Hamlet / Les Livreurs / Théâtre de Nesle / Janvier 2020

Image d’entête : Affiche du spectacle.

C’est au Théâtre de Nesle que nous nous sommes réunis afin de sentir renaître les paroles d’un de mes dramaturges préférés, Shakespeare. Je suis entrée dans la salle en espérant pouvoir découvrir une nouvelle interprétation de l’éternel « être ou ne pas être ». Mais, à ma grande surprise, ce fut l’absence d’éléments extravagants qui m’intrigua le plus. 

Dans la petite salle aux airs médiévaux, le comédien, seul, se positionne sur scène. Sa solitude et sa tenue noire donnent vie au désespoir de Hamlet, mais aussi aux divers personnages de la pièce – qui, eux, ne devenaient réels qu’à partir du moment où une lumière orange éclairait le comédien. En détruisant toutes les barrières sociales et en s’appropriant les limites du théâtre solo, l’expérience devient une toile sur laquelle résonnent des voix qui peignent les paroles de Shakespeare.

L’absence de décor et de mouvements trop brusques a fait de cette expérience un voyage imaginaire, qui m’a permis de réellement ressentir la pièce, même en ayant les yeux fermés. Rires entremêlés et sourires complices se sont liés à l’atmosphère chaleureuse de la salle, alors que le monologue de l’acteur brisait les codes traditionnels du théâtre.

— Glory BARGOIN

La compagnie des Livreurs a délivré une version jeune, remaniée de Hamlet.

La brochure donnait quelques indices sur ce qui nous attendait : le filtre sur la photo de l’acteur, avec une couronne verte collée pour donner un goût de modernité ; et un seul acteur sur la brochure, celui-là même que l’on retrouvera sur scène.

Brecht, qui affectionnait le théâtre de mots, aurait été ravi ! En effet, le plus étonnant c’est la réduction du théâtre élisabéthain de Shakespeare au format le plus simple : un acteur, avec pour seul outil sa polyphonie. Au départ, ce soliloque est étonnant et voir le même comédien passer d’un rôle à un autre, masculin ou féminin, est assez troublant. C’est que rentre en jeu la magie du théâtre – celle qui rend unique « la chaise » de l’acteur sur scène, quand bien même elle ressemblerait à celles du public. L’illusion théâtrale à l’état pur. On ne s’ennuie pas, c’est drôle, provocateur.

Aussi, on suit bien l’évolution de l’intrigue. Les jeux d’ombre et de lumière permettent de passer d’une scène à une autre, d’un acte à un autre. Le comédien attribue à chaque personnage une mimique, une tonalité, une gestuelle et une attitude différentes.

Une belle découverte donc !

— Ahmed EL NAHTAWY

Un seul en scène implique toujours un jeu d’acteur imparable, pour captiver le public. Le cadre intimiste proposé par le Théâtre de Nesle, dans une cave, se prêtait bien à un seul en scène, comme il pourrait se prêter à une lecture de conte, une confidence.

Mais bientôt vient la difficulté de combler le spectateur uniquement par la voix : dans le cadre d’une lecture, la tâche n’en est que plus ardue. Et pourtant, le comédien de la troupe des Livreurs qui s’est produit, cherche, pousse la lecture dans ses extrémités, traduit le langage hors du quotidien de Shakespeare à travers une passion et un emportement, donnant corps au récit.

Cette mise en exergue d’Hamlet de Shakespeare peut se faire à travers des voix qui différent, frôlant parfois l’imitation caricaturale. Cela peut nuire à la crédibilité de l’intrigue et sortir inutilement le spectateur de celle-ci. Cependant, dans un seul en scène, il n’y a pas de réelle alternative à la caricature pour différencier les personnages, d’autant plus quand la pièce contient une telle amplitude de personnages. Et cette amplitude s’est retrouvée dans le jeu du comédien, détenteur d’une large palette dans sa voix pouvant se prêter à une multitude de personnalités. Toutefois, la voix seule permet-elle de transcender le discours Shakespearien dans des scènes cruciales, comme le duel entre Laerte et Hamlet ? La multitude des personnages peut mener à la confusion et à une perte de l’essence même du récit. Là, se dresse la limite d’une telle entreprise théâtrale, bien que le jeu d’acteur soit remarquable.

— Victor PICARDEAU