Métamorphoses / Centre de Musique de chambre de Paris, Salle Cortot / Mars 2020

Jérôme Pernoo tente avec ce spectacle de renouveler le public-cible de la musique classique en offrant une performance non seulement musicale, mais aussi visuelle, quasi théâtrale.

© Jeroen Suys, 2020

Les jeunes musiciens de l’Ecole Normale de Musique de Paris livrent ainsi un jeu remarquable, qui trouve son sommet dans les Métamorphoses – que Richard Strauss acheva d’écrire peu ou prou deux mois après les bombardements inhumains de Dresde par les Alliés. L’oeuvre transcrit cet effroi ; l’incompréhension du compositeur munichois face à l’infamie. On y ressent l’absurde répétition de l’histoire en cycles éternels. Mais du même geste, Strauss fait insensiblement muer ces mesures répétées, qui évoluent alors vers des élans lyriques, des ouvertures sur la beauté des instruments qui se rejoignent. Car les musiciens sont costumés, bougent volontiers sur scène et miment leurs échanges – ce qui rend à merveille dans le caractère angoissant des Métamorphoses nocturnes de Györgi Ligeti, mises en correspondance avec la célèbre nouvelle du même titre de Franz Kafka.

De même, les variations Eroïca de Beethoven offrent de magnifiques occasions pour les jeunes instrumentistes de s’illustrer avec élégance, dans un esprit de groupe certain. Le travail scénographique offert par Jérôme Pernoo est d’une originalité assurée et l’on appréciera le spectacle bien au-delà de sa dimension musicale, quoiqu‘on puisse aussi estimer – en s‘attachant aux traditions, que ces nouveautés ont l’aspect de fioritures dispensables. A chacun d‘en juger ! Je recommande en tout cas ce concert à tous les amateurs de Strauss.

— Valérian JEUNEHOMME