvent plus s’arrêter. Même après le noir final et la fin déclarée du temps suspendu de la représentation, la danse pour eux ne s’arrête jamais. Alors, devant tant de ferveur et de foi, que l’on aime ou pas la danse, on esquisse un sourire.

Anne Fenoy

Anne Nguyen nous met au défi par l’ésotérisme conceptuel de sa dixième création, Kata,  au Théâtre National de Chaillot du 11 au 20 octobre. Dans un univers atemporel et une scénographie minimaliste, les huit danseurs de la Compagnie par Terre incarnent avec brio une chorégraphie hybride mêlant break dance, arts martiaux et capoeira. C’est ainsi qu’à travers un “art martial contemporain”, elle met en scène les “derniers représentants d’une voie guerrière”. Quête de sens, lutte contre l’oppression d’un environnement aliéné… ce ne sont que quelques-unes des pistes de réflexion que Anne Nguyen tente de mettre en mouvement.

Si l’accessibilité des principes qui sous-tendent Kata peut être remise en question, elle n’en demeure pas moins esthétiquement brillante et techniquement prodigieuse. Le spectateur est guidé par la musique percussive de Sébastien Lété à travers les différentes séquences de battles. Pas d’égarement possible avec un rythme en constante mutation qui entretient la curiosité et nous accompagne, battement par battement, pendant une heure.

Malgré l’absence de trame narrative, le jeu de lumière de Ydir Acef établi un cycle jour-nuit sur lequel s’organise la représentation. A l’aube de chaque nouvelle séquence, l’homme se fige en statue, puis s’anime progressivement jusqu’à ce que la pénombre l’emporte à nouveau. Entre les deux, vivent les ombres des danseurs qui dédoublent leur chorégraphie sur l’écran blanc au fond de la scène. On y voit les combats dansés dans toute leur précision et leur élégance pour former un deuxième tétris humain simultané.

Le tour de force de Anne Nguyen réside cependant dans sa capacité à faire d’un tel spectacle une expérience ouverte à tous, et intergénérationnelle. Malgré un fond théorique abstrait, une séquence particulièrement humoristique expose nos mouvements Just Dance fétiches. On y retrouve le déhanché de Queen B pendant que des rires candides fourmillent dans la salle. Mieux encore, toute une gestuelle replonge l’initié dans l’ère glorieuse du gaming en 2D : petits pas frénétiques unilatéraux ou coups de poings éclairs lancés à micro distance de l’adversaire.

Lauren Stephan

Avec sa « Compagnie par Terre », Anne Nguyen nous offre, avec ses huit danseurs et danseuses, un spectacle époustouflant de rythme et de beauté.

Voulant mêler danse et combat, elle travaille sur la gestuelle et les déplacements des arts martiaux (notamment la capoeira) et du break dance. Il n’y a pas vraiment d’histoire dans Kata, juste des corps qui évoluent dans l’espace au rythme des percussions incessantes qui vous prennent aux tripes. Ces corps ne se touchent pas au début, ils traversent un espace qui semble disloqué, qui modèle leur corps, et puis ils se rencontrent, se touchent, se battent, et tombent.

J’ai beaucoup aimé Kata, notamment pour sa musique entêtante, simple mais efficace pour faire danser les corps. J’étais moi-même tendue physiquement par cette musique durant toute la durée du spectacle.

La proposition de mettre les corps des danseurs dans un espace complexe, celui de la ville, de l’urbain, m’a beaucoup touchée également : on y retrouve des gestes et des postures qui nous sont familiers et qui sont pourtant esthétisés, assouplis, parfois énergisés par la performance des danseurs.

C’est un spectacle court, qui dure 1h mais qui file comme les danseurs à travers la scène. La scénographie et les costumes sont simples, le spectacle en lui-même l’est mais cela lui donne une vérité et un naturel très appréciable car cela laisse une pleine vision sur la performance des danseurs.

Phane Montet

 

Illustration : Little Shao

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