French Side Story

Concert | La Seine musicale | En savoir plus


Nous sommes le samedi 28 octobre 2017 à Boulogne-Billancourt. Il est 22h04.

Je viens de sortir de l’Auditorium de la Seine musicale, cette grande salle dédiée à la musique classique, et m’apprête à prendre la direction du métro quand un homme m’interpella en passant près de moi.

– Bonsoir Madame, qu’êtes-vous allée voir ce soir ?

Tout juste atterrie du voyage musical pour lequel je m’étais envolée et étonnée que l’on m’aborde ainsi dans la rue, je répondis d’une voix détachée :

– Trois pièces de musique classique, Monsieur. Prélude à l’après midi d’un Faune de Debussy, le Concerto pour Violoncelle de Saint-Saëns interprété par une jeune soliste, Camille Thomas … et enfin, la Suite n°2 de Daphnis et Chloé, composée par Maurice Ravel.

Ses yeux s’agrandirent et sa bouche s’élargit comme si ce que je lui avais dit évoquait chez lui un lointain souvenir. Il continua :

– Le titre du concert … il s’agit de French Side Story, n’est-ce pas ?

– Oui, Monsieur, c’est bien cela.

– Dites-moi, si vous deviez attribuer un seul mot à ce que vous venez de voir, lequel choisiriez-vous ?

Difficile de répondre. Je réfléchis un instant, puis d’un air absent je finis par dire :

– Echo.

Après une courte pause, je continuai :

– Ce concert mettait en exergue un certain lien entre le passé et le présent, ou pourrais-je même dire … entre le passé et l’avenir. Ce soir, ce fut un orchestre étudiant qui nous fit revivre trois chefs-d’œuvre d’artistes disparus, Debussy, Saint-Saëns, et Ravel, avec cette fougue propre à la jeunesse.

– Un orchestre étudiant, vraiment ?

– Oui, Monsieur. Il s’agit de l’orchestre symphonique du Pôle supérieur d’enseignement artistique de Paris-Boulogne-Billancourt.

– … dirigé par un ancien étudiant du conservatoire, Mathieu Herzog, n’est-ce pas ?

– Tout à fait. Cet homme nous a, d’ailleurs, expliqué quelque chose de très intéressant. Figurez-vous que le choix des pièces jouées a fait l’objet d’un intelligent raisonnement. La 1ère pièce, Prélude à l’après-midi d’un Faune, conte l’histoire d’une créature désignée sous le nom de Faune dans la mythologie romaine … créature souvent représentée à l’image du Dieu Pan, divinité présente dans l’histoire narrée par Daphnis et Chloé.

– Il y avait donc un lien entre la 1ère pièce et la dernière à travers leur histoire …

– … mais aussi par le biais de leur instrument principal, la flûte, fil conducteur du concert.

Nous continuâmes ainsi de bavarder le long de la Seine. Je repensai alors à toutes ces émotions qui me gagnèrent lors de ce concert … à la timidité de ce jeune orchestre au début de la représentation, puis aux frissons dont je fus parcourue lors de son explosion sur Daphnis et Chloé … Je réfléchis et, après quelques instants, je marquai avec ces paroles le point d’orgue de notre échange :

– Quoiqu’il en soit retenez bien, Monsieur, que cet écho entre le passé et le présent, entre les histoires de ces pièces et leur instrument principal fut tout aussi vibrant entre nous, public, et les musiciens dont la langue s’est déliée, au fil du temps, pour donner à ce concert la forme d’un véritable …

– Dialogue.

Maevane Doegle

French side story : reconstruire une histoire par la musique

Samedi 28 octobre 2017, à La Seine Musicale, a eu lieu «French Side story» un concert de musique classique avec l’Orchestre du Pôle supérieur de Paris – Boulogne-Billancourt et la jeune violoncelliste soliste Camille Thomas, dirigés par Michel Herzog. Le titre de la représentation s’explique facilement si on jette un regard aux musiques qui ont été jouées lors de ce concert : une pièce de Claude Debussy, une de Camille Saint-Saëns et, enfin, une autre de Maurice Ravel, tous des compositeurs français, évidemment. En outre, les trois sont profondément liés dans l’histoire de la musique française, les deux premiers étant contemporains entre eux et même adversaires, alors que Maurice Ravel fut fortement influencé par l’œuvre de Debussy.

Toutefois, ce n’est que l’histoire des auteurs qui fait l’unité du programme, mais c’est justement la façon dont celui-ci a été joué et mis en scène qui a eu le crédit d’avoir donné un sentiment d’ « organicité » à la représentation. Déjà d’un point de vue chorégraphique le spectateur avait l’impression d’assister à quelque chose d’extrêmement compact et unifié. Dans les rangs devant il y avait, d’un côté, les violons et, de l’autre côté, les violoncelles, alors que derrière était positionné tout ce qui était flûtes et trompettes et aux derniers rangs les tambours. À part, un peu éloigné du reste de l’orchestre, il y avait deux harpes solitaires. L’organicité était certainement assurée aussi par le caractère très lyrique de ces musiques et par le son de la flûte qu’on pouvait entendre à des moments particuliers dans les trois différentes compositions.

En effet, le son de la flûte s’élevait de façon solitaire en se détachant du reste de l’orchestre pour symboliser la figure mythique du faune dans la musique de Debussy et puis celle de Daphnis dans la composition de Maurice Ravel en créant ainsi un fil rouge dans la représentation. Non seulement les compositions étaient-elles liées de façon organique mais semblaient même constituer une seule œuvre puisqu’elles s’organisaient autour d’un crescendo à partir d’un moment initial très souple, avec le jeu des harpes, pour terminer dans un dénouement échafaudant.

Le spectateur restait ainsi épris du début à la fin, étant obligé de reconnaître les différents sons et les différentes voix de ce spectacle unique, et étant obligé de relier, de comparer et d’imaginer toutes les corrélations dans ces compositions.

Consuelo Ricci

A Boulogne-Billancourt, sous une coupole d’acier, se trame un bien étrange spectacle. Au sein de la Seine Musicale, nouveau haut-lieu culturel artistique parisien, de grandes œuvres musicales classiques entrent en résonance sous la fine baguette de Mathieu Herzog. Boulonnais d’origine et de cœur, comme il a su le rappeler lors de ses remerciements finaux, ce jeune chef dirige pour la première fois l’Orchestre du Pôle supérieur Paris – Boulogne-Billancourt, ainsi que la magistrale soliste Camille Thomas dans un programme varié, à l’honneur de la culture française. Car, en effet, il s’agit bien d’une French Side Story (clin d’œil assumé à West Side Story, comédie musicale également jouée à la Seine Musicale), le fil conducteur de cette histoire-ci étant le lien plausible entre des morceaux de Debussy, Saint-Saëns et Ravel.

Dans un auditorium somptueux pour les yeux et à l’acoustique parfaite, le récital débute, virevoltant, par un morceau extrait de Debussy, délicatement interprété par les jeunes musiciens sans la présence de leur chef. Quand Herzog sort de l’ombre et apparaît au centre de la scène, des acclamations l’y attendent. L’orchestre repart de plus belle, porté par un souffle nouveau, du fait de la simple présence de leur guide musical. L’incroyable performance d’une jeune flûtiste, dont le nom nous reste anonyme, est par ailleurs à couper le souffle tant elle parvient à disposer de son instrument avec grâce et simplicité. Ce premier Prélude à l’après-midi d’un faune enchante l’audience, qui se voit cependant laissée quelques longues minutes dans l’abandon, dans l’attente de Camille Thomas et son touchant violoncelle.

Lorsque celle-ci commence à jouer Saint-Saëns, tout le monde retient sa respiration tant ses notes sont graves et, bientôt accompagnée par violons, flûtes et contrebasses, un concerto d’une rare justesse prend forme. Tous les instruments se répondent dans une allégresse ambiante et un engouement assumé. L’Allegro non troppo, l’allegro con moto et le molto allegro se suivent dans une continuité parfaite, alors que le spectateur reste béat devant cet entrain musical. Fortement applaudie à sa sortie, la reprise choisie par Camille Thomas, Les larmes de Jacqueline d’Offenbach, apporte une atmosphère contrastée de tristesse et de regret, qui met en valeur la beauté élégante des sons du violoncelle, lancinant et déchirant. La franco-belge délivre une prestation d’une grande empathie, marquée par un talent indéniable à l’appropriation d’une œuvre musicale.

Si la dernière partie de cet événement peut paraître moins captivante, elle reste d’une précision sans faille et d’une fraîcheur débordante. La jeunesse des musiciens se dévoile et caractérise d’autant plus le Daphnis et Chloé, suite n2 de Maurice Ravel, qu’elle exprime la fougue des morceaux choisis (Lever du jour, Pantomine et Danse générale). Le final est impétueux et entraînant, laissant un public sur une faim inassouvie, de telle manière que lorsque Mathieu Herzog propose de rejouer la pièce en entier, on se laisse à penser qu’au fond, on ne dirait pas non.

Elisa Guidetti

Ce samedi 28 octobre 2017 la Seine Musicale opposait West Side Story & French Side Story. Celui-ci portant très bien son nom puisque son programme est issu du répertoire français du début XXème siècle exclusivement.

L’accueil dans l’auditorium de la Seine Musicale annonce d’emblée un cadre acoustique exceptionnel : celui-ci est tout en bois, et le plafond est taillé comme les parois d’une ruche.

On tiendra compte de la remarquable jeunesse de la production : tout l’orchestre symphonique étant composé d’étudiants du Pôle-Supérieur de Paris Boulogne-Billancourt, avec la jeune violoncelliste Camille Thomas et le chef d’orchestre boulonnais Mathieu Herzog.

Le répertoire n’est pas choisi au hasard, puisque les trois oeuvres de Debussy, Saint-Saëns et Ravel sont issues de compositeurs français. Ainsi, on lie ces trois oeuvres par un solo de flûte omniprésent.

La première oeuvre débute : Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, avec l’entrée très élégante, qui nous plonge déjà dans l’univers rêveur de Debussy, que l’on écoute en faisant ses devoirs le week-end. Les harpes et les violons complètent parfaitement l’illusion romantique de la pièce.

Entrée mémorable de la soliste Camille Thomas : longue robe bleue, en contraste avec l’orchestre entièrement vêtu de noir !

Ainsi, la seconde pièce est un concerto pour violoncelle de Camille Saint-Saëns.

Le premier mouvement annonce d’emblée un caractère beaucoup plus vif que la première pièce. C’est une entrée dite “in medias res”, tendue à cause du jeu dramatique de la soliste accompagnée de pizz des violons. On retrouve l’alternance de phrases de tension, de tutti d’orchestre et de solos romantiques et expressifs du violoncelle.

Camille Thomas se prête à son propre jeu musical : elle semble interpréter chaque note physiquement, comme les grands solistes, elle grimace en exécutant de longues phrases dramatiques, et son visage s’apaise lorsque la musique devient plus calme.

Pour bis, la soliste reprend une nouvelle plainte pour violoncelle : Les larmes de Jacqueline, d’Offenbach (autre compositeur français!), frissons garantis…

Sortie de la soliste : on se retrouve face à l’orchestre, qui est à son complet pour Ravel, adepte des grandeurs et de la richesse des timbres.

C’est avec Daphnis et Chloé, suite n°2 de Ravel que l’orchestre va conclure la soirée.

La première partie « Lever du jour » est d’emblée enchanteresse, rythmée par les harpes, Le chef d’orchestre image très bien la musique avec de grands gestes souples et expressifs. L’acoustique rend les fortissimo très impressionnants à l’oreille de l’auditeur, de quoi réveiller les quelques spectateurs qui auraient pu s’endormir.

La deuxième partie « Pantomime » semble beaucoup plus orientalisée que la première, avec des influences jazzy.

La « Danse Générale » est une musique tendue, alternant petites chinoiseries et espiègleries des bois et cuivres, avec des fortissimo de l’orchestre, et des martèlements constants chez les percussions. On se croirait dans un dessin animé grandiose : les enfants dans la salle sont conquis par l’univers de Ravel. L’orchestre conclut par un fortissimo impressionnant.

Succès total : maîtrise parfaite de l’orchestration pour Ravel, chef d’orchestre essoufflé, orchestre apaisé, public conquis.

Céline Fiszbin

Samedi dernier j’ai eu l’honneur d’assister à un concert dans l’une des salles de l’incroyable Seine Musicale à Boulogne. J’ai assisté à un concert de musique classique et comme ancienne pianiste, je l’ai adoré. L’orchestre de jeunes était formidable et le directeur de celui-ci, Mathieu Herzog, était magnifique : on voyait que la musique était sa passion et il a dirigé le concert avec une parfaite implication. Après le Prélude de Debussy (un de mes auteurs préférées), la jeune soliste Camille Saint Saens est apparue avec son violoncelle et elle nous a surpris avec son lyrisme et sa sensualité pendant la deuxième suite de Daphnis et Chloé de Maurice Ravel.

L’expression de la soliste pendant sa performance m’a captivé, la manière dont elle vivait la musique faisait nous impliquer dans sa mélodie aussi. Après on ne peut pas oublier l’importance de l’orchestre aussi. Surtout les violons qui étaient omniprésents et la flute que j’ai spécialement adorée.

En conclusion, il faut dire que c’est un privilège de s’approcher de la Seine musicale et en plus d’écouter un concert si complet comme celui-ci.

Saioa Azpirotz Lakidain
Photo : Rémi Riere

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