Je me suis fait prendre par l’orage / Mathilde Flament-Mouflard – Comédie Nation

La pièce de théâtre « Je me suis fait prendre par l’orage » est écrite et mise en scène par Mathilde Flament-Mouflard. Les solos de danse qui ponctuent la représentation sont, quant à eux, chorégraphiés et dansés par Léa Georges. Cette courte pièce raconte l’histoire de Claire qui, alors qu’elle marche, est surprise par la pluie. Elle s’abrite à côté d’une ruche à livres : ce temps de pause dans sa vie sera à la fois le moment de lectures et de réflexions sur son quotidien, mais aussi celui de sa rencontre avec le Protagoniste, un personnage dont on ne saura jamais réellement s’il existe ou non. En plus des passages dansés, des musiques viennent souligner les propos des deux personnages, pour les éclairer d’une autre manière.

Ce spectacle est brillant, à tous les égards.

Tout d’abord, le lieu de la Comédie Nation participe au charme de la pièce. Il s’agit d’un petit théâtre, d’une ambiance détendue ; la salle est elle aussi petite, ce qui favorise le rapprochement entre les comédiens et les spectateurs. Le caractère intimiste de l’endroit fait qu’on se sent touché et pris à partie dans le spectacle, sans pour autant basculer dans l’écueil d’un spectacle participatif.

La prestations des deux comédiens est pleine de vivacité et de fraîcheur. « Pétillant » est le mot qui vient à l’esprit quand on les voit exécuter leurs rôles. La pièce souligne des thèmes qui peuvent faire écho aux vécus des spectateurs, aussi différents soient-ils. Claire évoque la déprime, la solitude, l’amour, tandis que le Protagoniste parle lui du rêve, de l’illusion, de la capacité à s’émerveiller, de l’insouciance face à la vie. La complicité des deux comédiens se ressent dans leur jeu.

La grande force de ce spectacle est d’intercaler plusieurs autres éléments à l’histoire de base. Il s’agit dans un premier temps des livres que Claire lit, dont elle cite quelques passages au spectateur. Ensuite, des extraits de différentes pièces de théâtre s’intercalent de manière tout à fait naturelle dans les dialogues entre les deux personnages. Qu’on les connaisse ou non, on remarque avec amusement le léger changement de ton dans les propos des personnages, une phrase différente, un vocabulaire parfois archaïque, qui marque discrètement le passage à des œuvres récitées. Néanmoins, elles s’insèrent dans la pièce d’une façon admirable. On ne peut que féliciter la metteure en scène d’avoir fait s’articuler et se répondre des textes à la fois classique, comme ceux de Musset, avec des œuvres beaucoup plus contemporaines.

Enfin, il faut bien sur évoquer les passages dansés. Ceux-ci participent totalement à l’atmosphère d’illusion et de moment « hors du temps » qui sous-tend toute la pièce. Là encore, les morceaux oscillent entre musiques classiques et musiques françaises contemporaines. Elles sont toujours choisies à dessein et font sens avec les propos, qu’elles viennent éclairer d’une autre manière. Soulignons encore que la chorégraphie colle entièrement aux paroles ou au rythme de la mélodie, faisant se rejoindre étroitement la musique et la danse. Ainsi, les mouvements éclairent les paroles.

On ressort de ce spectacle enchanté, dans le vrai sens du terme : la pièce qui est jouée sous nos yeux constitue une véritable parenthèse poétique, qui donne à réfléchir, et qui transmet un message d’espoir et de bienveillance à l’égard de nos rêves et de la culture. Impossible de ne pas avoir un sourire amusé ou attendri pendant le spectacle, qui se transforme à la fin en sourire rêveur, tant cette pièce est riche de pistes de réflexions.

A voir absolument ! (jusqu’au 14 février)

Clarisse Benoit

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Le jeudi 18 janvier se tenait la 5e représentation de Je me suis fait prendre par l’orage au théâtre Comédie-Nation, par la compagnie Le fil de la Plume. La pièce, la première créée par Léa Georges, a été écrite et mise en scène par Mathilde Flament. Elle nous propose un intriguant voyage qui mélange textes originaux et auteurs classiques, musique et danse, ainsi que rêve et réalité. Le cœur de du spectacle est la rencontre amoureuse entre deux jeunes, Claire (Claire Isirdi) et Le Protagoniste (Yoann Rollo). L’histoire provoque un sentiment de déjà vu : une après-midi d’orage, Claire s’abrite à côté d’une ruche à livre et se plonge dans sa lecture. Le Protagoniste vient la déranger et entame avec elle une discussion sur le réel et le mensonge, la vraie vie et l’invention, en s’attardant sur l’éternel sujet des sentiments amoureux.

Si ce schéma narratif est des plus banals, c’est parce que la pièce développe un discours méta-thêâtral sur son sujet : le spectacle mélange non seulement textes originaux et auteurs classiques, mais également parole et musique, jeu et danse, une dichotomie dont l’incarnation la plus patente sont les très réussis solos de danse de Léa Georges, également chorégraphe. Je me prends à vouloir les qualifier « d’intermèdes », mais ce serait donner trop peu de crédit à ce qui est certainement la plus impressionnante partie du spectacle : sa formidable chorégraphie, dans laquelle on sent une lutte entre différentes influences, arrive lors de moments cruciaux du dialogue et parvient à incarner les idées des personnages et de la pièce bien plus précisément et puissamment que le pourraient de simples mots.

Ces mots néanmoins sont loin d’être banals : les personnages parlent comme de jeunes adultes en quête de sens lors des textes de Mathilde Flament, et tentent d’atteindre ce sens à travers de fameuses tirades extraites du Fantasio de Musset, du Cyrano de Rostand ou encore de l’Ivanov de Tchekhov. C’est ainsi que dans la pièce se côtoient Vivaldi, Tchekhov, Ben Mazué et Barbara — reflétant peut-être le brouillage des lignes entre la culture dite « classique » et la culture dite « pop ». Ce choix d’une pièce en « patchwork », dans laquelle le relatif statisme des comédiens est transformé par la puissante mobilité de la danseuse, les badinages naïfs des personnages accompagnés par leurs élans lyriques, et l’illusion est indiscernable du réel aide à créer une expérience prenante et multiple dont on ressort la tête pleine d’idées nouvelles.

Tout compte fait, Je me suis fait prendre par l’orage est une sorte de comédie musicale décomposée et en recomposition : des scènes de dialogue sont entrecoupées de scènes de danse, mais lors de l’une des premières, Claire se met spontanément à chanter La Solitude de Barbara a capella, et d’ici la fin du spectacle la danseuse est rejointe dans ses mouvements par les deux comédiens. Si les transitions, particulièrement celles entre la parole des acteurs et la bande son, sont parfois hasardeuses, c’est certainement dû à la technique pas encore perfectionnée d’une pièce encore jeune plutôt qu’à de quelconques défauts inhérents au spectacle.

L’art, nous dit cette ode à la culture, a beau être une création, une invention, le produit d’une imagination, il n’en n’est pas moins réel que le reste du monde — et pas moins crucial dans le développement de tout être.

Ewen Zimmerman

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Je me suis fait prendre par l’orage est une forme théâtrale, mise en scène par Mathilde Flament. J’ai un avis mitigé bien que positif sur ce spectacle. J’ai un profond respect pour le travail, l’audace, et l’originalité dont a fait preuve l’équipe, qui encadre cette création. De plus, j’ai eu un sentiment agréable, j’ai été émerveillée. Pourtant, ce spectacle me laisse une sensation de manque. Comme-ci avec cette même matière l’on pourrait aller encore plus loin.        

Le temps d’une heure, nous voyageons à travers différents textes, de Rostand à Tchekhov, un choix pour ma part très appréciable. Cependant, ces extraits auraient pu être davantage mis en valeurs par le jeu des comédiens, afin qu’ils se révèlent aux spectateurs. Ici le parti-pris est différent. Ces textes co-existent avec des morceaux de musiques possédants des paroles slamées. Ce mélange entre notre noble culture européenne, et la pop-culture française transporte le public par différents courants, et ainsi l’atteint autrement. J’aime beaucoup le fait qu’à travers cette création la pop-culture soit reconnu comme art.

Il y a une autre thématique qui m’a touché, c’est même celle-ci qui m’a permis d’être transcendé par  le spectacle : le corps occupe l’espace. Il devient un moyen d’expression important. Il en devient l’allégorie, la personnification des sentiments, des moments de la vie, du quotidien. Ainsi le jeu, le texte sont entre coupés par plusieurs scènes dansées. Cette alternance soutient le rythme de la pièce. J’ajouterai qu’il y a comme un flou shakespearien, tel que Le songe d’une nuit d’été, les personnages font voyager le public entre réalité et fantasme. On ne sait ce qui est de l’ordre de la vérité ou de l’illusion. Ainsi l’imaginaire est nourrit, est subjugué. Là aussi se trouve la transcendance.

À travers ces différents procédés le ton évolue de la solitude, de la morosité, à la rencontre, à l’échange, à la joie. Il laisse comme un morceau d’espoir sur le bout de la langue, que l’on avale, et digère lentement. Même si cette thématique me fait un peu l’effet d’un ouvrage de développement personnel, cela laisse surtout une sensation très agréable. Pour conclure, il manque certes. Les textes choisis mériteraient peut-être d’être mis plus en relief. Mais l’approche est réellement originale, belle, touchante.

Jade Vincent

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Photo: Elisa Galliez