ICEBERG / compagnie Acid drama – Théâtre de la Reine Blanche

Iceberg durant, on ne craint pas le froid.

Tandis que la pièce se joue, plus aucune règle n’existe, les contemporains voyagent dans les souvenirs des anciens, les éléments naturels ont la parole et les femmes font la loi. Tel est le modus vivendi de la pièce.

Qu’on se le dise, cette parodie du Titanic est à mourir de rire. Afin de briser toujours plus les règles, le spectacle a déjà commencé lorsque l’on entre dans la salle. Pendant que nous nous installons, la vieille Rose est attablée dans une maison de retraite. Elle joue au UNO avec un vieil homme. Sybillin, un fond sonore plante le décor. Il est d’ailleurs composé de valises brunes empilées formant un meuble.

Les deux joueurs de cartes jouent au ralenti et semblent jouer sans fin, comme si leurs vies ne faisaient que se répéter sans but précis. Triste retraite. C’est l’appât-du-gain d’un jeune chercheur de trésors affamé qui viendra donner du rythme à cette maison de retraite. Rose ne peut s’empêcher de l’embarquer dans de folles aventures, celles de ses souvenirs.

Ainsi on découvre une Rose effarouchée. Son mari ne l’intéresse guère. Trop macho et de collusion avec sa mère. Elle désobéit à sa mère car elle souhaite voir son dessein aboutir afin de nettoyer l’opprobre jeté sur leur famille, ruinée. Alors elle décide de s’inscrire sur Tinder. Grâce à un projecteur, on l’observe « swiper » à droite ou à gauche sur le navire.

Elle matche avec Jack, un jeune homme bisexuel et français. En bon français il tente de lui apprendre à bien prononcer son prénom « Jâââques ». dès sa rencontre Rose est sous le charme et découvre un artiste qui peint… Fabricio, son amant. Elle se retrouve alors en concurrence avec un homme qui n’est pas présent. Elle demande elle aussi à se faire tirer le portrait. Ni une ni deux, elle se retrouve un bras derrière, la jambe en l’air, le pied retourné, à poser sur un petit canapé.

Voyageur clandestin sans le sou, Jack propose ses services que Rose compte bien récompenser. Pour se faire, elle lui offre le diamant bleu de la Couronne offert en grande pompe par son mari devant la haute société présente sur le navire. C’est bien autour de ce joyau que s’articule toute l’histoire de la pièce. Le mari de Rose, grand macho fou préfère penser que Jack a volé Rose tandis qu’elle se tue à lui dire le contraire. Mais il ne l’écoute pas. Ça fait une belle scène d’un comique absurde où il cherche ses mots pour lui prouver que, dans leur couple, elle peut décider… De ce qu’elle fera faire à ses femmes de chambre et de ses tenues.

Parmi toutes ces larmes de joies, il est arrivé d’avoir la gorge serrée, non pas quand Jack tombe au fond de l’eau mais quand le bébé iceberg qui éventra l’insubmersible se retrouva esseulé, loin de ses parents, victime de la cruauté humaine.

Féminisme, écologie, anticapitalisme dénué d’humanité rythment joyeusement cette pièce durant laquelle, il fut difficile, pour ne pas dire impossible, de ne pas rire à gorge déployée. Prouesse remarquable, les quatre acteurs échangent les rôles pendant presque deux heures, sans jamais se tromper.

Replacement temporel oblige, on ne sert pas la main à une dame à cette époque, on la lui baise. Cette information n’est pas anodine, on risquerait de vous y prendre.

Fanny-Rachel Zimbler-Convert

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106 ans après, l’histoire du Titanic nous est à nouveau racontée, mais cette fois-ci, le bateau mythique est dénué de tout romantisme, de toute histoire d’amour poétique et de tout charme suranné. Iceberg joué en petit comité au théâtre de la Reine Blanche est contemporain, dynamique, ancré dans l’air du temps. C’est un florilège de décors absurdes en carton ou bouts de tissus colorés, de répliques cinglantes, de gestuelles comiques, mais toute cette histoire qui renouvelle le fait divers incroyable source d’un film légendaire est porteuse de nombreux messages importants.

Tout est relaté grâce à un inspecteur hautement intéressé qui se lance à la recherche du médaillon perdu de Rose, désormais quelque peu sénile et dont la mémoire est bien trop sélective. Ce ne sont que des émotions, des moments, des rêves de jeune fille conservés toute une vie. Des instants si forts qu’ils emmèneront l’inspecteur pragmatique dans des flashbacks vraiment très réalistes, et permettant au spectateur de découvrir comme lui d’un oeil amusé la traversée pourtant tragique de ce bateau historique.

C’est un Titanic sur lequel on s’envoie des SMS plein d’abréviations et d’émoticônes , que le public peut lire sur un écran qui ajoute une touche de multimédia très actuel et qui nous narre la rencontre de Jack (plutôt Jacques dans la pièce) et de Rose comme de deux jeunes lycéens sur une appli de rencontre. C’est un Titanic sur lequel il y a une météo présentée par une miss météo en tenue de marin, et qui nous dévoile la course inéluctable du bateau vers le fameux iceberg et donc vers la mort. C’est un Titanic sur lequel toutes les conventions sociales originelles sont renversées : Jack vit parallèlement un amour homosexuel et ce sont des hommes qu’il dessine nus, préférant laisser Rose en peignoir. D’ailleurs cette grande et mémorable scène du dessin est ici tournée en ridicule, brisant un peu (et pour la bonne cause) le souvenir romantique et sensuel d’un artiste fasciné par sa nouvelle muse bourgeoise. La femme n’est ici plus au centre du fantasme masculin, et elle-même une héroïne végétarienne qui s’oppose à la domination de sa mère et de son mari non choisi, obsédé par la richesse et les apparences. C’est un Titanic où tout n’est qu’amusement et où personne ne se soucie de l’iceberg mortel, mais plutôt de boire des litres de champagne en carton. Et bien sûr, les premiers à sauter, ceux qui n’ont pas leur place dans les canots de sauvetage de la bonne société, ce sont les laissés pour compte, ou ceux qui se révoltent, des étudiants aux mécaniciens aux gilets jaunes même.

Le fameux choc du bateau est finalement raconté du point de vue de l’iceberg éponyme de la pièce : sûrement une première mais une image forte pour un message écologique sur la fonte des glaces et la souffrance des océans. « C’est l’humanité » déclare l’iceberg face à la violence de la collision. Une phrase brève qui fait sourire mais si significative pourtant. C’est une pièce devant laquelle on rit mais on réfléchit aussi, tout en se rappelant l’histoire fascinante de ce naufrage et de ses secrets enfouis.

Elodie LEROUX.

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Lorsque l’on entre dans la salle, on a l’impression d’être en retard et que le spectacle a déjà commencé. Pourtant en regardant sur sa montre, il n’est que 18h50 et il faut encore patienter dix minutes. Vous l’aurez compris les acteurs sont déjà sur scène et jouent une première scène, silencieuse, avant même le début de la pièce. Le spectateur est donc directement plongé dans l’atmosphère du théâtre et personne ne parle. Le décor représente une maison de retraite où deux personnes âgées jouent au « UNO ». On entend au loin le bruit de la mer, un détail qui permet d’annoncer la couleur et le thème de la pièce.

En effet, cent six ans après le naufrage du Titanic, Rose, très âgée, tente de rassembler ses souvenirs pour aider le chercheur de trésors. Le cœur de l’océan a disparu, et beaucoup aimeraient mettre la main dessus. C’est en réalité une parodie du film « Titanic ». Iceberg rejoue cette mythologie moderne et devient un grand cirque farfelu et politique. La pièce présente une parodie du film, il est donc préférable de l’avoir vu au préalable pour comprendre les nombreuses références qui le constituent. Comme par exemple la scène où Jack apprend à cracher à Rose, la scène où au moment où il la dessine, tout en jouant sur la sexualité de ce dernier. L’intrigue centrale, celle de la recherche du cœur de l’océan, n’est qu’un prétexte pour cette pièce puisqu’elle n’est pas même résolue à la fin. Une manière de montrer que cette intrigue n’est là que pour tenir l’attention du spectateur et que le but de la pièce n’est qu’amusement et parodie.

La pièce profite de cette liberté qu’elle s’est imposée pour faire passer des messages politiques actuels. D’abord sur la bêtise humaine, qui veut et voit toujours trop grand, notamment avec le bateau Titanic qui est soi-disant « incoulable ». Puis sur l’environnement avec la fonte des glaces et le régime alimentaire. En effet, Rose est végétarienne et lutte contre la viande et la société de consommation qu’incarne son fiancé. La pièce est très moderne et est complètement ancrée dans notre époque, en témoignent les nombreux clins d’œil et références aux gilets jaunes, à Tinder, à des paroles de chansons tels que les artistes contemporains MaitreGims et Stromae.

Présence aussi de Méta-théâtre, les acteurs prennent de la distance sur ce qu’ils sont en train de jouer. Cette autodérision nous montre qu’ils ont conscience de leurs travers. Ils se moquent du flash-back, de l’utilisation de sèche-cheveux, du téléphone et des écouteurs alors que la pièce est censée se dérouler en 1912. Les décors sont très riches et très bien faits. Le bateau est presque entièrement reconstitué, les coupes sont pleines de champagne, les costumes sont d’époque. Pas la peine de d’imaginer, tout nous est présenté sous les yeux.

Bien sûr, les scènes sont grotesques, les traits des personnages sont exagérés, le vocabulaire est cru mais si l’on laisse sa raison de côté et qu’on se laisse entraîner par l’histoire, on passe un très bon moment.

Hafi Simon.

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