Hamlet

Informations

de William Shakespeare

Adaptation : Igor Mendjisky et Romain Cottard

Mise en scène : Igor Mendjisky

Assistant à la mise en scène : Clément Aubert

Avec : Clément Aubert, Romain Cottard, Fanny Deblock, James Champel, Yves Jego, Imer Kutlolovci, Dominique Massat, Arnaud Pfeiffer

Costumes : May Katrem

Lumières : Thibault Joulié

Musique : Hadrien Bongue

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Chroniques des étudiants


Anne Marti-Cavallé

Il est aujourd’hui courant d’assister à une mise en scène très moderne et anti-conventionnelle des pièces du répertoire classique. Il semblerait que certains metteurs en scène soient hantés à l’idée  de manquer d’originalité et de ne proposer aucune perspective nouvelle à une pièce jouée et rejouée depuis des siècles. De cette façon, nous avons pu assister jeudi soir, au théâtre Mouffetard, à un exemple de pièce au parti pris résolument moderne et provocateur, mais qui délaisse un peu trop souvent le texte et le sens d’origine.

D’emblée, la mise en scène de ce spectacle frappe par son dynamisme et sa modernité de facture : de la musique techno lors de la fête célébrant le mariage de la mère d’Hamlet et de son oncle au bout de cinq minutes de représentation. Les libertés prises avec le texte sont légion : des coupures dans les dialogues, une mise en scène qui ne respecte pas la chronologie de la pièce, de nombreux ajouts… Que ceux qui souhaitent voir un Hamlet conforme à la pièce d’origine passent leur chemin. Cet Hamlet-là se veut résolument accessible et grand public quitte à souvent en faire trop : un humour tapageur, une surenchère dans le grotesque pendant toute la première moitié de la pièce, ce qui réduit malheureusement la portée du texte de Shakespeare et fait fatalement disparaître les effets poétiques de la pièce d’origine. L’humour,  la modernité, le goût de la provocation, tout cela est intéressant. Mais sans doute eût-il mieux valu en faire un peu moins. Le principal défaut du début de la pièce, c’est de pécher par son manque d’ambition : prendre un ton accrocheur et faire rire le public pour être certain qu’il ne s’ennuie pas, c’est un peu facile et plutôt frustrant pour les spectateurs amoureux du texte de Shakespeare. Surtout que celui-ci est suffisamment génial pour captiver à lui seul le public d’un bout à l’autre de la pièce. Il n’était donc pas nécessaire de prendre autant de partis pris grotesque et vulgaires qui tombent souvent à plat.
Mais la seconde moitié du spectacle rattrape largement la première et se montre bien plus à la hauteur de la pièce de Shakespeare : une atmosphère morbide, propre à susciter les interrogations métaphysiques, des personnages envahis par la souffrance et le doute… Tout est parfaitement mis en scène sans que la pièce ne perde rien de son parti pris modernisant. Simplement, ces effets modernes sont bien mieux employés ici. Les décors sont épurés et la mise en scène est immédiatement lisible. L’un des principaux points forts de ce spectacle est le comédien qui interprète Hamlet (Romain Cottard) qui se montre parfaitement à la hauteur du rôle : magistral, il écrase plus ou moins complètement les autres comédiens.
Finalement on trouve le pire comme le meilleur dans ce spectacle dont les rôles sont tenus par une troupe de comédiens jeunes et qui n’ont pas froid aux yeux. La pièce est inégale, le sens profond du texte souvent réduit ou oublié, mais la deuxième heure de la pièce laisse la part belle à la tragédie et aux questions existentielles, et les comédiens d’abord franchement burlesques, se révèlent être tout à fait crédibles lorsqu’ils sont enfin envahis par l’angoisse et le doute. On peut juste déplorer que cette tonalité tragique intervienne si tard dans l’économie de la pièce.


Claire Labouygues

Réécrire Shakespeare ? Voilà un pari pour le moins audacieux, voire présomptueux ! Cela dit, la réécriture est plutôt réussie et nous fait savourer les passages les plus marquants, en les conservant, tout en en allégeant d’autres. N’hésitant pas à faire des jeux de mots grivois, finalement assez respectueux de l’esprit du texte original.

Le décor est réduit, quelques chaises, un fauteuil. Au fond de la scène, un simple mur sombre sur lequel le héros écrira « To be or not to be » pendant le célèbre monologue, comme pour marquer en arrière fond, le dilemme existentiel auquel le jeune homme est confronté. Mise en évidence que l’enjeu majeur de la pièce est là. Écriture gigantesque et injonction invisible pour l’entourage d’Hamlet, qui ne pourra néanmoins pas, ne pas tomber sous son joug. La tentative de donner un ton moderne à la pièce de Shakespeare part d’une bonne intention et est servi par quelques idées originales, comme ce tag révolté du jeune Hamlet. Cela dit, cette volonté de modernisme tombe parfois dans l’anachronisme. Le choix des musiques est parfois maladroit et passe mal. Certains mouvements d’acteurs en groupe sur ces musiques contemporaines (notamment Marilyn Manson) paraissent dénués de sens ou d’esthétique assumée.

Le présence des acteurs sur scène tout au long de la pièce, comme autant de spectres, est un parti pris intéressant mais qui devrait être d’avantage poussé, pour créer un effet efficace. Le rythme soutenu de la pièce évite le spectacle de tomber dans l’écueil du dramatisme incongru. Néanmoins, on aimerait parfois souffler pour avoir le temps d’être touché. La mise en scène semble avoir voulu éviter de donner au texte sa place poétique, pour gagner en efficacité. Parti pris qui laissera peut-être les amateurs d’images sur leur faim. Si certains moments sont plus convaincants, le jeu des acteurs laisse parfois à désirer. On regrette que le décalage entre l’âge réel des comédiens et celui des personnages soit aussi grand. Cela empêche leurs jeux d’être réellement convaincant et donne un côté amateur au spectacle. Romain Cottard a, par ailleurs, tout à fait le physique du rôle. Claudius en rockeur sur le retour, sera un peu trop parodique au goût de certains.

En dépit de la palette d’émotion que le texte de Shakespeare offre aux interprètes, on regrette que le jeu d’Hamlet évolue aussi peu pendant la pièce. Sa colère contenue ne le dévore pas assez. L’ambiguïté de sa folie jouée et qui le prend peu à peu, pourrait être d’avantage exploitée. Ici, on est face à un Hamlet dont les émotions semblent manquer de ressenti, de tiraillement et de profondeur. Malgré tout, le plaisir des acteurs sur scène est perceptible, l’enthousiasme de leur jeu ne semble avoir besoin que de temps pour devenir excellent. Cela dit, certaines prestations et certains passages, notamment la scène du fossoyeur, par le choix assumé de l’humour noir, sont déjà tout à fait réussis.


Claire Robert

Dès l’ouverture, la pièce plonge le spectateur dans une ambiance décalée par rapport à l’attente que celui-ci se forge à l’égard d’une oeuvre de Shakespeare. En effet, le mariage de Claudius et de la mère d’Hamlet se célèbre au son d’une musique moderne.

La mise en scène et le jeu des acteurs proposent des clins d’oeil à l’aspect baroque de cette pièce. Le thème du double,cher à cette esthétique se trouve très justement développé dans le jeu de l’acteur interprétant Hamlet. Le tiraillement de ce personnage se donne à voir dans toute sa splendeur. En elle-même,cette pièce joue sur la mise en abîme, le théâtre dans le théâtre (Hamlet faisant jouer par une troupe de comédiens l’empoisonnement de son père). La mise en scène renforce cet aspect : les personnages à plusieurs reprises franchissent l’espace restreint de la scène et se meuvent dans l’espace réservé au public. De plus, la mise en scène contribue à mimer l’ambiance angoissante qui environne cette pièce. Ainsi, certains passages sont joués dans une obscurité presque totale. Les jeux de lumière, l’agitation  des personnages qui courent au-delà parfois de l’espace scénique mènent à une sorte d’étourdissement, de paroxysme propre au baroque. La représentation est également parvenue à illustrer les moments les plus célèbres de la pièce en trouvant des astuces pour la rendre unique. Comment réussir en effet à déclamer la phrase la plus citée de cette oeuvre “to be or not to be?” . Il s’agit en effet d’un moment mythique que tout spectateur attend. Cette phrase cependant ne sera jamais prononcée mais écrite.

La mort est omniprésente dans Hamlet . La pièce s’ouvre certes, sur des noces mais celles-ci ont lieu juste après le décès du père d’Hamlet, la pièce se clôt sur la mort de Laërte , de la reine et d’Hamlet mais elle est également parcourue par ce thème (mort d’Ophélie et de son père, scène des fossoyeurs dans un cimetière). Il s’agit donc d’une tragédie. Cependant à l’inverse des tragédies françaises de l’époque classique, Shakespeare n’exclut pas le comique. Ainsi cette pièce en intégrant des scènes comiques ne se sépare pas de l’humanité même, le décalage produit entre des sujets graves comme la mort et des scènes plus légères révèle la profondeur de la pièce dans laquelle le baroque, la futilité de la vie sont exprimés tout en conservant les traits humains des personnages caractérisés par le comique.