Le Misanthrope / Chloé Lambert, Nicolas Vaude / Théâtre le Ranelagh / Février 2020

Image d’entête : galerie du Théâtre le Ranelagh, 2020

Mise en scène par Chloé Lambert et Nicolas Vaude, la pièce Le Misanthrope s’ouvre avec la chanson « Lady Marmelade » de Christina Aguilera. Automatiquement, entonnant les mêmes paroles que les personnages qui dansent et s’amusent à l’intérieur d’un restaurant, nous comprenons dès les premières minutes la volonté des metteurs en scène de souligner l’intemporalité de la pièce.

Rédigée par Molière au XVIIème siècle, les thèmes évoqués par la pièce me semblent encore plus actuels aujourd’hui. La pièce parle de l’envie de maintenir sa réputation intacte, d’être accepté.e par le groupe auquel on appartient, d’être aimé.e des autres, de se sentir désiré.e… Détestant l’hypocrisie des hommes, Alceste est pourtant éperdument amoureux de Célimène – qui représente tout ce qu’il tient en horreur dans la nature humaine. Conscient des défauts de celle qu’il aime, sa jalousie le mène pourtant à lui imposer un dilemme : ce sera lui ou Oronte, l’un des amants de Célimène avec qui il est en froid suite à une querelle. J’ai beaucoup aimé découvrir les contradictions de chacun des personnages. Je retiens aussi le décor, que j’ai trouvé très romantique et esthétique. La majeure partie de la pièce se déroule chez Célimène. Un divan est installé sur le devant de la scène et un mur de miroirs fait face aux spectateurs. Ces derniers sont surmontés d’une guirlande de fleurs roses symbolisant la féminité.

— Agathe DE BEAUDRAP

Le Misanthrope au Théâtre Le Ranelagh
Affiche de la pièce

Dans le sublime décor classique du Théâtre le Ranelagh, c’est sur la musique « Lady Marmelade » que se lève le rideau et que débute la pièce Le Misanthrope de Molière. C’est donc, paradoxalement, dans une ambiance festive et joyeuse, sur un rock endiablé, que commence la comédie la plus sérieuse de Molière – laquelle se centre sur Alceste, surnommé le Misanthrope, c’est-à-dire celui qui n’aime pas les hommes, qui ne supporte pas leur hypocrisie et leurs faux-semblants. Le parti pris de Chloé Lambert et Nicolas Vaude, à la fois metteurs en scène et acteurs, est de jouer sur le caractère éminemment contemporain de cette pièce pourtant écrite par Molière en 1666 pour critiquer les travers de la Cour de Louis XIV. Celle-ci trouve en effet parfaitement sa résonance dans notre société actuelle, elle aussi faite de faux-semblants et de duperies.

Quand le rideau se lève sur un salon fermé par des miroirs et couronné de fleurs, alors que tous les convives rient, dansent et s’enivrent, un seul personnage se situe à l’écart, en retrait : c’est Alceste, « l’homme aux rubans verts ». Quand les convives se dispersent, Alceste confie son chagrin à son ami Philinte, son exact opposé, lui, « l’ami de tous les hommes ». Et alors, nous découvrons que la plus grande faiblesse d’Alceste, c’est son amour pour Célimène, une jeune veuve de vingt ans, une coquette aimée de tous et courtisée par des marquis de Cour. Elle est mondaine, lui déteste la compagnie des hommes. Tout oppose ces deux personnages, depuis leur attitude jusqu’à leur costume : elle arbore une robe flamboyante et échancrée, quand lui porte une modeste robe de chambre aux couleurs sombres.

Durant toute la pièce, Alceste va essayer de réduire Célimène à sa vérité à lui, jusqu’à lui imposer un ultimatum à la toute fin : ou bien se résoudre à quitter le monde et fuir dans un désert avec lui, ou bien rompre définitivement. Dans cette pièce qui se révèle comique sous bien des aspects — les accès de colère d’Alceste, le ridicule vers lequel le poussent ses convictions extrêmes, les portraits railleurs des membres de la Cour – brillamment réalisés par Célimène, la joute verbale des deux marquis —, le dénouement est malgré tout malheureux et la raillerie tend à la réflexion philosophique sur le comportement de chacun en société.

En somme, cette représentation du Misanthrope sait allier avec justesse rire et réflexion, avec des personnages aussi nuancés que fidèles à ceux voulus par le dramaturge. Chloé Lambert brille dans le rôle de Célimène, elle est fascinante et on comprend pourquoi les regards de toute la Cour sont tournés vers elle. Elle n’est cependant ni malhonnête ni rude, et l’actrice confère au personnage la douceur et l’aisance qui sont constitutifs de l’essence de la jeune femme. Alceste, quant à lui, est profondément touchant dans son amour extrême, pourtant étouffant, et même jusque dans ses accès d’humeur noire. Avec ce nuancier de couleurs nouvelles, cette mise en scène apporte fraîcheur, jeunesse et contemporanéité à l’une des comédies les plus graves de Molière.

— Charlotte DESPRE

Cette représentation fut d’une grande modernité. Les décors étaient forts de sens mais aussi très esthétiques, ainsi que les costumes. J’ai beaucoup aimé le fait que le théâtre soit utilisé même en dehors de la scène (gradins). Les musiques qui étaient parfois jouées donnaient une dynamique qui permettait de relever le texte de Molière (qui peut être difficile à suivre). Le jeu des acteurs ressemblait à ce à quoi l’on s’attend en lisant la pièce mais on peut quand même souligner qu’ils ont, à merveille, fait passer ces vers compliqués de manière naturelle. J’ai été fascinée par le jeu de l’acteur du personnage principal, qui lui a donné un côté très pathétique – à la fois amusant et qui apportait un regard plus psychologique sur le personnage d’Alceste.

Finalement, cette pièce met en scène d’une manière élégante et forte de sens l’œuvre le Misanthrope. Les pauses que les acteurs faisaient parfois dans leurs répliques donnaient du sens à des mots qu’on n’aurait pas forcément soulignés avec une lecture. Cette représentation me donne envie de voir d’autres mises en scène de cette pièce afin de pouvoir avoir d’autres approches et d’apprécier au mieux les différents aspects de l’œuvre. « Tous ces défauts humains nous donnent dans la vie – Des moyens d’exercer notre philosophie. » : le théâtre du XVIIème siècle a souvent une valeur didactique et dans cette pièce, on a clairement – notamment par un jeu d’acteur très expressif – matière à réfléchir et à interpréter les comportements des personnages.

— Amélie GRONDIN

Le Misanthrope est une pièce de Molière se jouant actuellement au Théâtre le Ranelagh. Alceste est un homme brûlant d’amour pour Célimène, mais c’est aussi un homme révolté par la société dans laquelle il vit, une société d’hypocrisie. Célimène, quant à elle, est une femme qui ne peut s’empêcher de séduire et d’avoir tous les hommes à ses pieds. Un amour impossible : chacun se reconnaît dans ces deux individus sans pour autant cautionner leurs faits et gestes.

Une pièce qui dure 1h55 mais qui devrait peut-être durer moins longtemps. Une mise en scène par Chloé Lambert et Nicolas Vaude moderne et plutôt délurée – notamment grâce à la musique et aux petits moments de danse au début de la pièce ; un décor avec un jeu de miroirs intéressant amenant une autre dimension un peu plus poétique à une pièce dont le sujet ne s’y prêtait pas forcément. Une pièce classique mais dont le parti pris de la modernité n’est pas assez marqué, ce qui est dommage. Quitte à vouloir la rendre plus moderne, autant le faire jusqu’au bout. Pour ce qui est justement des jeux d’acteurs, on ne peut pas leur enlever qu’ils jouent bien. Mais parfois les acteurs sont entre le surjeu et le non-jeu, ce qui rend la pièce ni mauvaise ni extraordinaire et cela est dommage car si les acteurs avaient été incarnés par leurs personnages, cela aurait pu être une très bonne pièce. Ce n’est peut-être pas la pièce du siècle, mais cela reste tout de même agréable à regarder. Le fin mot de l’histoire, c’est que la pièce nous laisse indifférents.

— Claire-Sophie GROSS