Film français en compétition – Vif-Argent de Stéphane Batut [Champs Élysées Film Festival]

La poésie retrouvée

Prendre le temps de la lenteur, prendre le temps de la tendresse, voilà en quelques mots ce que se propose de faire Vif-Argent. Le spectateur, errant tel son protagoniste au début du film, se laisse guider au milieu des sensations retrouvées, comme vécues pour la première fois. Au seuil du fantastique nous est révélé ce que la réalité peut contenir de rêve, de disparu et d’éternelle présence. Passer d’une rive à l’autre, entreprendre le dernier voyage se fait ici grâce aux souvenirs et nous partageons à cette occasion différents fragments de vie, tous mis en scène avec cette espèce de drôlerie caractéristique du film, ce dernier se refusant au sérieux.

Ici, malgré la gravité du thème traité, aucun heurt. La poésie prime, de la nudité sereine à l’amour pur des corps qui s’enlacent. La beauté naïve – et il faut entendre ce terme positivement – et le charme maladroit du personnage incarné par Judith Chemla accompagnent le spectateur dans la douce folie du retour du mort, thème qui décidément obsède le monde du cinéma et du théâtre. L’acceptation de la mort, la nôtre ou celle d’un être aimé, est un drame intime qui n’appelle pas au spectaculaire et que le réalisateur parvient à restituer avec une délicatesse saisissante. Du son mat des pieds sur le parquet au bruissement des cheveux qui se détachent, le film se déploie autour d’une esthétique du détail et de la couleur.

Sans jamais se départir de son humour salvateur, Vif-Argent explore et fait ressentir à son spectateur un éventail complet d’émotions. De la crainte à la joie, des larmes à l’incompréhension, le film se propose d’être une expérience complète et cohérente, que la fin vient rehausser d’une touche de burlesque. Oser la comédie, oser la poésie pour traiter d’un drame sont des choix courageux et qui ne sont plus si fréquents au cinéma. On les apprécie d’autant plus au cœur d’un festival ou le drame violent semble être devenu la forme d’expression privilégiée d’une vie comprise comme de plus en plus complexe et désespérante.

Mathilde Charras

Categories: Cinéma, reportage