Grandir dans l’Allemagne nazie / Brendon Votipka (texte), Anne Herold, Alouette Productions / AVP au Théâtre Aleph / Février 2020

Image d’entête : Gruppe von HJ-Jungen| Bundesarchiv, Bild 119-5592-14A / CC-BY-SA 3.0

La pièce, originellement écrite par Brendon Votipka dans une perspective pédagogique (pour être jouée dans des collèges), ne pouvait qu’être embellie par la mise en scène sobre mais puissante d’Anne Herold. Le décor, dépouillé – quelques chaises pour former, dans des dispositions différentes, tantôt un salon, tantôt une salle de classe, tantôt des supports pour les tirades des acteurs – laissait au texte l’espace nécessaire pour exprimer une réalité difficile à entendre, mais nécessaire.

Car c’était bien là l’important : le texte. Les trois acteurs principaux, incarnant trois réalités de la vie au sein du IIIème Reich, se succédaient donc sur scène – à force de belles tirades, parfois agrémentées d’un dialogue avec la figure d’un adulte, père, mère, frère, enseignant. Tous avaient un point commun : l’inquiétude. Ce qui ressort des différentes scènes, des différents discours – si opposés idéologiquement, c’est bien cette angoisse, magistralement incarnée. De la jeune juive qui voit ses libertés s’étrécir comme peau de chagrin au jeune homme des Jeunesses hitlériennes, en quête de reconnaissance familiale et sociale dans un parcours au sein du régime nazi, en passant par la jeune fille aux parents critiques et qui se laisse néanmoins pénétrer par la propagande… Tous les personnages partagent le désir, finalement universel, d’être reconnus, aimés, acceptés. Au-delà donc des discours terrifiants, échos d’un instinct grégaire et cruel, d’une colère sans but ou de la peur de l’autre, ce que l’auteur donne à voir, ce sont des enfants.

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Affiche de la pièce, (c) Alouette Productions

La mise en scène faisait s’alterner les passages parlés des acteurs, dans les moments de doute et de fierté qui jalonnent toute croissance, et des replongées dans le noir. Les lumières éteintes, si elles permettaient les changements de décor entre chaque tableau, étaient surtout agrémentées d’une bande sonore tantôt porteuse d’une atmosphère – on retiendra les discours d’Adolf Hitler et les chants d’époque – tantôt « contextualisante » – le bruit de la pluie, du verre brisé pour introduire la Nuit de Cristal. Sur le bord de la scène, un étendard nazi, rouge sang et orné de la si symbolique croix gammée, empêchait d’oublier le contexte de ces récits poignants. Au fond, un tissu noir permettait la projection d’images, là aussi contextualisantes.

On assistait donc à une sorte de compilation de scènes de vie, enrichies de monologues intérieurs qui permettaient de mettre des mots, de donner du sens au quotidien. Chaque tableau marquait une évolution par rapport au précédent ; une évolution historique, et personnelle. Cette évolution, c’est la circularité du spectacle qui permettait de la constater avec certitude : des trois chaises sur le devant de la scène – d’où les acteurs racontaient leur vie de famille au début – on revient à l’issue de la représentation aux trois mêmes chaises, aux trois mêmes acteurs, avec des discours bien différents, pleins de doute, d’amertume, mais aussi, d’espoir. Ce que Grandir dans l’Allemagne Nazie rend palpable, in fine, c’est donc surtout le douloureux passage de l’enfance à l’adolescence dans un contexte où les repères stables – l’école, les figures familiales – s’effacent et perdent de leur superbe.

— Éloïse BIDEGORRY

Grandir dans l’Allemagne nazie, une pièce de Brendon Votipka, a été traduite et mise en scène par Anne Herold. Le thème de cette pièce m’a aidé à me mettre dans la peau de plusieurs personnages et à voir l’histoire à travers différents angles de vue – car l’histoire est la même, mais le vécu de chaque personnage diffère […].

Dans cette pièce de théâtre, chaque personnage a un parcours différent, ainsi qu’une nationalité différente au sein de ces rapports tendus et cruels entre les Nazis et les Juifs. Chaque parcours représente une vie, un combat et un témoignage différent.

Dans cette pièce, deux rôles très différents sont joués par un seul et même acteur. Malgré sa maîtrise irréprochable des différents rôles, un autre acteur aurait peut-être donné plus de valeur et de réalité aux personnages aux yeux des spectateurs : on ne peut incarner à la fois l’ennemi et l’allié.

On ne voit pas de scènes d’entraînement d’Ernest lorsqu’il intègre la Jeunesse hitlérienne ; or il me semble que cette partie est très importante, car Hitler formait ces derniers comme des automates programmés pour tuer. Ernest décrit la Jeunesse Hitlérienne comme un camp de vacances où il se plaît, et non comme un camp où les jeunes allemands sont entraînés à devenir de futurs militants SS.

— Malia Nesrine BENABDALLAH

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