Jusque dans vos bras

Théâtre | Bouffes du Nord | En savoir plus


La pièce aborde le thème de l’identité française, une des plus grandes préoccupations médiatiques en ce début de XXIe siècle. Elle interroge cette identité, ce qui définit un Français et ce qui nous lie : une culture littéraire (Rimbaud, le marquis de Sade, Obélix…), une culture historique à partir des grands personnages (Jeanne d’Arc, Marie-Antoinette, De Gaulle…) voire même et surtout une culture populaire à laquelle nous, spectateurs, prenons part (Interville, Johnny Halliday, Cyril Hanouna…).

Le rythme est très soutenu avec un enchaînement des scènes très rapide qui ne laisse pas le temps au public d’être distrait. La scène est en permanence réinvestie de façon à apprécier un décor différent et les comédiens mobilisent l’espace en y entrant aussi bien par les coulisses que par la salle au milieu du public.

Dès le départ, le ton est donné : un des comédiens entre en scène et nous félicite d’être arrivés vivants jusqu’ici en « enjambant les migrants ». Cette entrée, sur le ton de l’humour, nous oblige à remettre en question notre place dans le quartier de la Chapelle et l’absence de mixité sociale malgré les apparences.

Des musiques accompagnent les transitions entre chaque scène, ce qui donne une dynamique à la pièce. Par exemple, le comédien Athaya Monkosi entre en scène déguisé en pape et chantant « Quoi ma gueule » de Johnny Halliday tandis que les autres préparent la scène suivante autour de lui.

Un effort tout particulier est misé sur les costumes contemporains toujours exubérants (comme la robe de Marie-Antoinette couverte de sang) et décalés pour rappeler au spectateur l’esprit de la pièce. Trois des comédiens, à un moment, doivent interpréter une famille africaine émigrée ; leur peau est recouverte de peinture rouge pour symboliser avec humour leur ethnicité.

Le spectacle sait jouer sur différents tons aussi bien satiriques que dramatiques. L’enjeu est de rappeler quelle est la menace de notre société aujourd’hui et notamment en France : le repli identitaire, dont le communautarisme et le nationalisme sont les fruits. Toutes ces scènes connectées les unes aux autres sont là pour rappeler que notre culture, ce qui nous définit comme Français, est protéiforme et complexe. Il faut ressaisir sa diversité pour entendre une histoire élargie.

Clothilde Mongas

« Tenez-vous tous par la main ! Allez ! On prend la main de son voisin et on ferme les yeux. Vous sentez cette énergie ? Maintenant, répétez après moi : Je suis en colère et je ne me laisserais pas faire ! »

Voilà comment commence cette pièce de théâtre burlesque menée par Jean-Christophe Meurisse, le metteur en scène, et toute la troupe des Chiens de Navarre. Au Théâtre des Bouffes du Nord, ce soir-là, se jouait l’identité française dans toute sa splendeur. Le spectateur est témoin d’une série de tableaux allant du dîner satirique entre bourgeois catho à la scène poignante entre Obélix et un astronaute. A travers le rire, les dix acteurs de la troupe se livrent à une critique acérée de cette France bien-pensante qui voit en l’autre un ennemi.

Mais que retenir de ce tourbillon de scènes plus absurdes les unes que les autres ?

Tout d’abord une envie de choquer. Une envie de choquer à travers cette scène de pique-nique qui semble des plus banales et qui tourne en conversation raciste, xénophobe et homophobe sur fond de nudité. Mais aussi une envie de toucher. La troupe appelle les spectateurs à venir tirer leur barque remplie d’émigrés qui souhaitent atteindre le rivage sous la musique d’Interville. Malgré l’absurdité de la scène, le message est passé et certains se lèvent pour porter aide aux migrants bravant la horde de requins (en costume bien évidemment) déchainées qui les assaillent. Est-ce que ce ne serait pas plutôt cela l’identité de la France ? Une France qui s’entraide et se bat pour les plus démunis ?

Après avoir emporté avec eux, dans les premières scènes, tout ce qui fait la noirceur de notre pays, ce sont ses symboles qui en prennent un coup. Un De Gaulle de deux mètres qui s’appelle « Brahim » car Algérien, et une Jeanne d’arc rivalisant avec Quasimodo qui ne pense qu’à se faire dépuceler se succèdent. Les acteurs usent d’artifices ingénieux pour rendre ces moments surréalistes, avec une Marie-Antoinette qui crache du sang et un De Gaule qui s’en va avec elle sur Douce France de Charles Trenet.

La lumière s’éteint alors sur un astronaute et un Obélix qui lui-même ne sait pas pourquoi il est là, récitant sa phrase fétiche « Ils sont fous ces Romains !». On assiste alors à un tonnerre d’applaudissement. Les spectateurs un sourire scotché aux lèvres sifflent et rappellent les acteurs. Un succès qui est mérité car, au-delà du rire, les Chiens de Navarre nous font entrevoir l’avenir. En faisant table rase de toutes nos différences et querelles, ils nous montrent un chemin vers la tolérance et l’acceptation. Il est toujours temps de panser les plaies et d’avancer. Comme dirait un des personnages émigrés congolais : « un petit pansement plus un petit pansement, ça fait un gros bandage ! ».

Eva Josselin

Les attentas du 13 novembre 2015 étaient un tournant dans l’histoire identitaire de la France. Le questionnement d’identité nationale persiste et reste sans réponse politique et/ou sociale concrète et définitif. Peut-être une telle réponse est à chercher ailleurs voire elle n’existe pas. Toutefois, l’horreur qu’a connu Paris dans cette soirée, accumulé avec la montée des extrêmes, la crise des migrants, des tensions séparatistes, des crises économiques, le chômage, la situation internationale instable : tout cela a fait naitre un sentiment de la peur profonde dans notre société actuelle. Et cela se ressent.

Les audacieux Chiens de Navarre, une troupe fondée par Jean-Christophe Meurisse et composée d’une dizaine de comédien(ne)s (qui n’a d’ailleurs plus à se faire connaître) nous propose de nous guérir par le rire! Ils savent émouvoir, nous faire rire et surtout nous déranger. Pour leur dernière création Jusque dans vos bras présentée au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris le 14 novembre 2017, la bande s’attaque à cette peur qui nous habite, à des préjugés que nous cultivons et à la lâcheté sociale que nous cachons dans nos zones de confort.

Dès l’ouverture, une jeune veuve agenouillée, penchée sur un cercueil couvert par le drapeau bleu-blanc-rouge, pleure son mari avec des cris hystérique, derrière, sous une pluie battante le reste des protagonistes parlent, discutent, se débattent… Tout cela dégénère dans un non-sens absolument burlesque digne d’un Tarantino ! Tout cela sous Love, love, love de Beatles (Vous souvenez-vous comment elle commence cette chanson?) et sur une jolie pelouse verte qui nous accompagne tout au long de la représentation. Quel début !

Puis, une pique-nique entre amis, avec un exhibitionniste au second plan, se transforme en un cocktails de débats enragés sur les juifs, migrants, socialistes, les femmes… « Bienvenue en France ! » sous-entendent les poses « charmantes » de cet homme trapu toujours au second plan, qui nous montre son derrière. Vous avez bien compris, cela nous fait rire, cela nous dérange, cela fait penser, ce sont les Chiens de Navarre.

Cette mosaïque de scènes autour de l’identité française, n’est pas seulement une simple forme théâtrale classique, il s’agit d’une interprétation, de l’improvisation et de la recherche de cet art vivant allant jusqu’à l’expérimentation. C’est ainsi, qu’une barque minable flottante apparaît au fond de la scène, avec des petits requins mignons qui gravitent autour… Quelques personnages, et on en reconnait des migrants par leur cri avec des accents prononcés, appellent à l’aide. Il faut alors tirer une corde… Un appel à l’aide est lancée au public ! Au bout d’un certain temps, paru assez long, quelques personnes des premiers rangs prennent leur courage et se jettent à « l’eau ». Du coup, les requins les attaquent… tout devient à nouveau burlesque, mais le plus important est fait, les migrants sont sauvé!… Quel triste croquis de notre vie sociale! Quel beau miroir pour faire réfléchir ! Pour enfoncer le clou, à la fin de cette scène, Jean-Christophe Meurisse nous rappelle notre privilège d’être assis dans cette belle salle de légende construit en 1876 laquelle témoigne même notre histoire culturelle alors qu’à quelques centaines de mètres nous avons des camps de migrants… dont on évite de parler et qu’on évite de regarder. Nous sommes bousculés, on nous met mal à l’aise.

Vous avez très bien compris, on reste dans le politico-satirique, cela plaît au public, mais la gêne se ressent de plus en plus.

Pour détendre l’atmosphère, et de manière astucieuse, nous avons de temps à autre, des mini-caricatures de grandes figures de notre histoire: grandement caricaturés mais aussi beaucoup plus humains, un Charles de Gaulle interprété par un géant de 2,46 m, pointure 58, une Marie-Antoinette sanglante, une Jeanne-d’Arc vieillie et éméchée et un incongru Pape noir à la voix basse impressionnante, font leurs apparitions!

Au sommet de cette fresque, on visite l’espace. Dans une scénographie lunaire deux cosmonautes tentent planter le drapeau tricolore pour marquer leur territoire, mais le sol n’est, visiblement, pas y adapter. Peut-être veulent-ils, symboliquement, marquer notre identité… Mais existe-t-elle réellement, cette identité nationale? Peut-être devons-nous nous poser les bonnes questions et nous attaquer, comme les Chiens de Navarre, à nos peurs, nos fantasmes, nos mesquineries et nos absences quotidiennes du citoyen.

En tous les cas, la bande remaniée de Jean-Christophe Meurisse relève avec brio le défi fixé plus haut: nous avons ri et cela nous fait profondément réfléchir, cela nous questionne “jusque dans nos bras”.

Guévork Aivazian

Le mardi 14 novembre, je suis allé voir au théâtre des Bouffes du Nord, la nouvelle pièce de théâtre de la compagnie des Chiens de Navarre. Leur nouveau spectacle burlesque s’appelle Jusque dans vos bras mis en scène par Jean-Christophe Meurisse. La pièce part du postulat que l’identité française fait débat et qu’il est difficile de cerner notre identité dans un pays qui a subi des attaques multiples. L’originalité de la pièce réside dans son angle de lecture de l’identité : l’identité ne se fonde pas sur les grands personnages comme De Gaulle, Jeanne d’Arc ou Marie-Antoinette, mais dans le débat entre les français. Le Français est « un type comme toi et moi ». La richesse française est la différence des points de vue et les disputes sur tous les thèmes de société (politique, homosexualité, racisme…). Cette pièce est très drôle, car elle permet d’évacuer tous les discours politiquement corrects. Dans un décor assez simple – un tapis d’herbe et un lampadaire, les acteurs jouent au plus proche des spectateurs. Le dynamisme et le jeu théâtral sont très fort grâce à l’intervention des spectateurs et aux passages récurent dans les rangs. La pièce est vivante et émet une critique de notre société parisienne bobo. La pièce n’a pas de suite logique, elle présente une dizaine de tableaux : du pique-nique entre amis à l’accueil de migrant dans une famille bourgeoise parisienne. La compagnie des Chiens de Navarre nous offre pendant une heure et demie une expérience surprenante de relecture de l’identité française sans jamais répondre réellement à la question : qu’est-ce qu’être Français. Pour ma part, j’ai aimé cette représentation, car elle est un bol d’air frais dans une France prônant parfois une seule vision de l’identité française.

Louis Beaufrère

Après une rapide observation du public, un acteur remercie les spectateurs de s’être déplacés aux Bouffes du Nord sur le ton du sketch, en particulier les séniors qui s’aventurent dans le quartier de La Chapelle, au milieu des camps de migrants, pour voir le prochain spectacle des Chiens de Navarre, Jusque dans vos bras, mis en scène par Jean-Christophe Meurice. Car il semble évident que personne n’est du quartier. Suit alors une description caustique des spectateurs en fonction de leurs catégories, une mention à l’état délabré du théâtre, et un rappel : politiquement, nous vivons des temps difficiles.

Il propose au public de se prendre la main et de faire fi du ridicule et de la gastro pour recréer du lien social. Sinon, le spectacle ne commencera pas. L’humour second degré du sketch se mêle au caprice : le public cède en riant. Il nous propose ensuite de fermer les yeux. Lorsqu’il nous demande de les rouvrir, on aperçoit un cercueil recouvert d’un drapeau français, une femme désemparée pleure, un homme la réconforte. Au lointain, un groupe habillé en noir, parapluie à la main : deuil sous fond de All you need is love des Beatles. La musique est si forte qu’elle couvre presque la dispute qui éclate : coups, hurlement, sang, coup de feu. Elle résonne comme une parodie de La Marseillaise.

Le spectacle se propose comme une suite de scènes : par exemple, un pique-nique entre des amis blancs qui échangent des inepties aux frontières du racisme, de la xénophobie, de l’homophobie, parfois complotistes, souvent réductrices, toujours drôles. Ou le dialogue improbable entre une Marie-Antoinette à l’accent autrichien et le général Charles Brahim de Gaulle, interprété par un acteur de 2,50m. Ou le monologue de Jaja d’Arc qui cherche dans le public quelqu’un pour la dépuceler. Le spectacle, par le rire et le malaise auquel il expose le public, invite à interroger la part de xénophobie latente qui existe en lui.

Ce rire qui sort des profondeurs et que l’on regrette parfois, qui tantôt rend plus légère l’âpre réalité, tantôt renforce la culpabilité que l’on éprouve face à notre impuissance, est manié avec une dextérité indiscrète. Mention spéciale à Céline Fuhrer, hilarante, en secrétaire obséquieuse à l’OFPRA, dont la voix, que des effets sonores rendent stridente, fait ressortir le décalage de son propos face à la situation, lorsqu’elle demande à un migrant en demande d’asile s’il n’est pas trop déçu par les Champs-Elysées, ou si la personne qui le loge est un cousin germain ou « à l’africaine ».

Le spectacle se termine sur une belle image : deux astronautes essayent de planter un drapeau français sur la scène, mais le sol résiste. L’un se décourage, l’autre essaye de le motiver, et compare la France à une famille que l’on a pas choisie, ennuyeuse et honteuse, mais que l’on doit endurer. Par son humour typique, le spectacle lui-même est un étendard à la goguenardise française.

Alexandre Ben Mrad

Au boulevard de la Chapelle dans le 10ᵉ arrondissement de Paris prône le théâtre des Bouffes du Nord. Dans ce théâtre je me trouve frappée par l’architecture et sa qualité acoustique. Du 19 novembre au 2 décembre 2017 se joue « Jusque dans vos bras »  mis en scène par Jean-Christophe Meurisse, interprété par la troupe des chiens de Navarre.

En 2017 tout est possible… Sur un ton humoristique parfois provocant, les comédiens cherchent à signifier ce qu’est être français. Parfois en oubliant le théâtre en s’excusant sur le fait qu’en France « on fait ce qu’on veut ». Les figures emblématiques française se mélangent, une discussion entre Marie Antoinette et Charles de Gaulle, un prêtre qui chante du Jonny Hallyday… tout ça sur un ton très touchant.

« La France c’est être libre, pouvoir entrer dans une mosquée avec des chaussures, aller dans un resto sans réserver ». Un comédien s’élance sur une tirade décrivant des situations françaises. À ce moment le spectateur se reconnait, il rit.

La pièce cherche à divertir, éclairer et toucher. Il invite le spectateur à entrer sur scène pour tirer la corde d’un bateau de migrants voulant entrer en France. Le spectateur se sent alors concerné par ce qui se passe. Il fait partie de la pièce pour ainsi créer une France solidaire.

Tout au long de la pièce, le spectateur est rempli de satisfaction. En effet le fait de parler d’un sujet à la fois politique, culturel, musical, et de religion, invite le spectateur à prendre du recul. Et cela fait du bien, on se sent alors ensemble, et on sort du théâtre fière d’être français.

Eva Glatigny

Mardi 14 novembre, j’ai assisté au Théâtre des Bouffes du Nord au spectacle Jusque dans vos bras, une mise en scène de Jean Christophe Meurisse en collaboration avec la compagnie Les Chiens de Navarre. Ce spectacle dépeint avec finesse et satire les stéréotypes présents dans la société française à travers une successions de tableaux, avec l’utilisation de figures héroïques de la France telles que Jeanne d’Arc ou encore Charles de Gaulle (appelé ici Brahim) qui nous amènent à réfléchir, à nous questionner sur ce que c’est cette fameuse identité française, cette mémoire commune que nous partageons, qui nous rassemble en une nation. J’ai vraiment adoré ce spectacle tant par sa scénographie, sa dramaturgie que par ses enjeux dramaturgiques : briser le quatrième mur entre les comédiens et le public, des apartés et des interactions entre le public et les comédiens (utilisation de microphones), casser les codes du théâtre traditionnel pour le ramener à tous, au peuple. En effet, le public assis au parterre est placé directement sur le plateau qui est un jardin avec des feuilles séchées et des morceaux de brindille. Un comédien nous invite à fermer les yeux, se tenir par la main et répéter cette phrase tous ensemble «je suis en colère et je ne me laisserai pas faire». c’était un moments assez joyeux, de fous rire et de gêne dans le public. Puis soudain, le public est transporté dans une scène d’enterrement émouvante dans laquelle une femme pleure la mort d’un être cher. Ensuite on assiste à un pique-nique dans lequel les personnages ne parviennent pas à discuter, débattent sur des sujets controversés comme l’homosexualité, la religion, la politique ou encore le féminisme où la différence divise et amène l’incompréhension de l’autre. J’ai trouvé que la tension dramatique et le rythme de la pièce est bien tenu tout le long sauf la fin qui retombe, ce qui fait que notre attention diminue un peu. Elle n’est pas à la hauteur de la promesse du début. Certains stéréotypes ne sont pas pas assumé jusqu’au bout comme l’accent africain dans la scène où une famille d’accueil des migrants chez eux. Par ces moments de doute, de peur de l’Autre, parfois de rejet, l’art est encore là pour nous rappeler combien il est important de rester uni, de continuer à partager ensemble. N’est-ce pas la somme des différences qui compose notre société et qui fait l’identité française? Par ce genre de spectacle, une fois de plus j’ai la conviction que oui le théâtre peut bien améliorer notre société, tout comme dans le théâtre brechtien : par lui on peut instruire et faire réfléchir le spectateur.

Louisa Woodina

Le Théâtre des Bouffes du Nord accueille la nouvelle pièce des Chiens de Navarre, Jusque dans vos bras, représentation qui propose de réfléchir sur la question de l’identité française. La beauté de ce théâtre n’aurait pas pu mieux contribuer à l’intemporalité du décor. De la pelouse, un lampadaire. Les tableaux indépendants s’enchainent sans jamais perdre le spectateur qui, dans les peintures délirantes tout comme dans les scènes très proches du quotidien, ne cesse de s’identifier à ces personnages. Nous avons tous eu ces conversations sans fin à la suite d’une énième remarque raciste, homophobe, misogyne… et pourtant, l’écriture et les comédiens évitent avec brio les blagues clichées, bien trop entendues ces dernières années. Chaque seconde est consacrée au rire, maîtrisé si parfaitement par cette bande, qu’il oscille entre moqueries moliéresques de nos propres travers, absurde, jeu subtil avec la double énonciation théâtrale, parodie, contrastes… On n’a jamais autant ri d’un sujet si pesant qu’est l’identité française. Ces symboles de notre identité, qu’on brandit à tout va ces temps-ci, sont réduits au rang de détail et peut- être que ce qui définit notre identité, c’est tout simplement ce qui se passe sur scène ; des disputes, des fous rires, des débats houleux, des moments gênants ou encore, comme le souligne si justement cette pièce, peut-être est-il temps de se demander pourquoi a-t-on besoin de se poser cette question ? Presque thérapeutique, ce spectacle nous invite à réfléchir sur nous-mêmes, car c’est de nous qu’on rit, c’est nous-mêmes qui nous mettons mal à l’aise dans leurs propos, c’est de nous qu’on s’énerve. Il faut souligner les choix musicaux – on ne peut plus à propos – des Beatles pour ouverture à « Douce France » sur l’arrivée de migrants. A voir absolument, à ne pas manquer ne sauraient exprimer à une juste mesure à quel point cette pièce vaut la peine d’être, non vue, mais vécue.

Agathe Etienne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *