Hector 100% Berlioz / Benjamin Levy – Théâtre des Champs-Elysées

Le jeudi 17 janvier au Théâtre des Champs-Élysées, j’ai pu assister à l’interprétation des Nuits d’été et Symphonie fantastique (op.14) d’Hector Berlioz, jouées par l’orchestre Lamoureux sous la baguette de Benjamin Levy.

Les Nuits d’été sont une adaptation de six poèmes, tous tirés du recueil La Comédie de la mort écrit en 1838 par Théophile Gautier, ami de Berlioz. Ces textes accompagnés de l’orchestre sont splendidement chantés par la mezzo-soprano Albane Carrère. La première pièce de la composition ouvre sur un ton joyeux donné par un allegro sautillant des flûtes et des violons. Cette ambiance de gaité traduit l’arrivée du printemps et les délices de l’amour dans le poème. La suite de la composition se fait beaucoup plus douce, une mélodie lancinante et chantante soulève de profondes émotions chez l’auditoire… La nostalgie semble s’abattre sur la salle lorsque la chanteuse cantonne l’élégie de la perte de la femme aimée. Puis, l’atmosphère se fait plus sombre et grave avec la prédominance des basses qui basculent au mode mineur. Les interjections de la déploration vibrent comme un pleur : « Ah ! sans amour, s’en aller sur la mer ! »… Par la suite, une alternance des modes majeur et mineur semble donner un peu d’espoir dans cette déploration poignante. Les modulations tonales vers la fin de la composition sont propres à dépeindre les mouvements du cœur soulevés par le chant de ces textes poétiques.

La Symphonie fantastique, qui quant à elle comprend cinq mouvements, illustre pour Berlioz sa passion amoureuse pour Harriet Smithson, sa future épouse. Après une ouverture en largo, les notes rapides des violons s’enchaînent et animent l’auditoire. Le second mouvement débute avec des envolées de notes de harpe, propres à nous plonger dans un univers enchanteur. Joyeux dans un rythme ternaire, le troisième mouvement mime l’élégance des danses d’un bal. La musique s’agite au fur et à mesure qu’on avance dans la composition, avec l’entrée progressive des percussions, jusqu’à la fin du concert qui termine en toute beauté, dans un feu d’artifice musical.

La sensibilité de Benjamin Levy, la voix d’Albane Carrère, sans oublier la performance des musiciens,   nous ont fait voir de toutes les couleurs et ont su exalter la diversité du registre mélodique dans l’œuvre de Berlioz.  Un très bon concert !

Eveline Su

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Assister au concert symphonique Hector 100% Berlioz de l’Orchestre Lamoureux au Théâtre des Champs Elysées est un acte solennel. Tout d’abord, grâce à ce superbe édifice dont les fresques entourant la belle coupole évoquent déjà le côté transcendental de la musique, et surtout grâce à la virtuose interprétation de l’orchestre sous la direction de Benjamin Levy et accompagnée par la mezzo-soprano Albane Carrère dans la première partie du programme.

Le concert débute avec Les nuits d’été, qui nous renvoie à la grandeur d’une autre époque. Albane Carrère avec une voix délicate mais très forte en même temps, chante avec maîtrise les six poèmes de Théophile Gautier dont Berlioz s’est inspiré pour composer cet ouvrage qui parle de l’amour perdu et de l’envie de le retrouver. Tout commence avec une mélodie allègre où la voix de la mezzo-soprano est en toute harmonie avec le son des violoncelles. Dans les mouvements qui suivent, l’espoir laisse la place à un ton mélancolique pour pleurer la perte de la bien-aimée et des beaux moments passés avec elle. Il y a ici le contraste entre les pizzicati de violon très rapides qui introduisent une sensation du suspense et des touches lentes et douces où les violonistes prolongent les notes en utilisant presque tout le long de leurs baguettes. Cette partie finit comme elle a commencé, avec une mélodie plus aigüe et encourageante rythmé par le son des clarinettes. L’ensemble de la pièce est réussie mais il manquerait un peu plus de jeu d’interprétation de la part de cette magnifique voix féminine.

Alors, si la première partie est quand même formidable, la deuxième est tout simplement éblouissante. La Symphonie fantastique nous emmène dans un univers de rêverie et de passion dont la mélodie est susceptible de produire une sorte de catharsis chez le spectateur même depuis le premier mouvement. Nous accompagnons un musicien épris d’amour dans sa folie et nous sommes ainsi saccadés par les vibrations des instruments de corde. Le chef d’orchestre semble être possédé par l’esprit du jeune amoureux : il vibre, il saute et il bouge en faisant des mouvements spasmodiques. Il s’agit d’une mélodie à la fois délicate et exubérante, pleine de clairs-obscurs, qui se précipite in crescendo vers le délire. Nous soulignerons le deuxième mouvement, “Le bal”, où les baguettes des musiciens de corde dansent une valse à l’unisson accompagnées par les notes des harpes qui sont situées aux deux côtés du chef d’orchestre. Et si vous voulez avoir une expérience astrale, il est suffit de regarder la coupole quand tous les intégrants de l’orchestre jouent à la fois pour voir leur reflet danser aussi au plafond.

Dans ce concert, la musique vous entoure et elle vous captive à tel point que vous ne pouvez même pas tousser lors du jeu des musiciens. En effet, tout le public, affecté par ces jours d’intense froid, profite des petites pauses entre les mouvements pour tousser, parler, voire bouger, afin de ne pas gêner ce glorieux spectacle et de ne pas perdre le fil de l’histoire. Enfin, c’est 100% professionnel, 100% émouvant et, surtout, 100% recommandable !     

Maria Carmen López García

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Peu de spectacles sont aussi fascinants qu’un concert classique : des milliers de regards tendus vers la scène, et l’orchestre qui ploie au souffle fou de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz. C’est pour célébrer le 150e anniversaire de la mort du compositeur que l’orchestre Lamoureux clôt son cycle thématique « 100 % » – une série de concerts consacrés à un seul auteur – par ce bel hommage à Berlioz.           

Un concert presque schizophrénique, puisque, du grand auteur romantique, il présentait deux œuvres antinomiques, qui constituent en quelque sorte ses deux visions de l’amour. C’est sur un amour élégant, subtil, que le concert s’est ouvert, avec les Nuits d’été, une interprétation des poèmes de Théophile Gautier mis en musique par Berlioz entre 1838 et 1856. La remarquable pureté de la ligne mélodique est mise en valeur par une orchestration discrète, mais travaillée. Les mots du poète étaient sublimés par la voix sensible de la mezzo-soprano Albane Carrère, qui révèle toute sa beauté dans les notes graves.  

Bien différente était la seconde partie du concert, puisqu’à ces poèmes a succédé une interprétation de la Symphonie fantastique, une œuvre folle, cathartique, dans laquelle le compositeur a exprimé toutes ses obsessions ; une œuvre rythmée par les percussions, achevée sur un glas funèbre…. C’est le romantisme dans toute sa splendeur, et toujours une grande expérience : on est bien loin de la musique intellectuelle d’un Bach ou d’un Mozart ; Berlioz nous jette dans le feu de ses passions, de sa folie, dans l’explosion de ses sentiments amoureux envers la comédienne Harriet Smithson, représentée par une mélodie lancinante que Berlioz lui-même caractérise comme « l’idée fixe ».

Un concert magnifique interprété par un orchestre d’une qualité exceptionnelle !

Claire de Mareschal

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Photo: Félix Nadar