Les Bouffes de Bru Zane / Bru Zane France, Palazzetto Bru Zane / Studio Marigny / Mars 2020

Image d’entête : galerie du Théâtre Marigny (2020)

Mardi 03 mars, 20h00. Après une promenade des Tuileries aux Champs Élysées, me voilà installé au Studio Marigny, une petite salle à dimension humaine. Au programme des Bouffes de Bru Zane ce soir, deux opérettes : Un mari dans la serrure de Frédéric Wachs sur un livret de Louis Péricaud et Gaston Villemer, et Lischen & Fritzchen d’Offenbach sur un livret de Paul Boisselot.

Appréciant particulièrement les opérettes en un acte, je salue le projet de Bru Zane France de faire redécouvrir le patrimoine musical français du XIXème siècle : un format court qui ne laisse pas de place à l’ennui, une intrigue simple, des chorégraphies et du chant lyrique – interprété ici par les talentueux Adriana Bignagni Lesca et Damien Bigourdan, accompagnés au piano par Jean-Marc Fontana.

Le dynamisme complice du duo se ressent sur scène et s’ajoute au comique des chants et des situations : quiproquos, absurde, comiques grivois et de répétition, surréalisme des situations, tout est là pour un moment de franc divertissement.

On notera la pertinence des décors et des costumes, qui s’intègrent parfaitement aux œuvres : les premiers sont simples et astucieux, recentrant l’attention sur les comédiens, tandis que les seconds sont esthétiques et extravagants, revêtant une autre dimension du caractère comique, qu’il s’agisse du déguisement de geisha de Thérézina ou des tenues alsaciennes recouvertes de strass et de paillettes dans l’œuvre d’Offenbach.

Je conseille vivement ces représentations qui ont été une revigorante note de bonne humeur dans ma soirée tout en rire et chansons.

— Wafid SMATI

Image Fiche spectacle
Affiche de la pièce

L’intention est louable : faire connaître et revivre sur scène un répertoire sombrant peu à peu dans l’oubli : les opérettes en un acte qui foisonnaient au XIXème siècle. Belle idée que celle de lutter contre une discrète disparition : le divertissement comique, grivois et parfois absurde, reprend donc des couleurs au Studio Marigny. Dans cette petite salle, nous sommes conviés à entrevoir ce genre court qui, avec peu de moyens, peu de personnages et peu d’acteurs, appelle au sourire et à la détente en musique. Nous en découvrons deux ce soir : Un mari dans la serrure de Frédéric Wachs et Lischen & Fritzschen de Jacques Offenbach. Liées entre elles par une intrigue créée de toute pièce pour l’occasion, ces deux opérettes se répondent dans un jeu de mise en abyme et de méta-théâtralité qui, malheureusement, dessert leur lisibilité et ne fait pas sens.

Aux intrigues légères s’ajoute de la musique : le plus savoureux ! Des airs enjoués, drolatiques et bien interprétés par une mezzo-soprano et un ténor. Toutefois, ces chants cocasses et agréables sont alourdis par un jeu d’acteur teinté d’amateurisme, surjoué, faisant pléonasme avec l’absence de finesse des intrigues bouffonnes. De même, on apprécie l’accompagnement au piano, rythmé, virtuose : on regrette cependant un pianiste caché derrière les décors et qu’on ne découvre que lors des saluts finaux. Les costumes, brillants et ravissants, d’une fausse Madame Butterfly ou encore d’un couple d’Alsaciens, contrastent avec un décor criant d’inutilité et désolant de noir et de blanc. En bref, derrière chaque choix judicieux se cache une fausse note. Il est vrai : en une heure de représentation, nous redécouvrons les divertissements du passé, on sourit et on fredonne certains refrains. Mais la bouffonnerie atteint rapidement ses limites, surtout lorsque le spectacle est perfectible. En un mot, la belle intention ne fait pas la bonne représentation.

— Anne FENOY

N’en ayant jamais vues auparavant, les Bouffes Bru Zane marquaient pour moi un tout premier aperçu du monde des opérettes. Je partais sans la moindre connaissance préalable, avec quelques a priori mais tout de même curieuse de découvrir ce qu’est une opérette. Et je n’ai pas été déçue !

Les Bouffes Bru Zane présentent deux opérettes : Le Mari dans la Serrure de Frédéric Wachs et Lischen et Fritzchen de Jacques Offenbach – deux opérettes au rythme mouvementé, aux quiproquos étourdissants et aux retournements de situation renversants. La mise en scène est drôle et étonnante avec des costumes particulièrement beaux, détaillés et pourtant modernes.

Les deux comédiens arrivent à porter ces deux opérettes avec brio. Ils ont tous deux des voix d’une puissance et d’une justesse impressionnantes, et parviennent – malgré la difficulté des airs qu’ils doivent chanter, à garder une énorme énergie et à faire rire le public du début à la fin. Il n’y a aucun moment creux, et l’heure dans la salle passe très voire trop vite.

Les Bouffes Bru Zane du Studio Marigny ont été la meilleure des introductions possibles au monde de l’opérette !

— Isaure LEROY-AVY

Les Bouffes de Bru Zane est un projet du Palazzetto Bru Zane – centre de musique romantique française qui « a pour vocation la redécouverte et le rayonnement international du patrimoine musical français du grand XIXe siècle »1.

A cette fin, le Studio Marigny accueille depuis Avril 2019 des opérettes dans un format de poche, très léger. Faire jouer des opéras bouffes dans ce théâtre n’est pas un hasard : c’est en ce lieu que Jacques Offenbach fonda en 1855 le Théâtre des Bouffes-Parisiens, qui prendra plus tard le nom et la forme du théâtre que l’on connaît aujourd’hui.

Sur six dates, à cheval sur la dernière semaine de Février et la première de Mars, la pièce Un mari dans la serrure de Wachs suivie de Lischen et Fritzchen d’Offenbach nous plongent pour une courte heure dans le monde de l’opéra bouffe.

A l’arrivée, la scène étant fermée par un rideau sur lequel est indiqué « Auditions, frappez ici », on est d’ores et déjà dans le spectacle avant même que celui-ci n’ait réellement commencé. De fait, le premier personnage fait son entrée par l’accès public et fait tomber le rideau pour nous laisser face à un autre rideau, présentant un visage de clown avec un sourire énorme en forme de touches de piano et un regard sévère qui fixe les spectateurs tel « Big Brother ».

Une double mise en abyme théâtrale se met alors en place. Le personnage d’Adriana Bignagni Lesca, une Alsacienne, arrive à Paris pour passer une audition pour jouer Thérezina qui, dans une scène, doit tuer son père. Commence alors la première moitié du spectacle avec Le mari dans la serrure, opérette qui explore un monde absurde où un homme, Bigorneau, se retrouve par erreur chez sa voisine Thérezina. Il l’aperçoit tuer un homme et ne comprend que plus tard qu’il s’agit d’un mannequin et que la jeune comédienne répétait une scène de théâtre. L’audition (et l’opérette de Wachs) terminée, l’Alsacienne n’est finalement pas prise et s’en retourne dans son pays…

C’est à ce moment-là que le réalisateur, Romain Gilbert, fait de ces deux opérettes une seule et même histoire avec une grande subtilité. L’Alsacienne va rencontrer lors de son voyage Fritzchen, et débute alors l’opérette d’Offenbach.

Cette transition est astucieuse, mais a été pour moi quelque peu déconcertante. On ne comprend pas bien le fil des évènements, et on ne se rend pas tout de suite compte que le changement d’œuvre a eu lieu.

Néanmoins, la virtuosité pianistique de Jean Marc Fontana et la tessiture vocale d’Adriana Bignagni Lesca font très rapidement passer cette confusion.

Le duo formé par cette dernière avec Damien Bigourdan fonctionne à merveille, et on ne se lasse pas de les entendre chanter en harmonie leur irrésistible « Je suis Alsacienne, je suis Alsacien ».

En somme, l’objectif de Bru Zane est atteint, le Théâtre Marigny présente deux opéras bouffes, à la fois comiques et d’une qualité musicale certaine, qui ne demandent qu’à être vus et revus ! 

— Marie DELILLE

1 https://bru-zane.com/fr/scopri/chi-siamo/