J’ai des doutes / Raymond Devos – François Morel / Théâtre du Rond-Point

Dans la grande salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point, le spectacle-hommage de et avec François Morel débute dans l’obscurité. On se laisse ainsi entraîner pendant plus d’une heure trente dans un enchaînement de numéros fabuleux, poétiques, où les jeux de mots fusent à un rythme effréné. L’humoriste français, notamment chroniqueur à France inter, réussit son pari de transmettre son admiration pour son prédécesseur, Raymond Devos. Les applaudissements vont bon train, consacrant chaque fin de numéro de leur générosité.

Tout comme Devos, François Morel laisse une place de choix à la musique. Accompagné de Romain Lemire, en alternance avec Antoine Sahler, il livre une performance incroyable qui permet une immersion totale dans cet univers qu’il veut faire découvrir. Le public rit délicieusement de cet humour absurde, parfois remis au goût du jour. Les thèmes abordés sont ceux d’un quotidien entêtant où l’on ne fait plus attention à la signification des mots. On devrait, pourtant. L’humoriste incite ainsi son spectateur à se remettre en question, tout en passant un excellent moment.

Le lien de François Morel avec son public apparaît comme un élément primordial, prouvé au moment du rappel où tous les spectateurs sont invités à entonner en cœur l’hymne du spectacle « Je hais les haies » en version karaoké. On ressort léger et heureux, les soucis sont mis de côté. La magie de Devos, transmise avec enthousiasme et émotion, a opéré ; et on en redemande.

Charlotte Geoffray

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Ce vendredi des vacances, la journée est chargée et le spectacle a lieu à 18h30. Il faudra faire vite pour traverser Paris et s’installer dans la confortable salle du Rond Point. On imagine que les spectateurs, plutôt âgés à cette heure-ci, connaissent bien Raymond Devos et viennent probablement pour réentendre des sketchs cultes. Peut-être qu’ils connaissent bien les deux artistes et qu’ils viennent découvrir ce formidable “duo”. Ou peut-être que comme moi, ils viennent davantage écouter François Morel. Peu importe. Les lumières s’éteignent et la magie opère.

Il ne faut pas longtemps pour que les mots et la musique inondent la grande salle. Les rires fusent et le spectacle fonctionne à merveille. Pour qui n’est pas connaisseur de Raymond Devos, on comprend vite que les sketchs choisis sont cultes… et plus que jamais d’actualité !

François Morel est accompagné d’Antoine Sahler (en alternance avec Romain Lemire), leur complicité donne un supplément d’âme. Tous les deux rendent un parfait hommage à Devos. C’est finalement un trio que nous aurons la chance d’écouter sur scène. Morel réinvente Devos et c’est un régal !

Flavie Druon

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Un monstre sacré du théâtre revient de son repos éternel pour se réincarner sur scène, ôtez-moi d’un doute : Devos est-il revenu ce soir-là sur la scène du Théâtre du Rond-Point ? Oui, cela nous est annoncé par un François Morel spectral au début du spectacle.

Textes, mise en scène, jeu des comédiens, tout cela est la griffe « Devos ». Ce n’est pas une marque mais un héritage que tout comique porte en lui. Il ne s’agit pas ici de copier le Maître, mais de s’en inspirer pleinement afin de lui donner un nouveau souffle. François Morel incarne ce nouveau souffle, on sent qu’il joue du Devos, on ne voit pas une simple reprise mais une oeuvre originale. En effet, on entend du Devos mais on voit jouer François Morel et son complice, ils jonglent malicieusement avec les textes et les situations scéniques, le tout accentué par des notes de musique.

Ce spectacle est aussi musical, où le piano n’est pas un accessoire mais un personnage. Le texte en lui-même est musical, poétique avec cette puissance dans le rythme et dans les mots. Les jeux de mots et le côté absurde des textes sont l’essence même de ce spectacle, ces mots nous font rire, font des situations cocasses mais nous donnent également à réfléchir. À l’image cette chanson « je hais les haies », qui apparaît dans le spectacle mais aussi à la fin de la représentation, lorsque les deux complices demandent au public de la chanter. C’est un texte fort, poétique et qui ne vieillit pas : plus que jamais, il est actuel.

C’est la force motrice de ces textes et François Morel l’a bien compris. Ainsi les textes choisis, ainsi que les bandes sonores et la mise en scène donne toute cette poésie à ce spectacle et le jeu des comédiens en donne toute sa teneur comique. Bien entendu, on aurait tant aimé voir jouer « le clairon », « alimenter la conversation » ou encore « Le petit poussin ». Mais on ne sort pas de ce spectacle avec ces regrets mais émerveillés !

J’ai eu des doutes avant le spectacle, voir une imitation de Devos allait m’ennuyer. Mais plus de doutes ! Les comédiens se glissent dans ses souliers, marchent dans ses pas mais posent leurs marques. Ne doutez pas non plus, mais à quand une nouvelle élaboration de textes aussi comiques et remplis de non-sens qui ont du sens ?

Adrien Defebvin

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“Au paradis, c’était l’enfer”. Ils ont donc appelé Raymond Devos pour se divertir. Des jeux de mots ingénieux, et une mise en scène qui sait les mettre en valeur.

Joués par François Morel, lui-même accompagné d’Antoine Sahler, les sketchs de Devos ne prennent pas une ride et le public -jeune ou plus âgé- est conquis. L’admiration que porte François Morel à Raymond Devos se ressent sur la scène. On ressent une envie de bien faire, une envie de restituer fidèlement et avec beaucoup d’émotions les textes de Devos. Ce dernier était un joueur. Il jouait avec les mots, avec les situations et les interprétations. Et c’est ce jeu de l’esprit que François Morel nous restitue le temps d’une soirée.

Les réactions et interventions du public sont prises en compte -ce qui n’est pas toujours le cas dans les spectacles humoristiques- et le spectateur se sent comme un réel acteur de ce qui se passe devant ses yeux. La fin tout particulièrement nous rappelle que François Morel n’est pas si différent de nous ; il n’est qu’un fan de Devos qui a voulu redonner vie à ses textes tels que « j’ai des doutes » ou « Caen ». En effet, Le spectacle se termine sur un karaoké. Le spectateur est convié à chanter « l’hymne de Devos », qui est la célèbre chanson « je hais les haies ». La lumière se tourne vers le spectateur qui, une nouvelle fois, est placé comme acteur de la soirée.

Ce « spectacle avec des numéros », comme le dit François Morel, est une belle façon de faire renaître Devos, ce Dieu de la création d’une certaine manière. Pour Raymond Devos, l’artiste« est ballotté comme une bouteille à la mer, à l’intérieur de laquelle il y a un message de détresse », c’est « la quête de l’absolu ». Le spectacle auquel j’ai assisté était le résultat de cette bouteille. Ce soir-là, on a ouvert la bouteille pour s’inspirer de son contenu, avant de la relancer à la mer pour les temps prochains.

L’occasion pour tous de découvrir ou redécouvrir un homme doté d’un grand humour et des textes d’une grande intelligence.

Océane Caboche

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Un vendredi avant les fêtes, dans la grande salle du théâtre du rond-point, François Morel joue, devant un public familial, les grands textes de Raymond Devos. Alors que nous venons de célébrer le dixième anniversaire de la mort de ce grand comédien, je viens humblement découvrir l’art oratoire de ce dernier. Je ne connaissais que Devos de nom, et du souvenir que m’avaient transmis mes grands-parents. Dans un décor simple, deux pianos dont un à queue, les costumes rendent hommage à Devos. Cette simplicité permet l’expression des mots, de la logorrhée et des phrases.

François Morel, accompagné du musicien Romain Lemire, nous proposent de revivre les grands sketchs et les grandes musiques qui ont fait le succès de Devos. Dans une époque où nous questionnons continuellement notre langage, nos façons de s’exprimer ; l’art de Devos est de jouer avec les mots, les sonorités : les textes nous déboussolent. Il m’a fallu, en vérité, une dizaine de minutes pour entrer dans l’univers absurde de ce grand comédien ; beaucoup de jeux de mots restent, encore maintenant, incompréhensibles pour moi. François Morel reprend avec intelligence et élégance les mots de Devos, il ne fait pas du Devos : les textes sont plus grands que l’acteur. J’ai des doutes – titre de la pièce – est une invitation à mettre de côté nos repères et déstructure nos acquis pendant plus d’une heure : « si on peut trouver moins que rien, c’est que rien vaut déjà quelque chose ».

Louis Beaufrere

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Photographe : Manuelle Toussaint