En manque

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En manque se présente comme le récit d’une exubérante et prodigieuse énergie, qui s’appelle la vie, confrontée aux « cadres » que le monde oppose à qui refuse une vie trop industrielle, trop grise : le cadre de la famille, de la convenance, de l’éthique, de la soumission politique – propos redoublé, sur la forme, par le débordement perpétuel organisé par Macaigne, sur la scène, de toute convention théâtrale.

Madame Burini a racheté la totalité de l’art occidental, dans le seul but de le défiscaliser, et de créer un espace rêvé où l’art serait à la disposition de tous, et par tous. Sa fille désire l’assassiner pour la punir de ne l’avoir assez aimée dans son enfance. La fondation surgie de nulle part s’effondre, emportant tout avec elle. Avec ces quelques lignes de force pour simple structure, En manque est foncièrement l’histoire d’un vide à combler, à créer, et à laisser derrière soi : l’épilogue de la pièce est un long développement un peu pompeux où côtoient pêle-mêle les idées banales que de la destruction est une forme de création, que de la destruction peut naître la création, que la destruction appelle la création.

Brisant dès le début de la « performance » le quatrième mur, la Villette et sa salle de spectacle deviennent donc le lieu fantasmé de cette femme ruinée et condamnée, appelé à être habité par son public, ce qui justifie les déambulations des spectateurs sur la scène, ainsi que cette longue séquence où ils sont appelés à venir boire des bières et danser sur scène sur un son un rien éclectique, cependant que des bénévoles du spectacle aguichent debout sur les sièges, les malheureux restés assis. C’est l’un des nombreux morceaux de bravoure pensés par Vincent Macaigne pour « déborder » le théâtre ; ce qu’il présente sur scène est un enchaînement déstructuré (pas sans fondements, donc, mais sans clarté) de mouvements, de dialogues et de « moments », la scénographie jouant tant de sa monumentalité (effets de fumée, décibels, décor détruit) qu’elle ne souffre de son côté bon marché, générant ses effets à moindre frais (effets de fumée, décibels, décor détruit).

C’est peut-être là le principal défaut d’En manque : son manque de teneur, de liant, ou de matière. Son discours, bancal, au jeu parfois mal assuré, voit noyées dans une masse confuse de mots et de cris quelques belles phrases, mais mal pensées à force d’être mal dites ; sa scénographie, à trop jouer la carte de la mise fastueuse et de l’immersion totale du spectateur dans la performance, manque de tomber dans l’insincérité. Les violences d’En manque (verbale, matérielle, symbolique, politique) en viennent ainsi à souvent manquer leurs coups, ce qui est d’autant plus rageant que l’énergie déployée et les idées avancées donnent envie d’en recevoir : la création de Vincent Macaigne déçoit, mais surtout frustre.

Louis Tisserand

La prestation se déroule dans la Grande Halle de la Villette mise en scène et scénographiée par Vincent Macaigne.

Il y a quelque chose de très personnel dans ce spectacle qui n’est pas partageable avec le spectateur. Il prétend exprimer un « écho poétique » de ce qu’il ressent mais cela n’est pas compréhensible. Par exemple, à la fin de la pièce, une femme prophète (Sarah) fait un long discours sur son rôle sur terre et son sacrifice nécessaire pour le bien de l’humanité. Le personnage est peu approfondi, et son sacrifice n’en a que peu de valeur. Le prophète est un personnage récurrent dans ses pièces mais ici il ne se prête pas au contexte. Macaigne parle de lui-même, de son angoisse et sa solitude, sans les partager.

Le fond de l’histoire est peu compréhensible car assez déstructuré. C’est l’histoire d’une femme qui a dilapidé la fortune de l’Europe à travers sa fondation d’art spécialisée dans Caravage (symbole de l’art occidental par excellence). Ses enfants sont décontenancés et ne savent comment vivre avec cet héritage. Dans une interview, Macaigne qualifie lui-même son travail comme « une espèce d’affolement, de grotesque ou même d’hystérie, des choses presque adolescentes ».Il cherche là à justifier un récit souvent très enfantin et peu construit.

Le spectacle est agressif autant pour la vue avec des flashs, que pour l’ouïe avec des sons de basses très puissants qui font vibrer l’eau et des textes hurlés au microphone, que pour les bronches avec des fumigènes très envahissants. On entend très peu les textes.

Selon lui, l’art a été dépouillé de son sens aujourd’hui. Le système français finance des projets artistiques sans réellement se soucier de la qualité des prestations ; il parle de « l’ère du directeur artistique » au lieu de celui de l’artiste. Il choisit donc de dénoncer cette prétendue « liberté » artistique en déconstruisant toutes les normes du théâtre. Les comédiens ne jouent pas réellement – ils apparaissent davantage comme des figurants -, le public meuble le spectacle en dansant sur scène tout en buvant des bières, les transitions musicales assourdissent les spectateurs… Son but serait de ne pas renoncer à l’idée de recherche en art.

Macaigne a l’habitude dans ses spectacles de les réécrire en permanence. Il n’y a pas de mise en scène figée. On se demande même si les textes ne sont pas improvisés chaque soir par les comédiens. A mon sens, on n’est plus dans le théâtre. Il n’y a plus de prestation artistique à partir du moment où il n’y a plus de travail et de structure dans la pièce. Tout n’est pas art et il est nécessaire de respecter certaines normes pour y correspondre (jeu des acteurs, textes). Il met en scène pour son propre plaisir en dépensant des fortunes dans le matériel sans que son usage n’ait forcément de sens (les peintures, le faux plafond, l’eau qui dégouline sur la scène). S’il y a une réflexion, on ne la comprend pas et on se sent pris en otage.

Clothilde Mongas

« Poussez vous les uns les autres ! »

A la fois messie et incarnation d’une folie agonisante, Mme Burini, créatrice d’une fondation d’art nous invite, à l’entrée de la Grande Halle de la Villette, à assister à son exécution. Dans cette reprise de son spectacle En Manque, Vincent Macaigne nous offre une leçon sur notre temps. Ce temps de passation d’une vieille génération à une jeune, ce temps où l’art est menacé pour toujours de maltraitance absolutiste, ce temps du fanatisme et des idéalismes si dangereux.

Sur cette scène nappée de brouillard dans lequel les comédiens semblent se déployer à tâtons, le trouble de ce temps prend une forme physique : on ne sait plus où l’on va, tout n’est que chaos. Cependant qu’est ce que le chaos ? Hésiode nous apprend qu’il est l’essence du monde réuni en un  ensemble cohérent par la puissance primordiale de l’Eros. C’est ce que Macaigne, deux mille ans plus tard nous présente sur scène. Si tout est détruit, mouvant, en perpétuelle rupture, ce tout ne cherche qu’à s’unir sous le signe d’un amour fidèle et certain. Qu’il s’agisse de l’amour de la fille Lisa pour sa mère Mme Burini, qu’il s’agisse de ce même amour de Lisa pour Clara, sa copine révolutionnaire, qu’il s’agisse de cet amour exprimé physiquement sur scène par ces couples de jeunes adolescents figurants qui s’embrassent à n’en plus finir, tout le chaos de Macaigne et du monde sont unis par cette forme puissance primordiale et ne peuvent aboutir qu’à une forme de réussite.

Toutefois, la pièce ne s’arrête pas à un manifeste de l’amour. S’il s’agit de son sujet fondamental, l’idée d’être ensemble, d’être une communauté, d’être les uns contre les autres, de se « pousser les uns les autres », la pièce ne dessine qu’un échec d’une grande violence. L’entreprise de Mme Burini comme son sacrifice sont vains : au milieu de toutes les peintures, de l’expression même de l’art, ne subsiste qu’un dernier message peint en lettres de sang « Il est désespérant d’être nous ». Il n’est pas de leçons desquelles nous parvenons à apprendre : Macaigne nous souligne que nous n’avons pour nous, avec tout notre amour, que la seule mélancolie de nos répétitions.

Ainsi au milieu de cette révolution perpétuelle du bas contre le haut, Clara la révolutionnaire incarne l’absolutisme et la fin de tous les idéaux ; de leur mutation en fanatisme des plus sordides, lequel n’est légitime que par l’amour qu’il évoque et le sacrifice qu’il implique. Clara n’est pas qu’une terreur tyrannique : elle est un prophète sacrifié, un porteur de nouvelle qui s’est perdu pour les autres.

Macaigne, dans une terrible leçon de poésie, trace alors comme une carte de notre futur : à travers ce pont générationnel comment ne pas voir le monde d’aujourd’hui, peint trait pour trait dans ces absolutisme, cette jeunesse consommée par les idéaux perdus et cette défaite infinie d’une communauté ? Comment, au moment où le spectacle et ses règles s’effritent et s’effondrent – ce moment frappant où tout le public est convié sur scène – ne pas voir la fin d’un ordre imminent, une Révolution française miniature sur le sol du théâtre, pour la fin d’un art élitiste et toujours plus fermé, dont la venue messianique pourrait sauver le peuple issu de la vallée ? Comment finalement un tel message d’amour et de vérité sur l’espèce humaine semble sonner beaucoup trop vrai pour espérer échapper à la roue fatidique de la répétition de nos erreurs passées…

Tristan Gauberti

Le spectacle En manque de Vincent Macaigne, présenté dans la grande Halle de la Villette,  repose sur un paradoxe : à la fois, cette pièce de théâtre déborde de violence et d’effets de mise en scène spectaculaires, nonobstant un texte volontairement provocateur, et, en même temps, nous observons les presque deux heures de spectacle avec une indifférence qui augmente au fur et à mesure. Car le travail de Macaigne a surtout consisté ici à accumuler des effets, certes en eux-mêmes bien réalisés et intéressants à voir (une voix grave poussée au volume maximum fait trembler l’eau qu’il y a sur le plateau ; la toile faisant office de plafond se remplit d’eau, puis est crevée, déversant des litres et des litres d’eau sur la scène…) Malheureusement, tout cela se fait dans un tel capharnaüm que nous peinons à saisir le moindre fil nous permettant de donner du sens à ces effets. Le texte, s’il se veut percutant, est constamment joué en force par les acteurs, et prend parfois des tournures incompréhensibles (dans une tirade de Thibaut Evrard l’acteur, après avoir été extrêmement tendre avec sa femme, se met subitement à l’insulter, sans que rien ne nous y prépare).

On remarque aussi dans ce spectacle une constante impression de « chiqué », d’abord à cause du jeu des acteurs, mais aussi à cause de la place étrange qu’occupent les figurants : s’ils nous font croire lors des cinq premières minutes, qu’une réelle communauté de fans est venue assister au travail de Macaigne, nous réalisons bien vite qu’ils ont été payés (ou pas…) pour exprimer un tel entrain. Par la suite, leur rôle consiste à se lever de leurs places du premier rang pour aller danser, crier, ou s’embrasser sur le plateau. En fait, un nouveau paradoxe surgit avec eux : à la fois ils sont présentés comme faisant parti du public, donnant l’impression que nous pourrions nous-mêmes, spectateurs lambdas, les rejoindre ; et en même temps, ces figurants vous présentent des actions trop prévues pour pouvoir être spontanées.

L’un des problèmes principaux de ce spectacle consisterait en ceci : Macaigne a trop envie de rompre avec les codes établis. Les acteurs et les régisseurs se disputent devant le public ; on permet aux spectateurs de venir boire des bières sur scène dans une ambiance boite de nuit pendant une quinzaine de minutes … Dès lors, nous n’avons observé que de la démesure, des outrances qui n’ont guère d’intérêt lorsqu’elles sont montrées pour elles-mêmes : encore une fois, tous ces excès n’ont fait que nous plonger dans l’indifférence.

Raphaël Rouzet

     Des bouchons d’oreille dans les mains (donnés gracieusement à l’entrée), j’entre amusée dans l’univers de En Manque, pièce de Vincent Macaigne en me préparant aux décibels à venir. Ou plutôt, je me laisse tirer dans cet univers, car c’est avant même de pénétrer dans la salle que le spectacle commence, menée superbement par une sulfureuse artiste qui nous invite à son vernissage.

    Le plateau est d’un blanc aveuglant, jonché par des tableaux et performances artistiques. Les comédiens nous proposent de visiter cette galerie : en piétinant l’espace théâtral, nous savons dès le départ que nous n’en ressortiront pas indemnes. En effet, le spectateur est tout au long de la pièce malmené dans les cris et les coups, une surcharge permanente qui questionne notre place de spectateur passif et demande nécessairement une prise de position.

    Le spectacle est volontairement désagréable à voir et à vivre : l’espace d’abord, n’est pas travaillé avec un but esthétique, les personnages de la pièces, tous plus colorés les uns des autres sont à la fois très vrais et insaisissables, le rire (très présent) sent le souffre dans une histoire de famille macabre, enfin le spectateur est utilisé et malmené avec un malaise constant. Quand je suis conviée sur scène pour faire la fête à côté d’une mère recroquevillée sur elle-même, l’expérience est troublante. A coté d’une foule de lycéens qui prennent une joie débordante à faire la fête et à être vus, le spectacle tourne vers l’indécision : une fois la fête dite finie, les comédiens reprennent le jeu, seulement la majorité des nouveaux figurants ne veulent pas s’arrêter.

   Agacée par un public réfractaire, puis amusée par cette composante même, j’observe à quel point la pièce de Vincent Macaigne prend forme chaque soir grâce à un public spécifique. La pièce naît de cette constante confrontation due à un quatrième mur constamment franchi.

Eva Sauvage

Pour me rendre à la Villette mardi 19 décembre, je passe à Châtelet aux heures de pointes, et en entrant dans la salle de spectacle, je retrouve cette même sensation : Vincent Macaigne nous fait rentrer dans son théâtre comme des bêtes qui se poussent et se bousculent pour trouver une place. Tous les codes traditionnels sont rompus chez lui, nous suivons les acteurs, jusqu’à une grande salle où l’on nous explique un peu la situation et l’intrigue. Sofia Burini, la propriétaire d’une fondation artistique qui rassemble les plus beaux trésors de l’art occidental, nous annonce que sa mort est imminente, car sa fille Liza et l’amoureuse de celle-ci cherchent à la tuer. Les spectateurs sont debout, chargés de leurs affaires, probablement impatients de s’asseoir, en attendant le lever du rideau. Macaigne ne cesse de nous déstabiliser. Lorsque, enfin nous sommes en quelque sorte ” autorisés” à pénétrer l’espace de représentation, on nous pousse à monter et traverser la scène où se dressent des reproductions du Caravage dont l’actrice ne cesse de nous rappeler la facticité, brisant ainsi, ce qui pouvait rester de l’illusion théâtrale: ” ce sont des faux, juste des impressions ! c’est de la merde” tandis que dans des hauts parleurs passe en boucle un discours de Francois Hollande. Avant de monter sur scène, l’actrice jouant Sofia Burini m’agrippe et me hurle à la figure ” Tu es rousse, je t’aime” : l’amie qui m’accompagne et qui connait bien le théâtre du metteur en scène me murmure à l’oreille ” Bienvenue chez Macaigne”. C’est la bonne formule en effet, on rentre dans cet univers dramatique surprenant. Enfin assise, je me dis que mon calvaire touche à sa fin et que je vais pouvoir subir, passivement comme d’habitude au théâtre, la pièce. Seulement voilà, la volonté du metteur en scène est bien de ne pas nous laisser en paix. S’ensuit un monologue, long et assez pénible. De nombreux spectateurs quittent les lieux, j’hésite presque à les suivre mais je décide de rester. J’ai bien fait. En s’appuyant sur le texte de Sarah Kane peu avant son suicide, En manque chante la détresse d’une jeunesse qui souffre du malheur d’être ” née trop tard” : ” Il est désespérant d’être nous” écrit en lettres de sang sur le mur du fond. On nous invite à retourner sur scène, mais cette fois avec un argument plus vendeur: ” La bière est gratuite !”. La scène se transforme alors en boîte de nuit : musique commerciale en fond sonore, nous dansons dans la boue. Ce qui semble à mes yeux, caractériser le théâtre de Macaigne c’est la liberté du spectateur. Nous avons sans cesse le choix : partir, ne pas partir, danser sur la scène ou rester sur son banc. Nous avons finalement la liberté de voir ou d’agir, d’être spectateur ou acteur.

Gabrielle De Lestoile

Déçue par une note de partiel, je suis allée voir la pièce « En manque » de Vincent Macaigne avec le cœur lourd et justement un manque de motivation pour y aller et elle a été loin de me l’alléger.

Cette pièce ébranlante a pour thème la confrontation de deux mondes.

Celui d’un couple désinvolte resté dans le souvenir d’une jeunesse passée sans vouloir affronter l’avenir et face à lui une jeunesse désabusée voulant être prise plus au sérieux et en colère.

Mais ce résumé très général met du temps à se mettre en place car plus qu’une narration on est plongé dans une atmosphère qui se veut étouffante pour peut-être mieux participer à la confrontation qui semble montrer deux enfermements : celui d’un monde facile s’enracinant dans le souvenir d’une époque hippie et celui régi par la colère et la radicalisation avec comme effigie Che Gevara.

C’est ainsi qu’on a des structures vocales répétées, un filet hissé au-dessus de la scène qui rappelle la toile d’araignée, des mots clés martelés, une scène accidentée et inondée d’eau, des tableaux de travers, des canettes écrasées, et de façon plus percutante un enfumage à deux reprises.

On songe à la classification qu’avait faite Michel Vinaver entre « la pièce machine » et « la pièce paysage ». Cette mise en scène relèverait davantage de la seconde proposition avec l’action plurielle et acentrée et la focalisation de la pièce sur ces thématiques de la confrontation et de la violence.

Au-delà de ces aspects, le cri de désespoir de ces personnages en manque d’amour résonne et surplombe la pièce et cela explique peut-être d’ailleurs le fait que le son soit exacerbé tout le long nous obligeant à mettre parfois les bouchons d’oreille qui nous ont été distribués avant la pièce.

Lorsque je suis sortie de la Grande Halle de la Villette qui fût un abattoir comme n’a pas manqué de le préciser une des comédiennes mettant cela en perspective avec la propre pièce qui devient un noyau de violences, j’étais encore envahie de cette atmosphère oppressante et perturbante et j’ai été fortement ébranlée.

Louis-Hermine Septier

En Manque…de vie, de révolte, d’indignation

En Manque est la nouvelle pièce du jeune, mais pas novice, metteur en scène Vincent Macaigne, et était jouée à la Grande Halle de la Villette. Le metteur en scène a également fait la scénographie. Les principaux comédiens étaient Thibaud Evrard, Clara Lama-Schmit, Liza Lapert et Sofia Teillet. Il y avait également de nombreux figurants et des enfants.

Sono assourdissante, fumée, jeunesse, paillettes, art, mort, tubes pop, bières, cris et fracas – tous les ingrédients sont présents dans cette pièce pour nous sortir de la dépression. Comme à son habitude, le metteur en scène casse la barrière entre le public et les acteurs, et insère les spectateurs dans la performance.

Dès le début, les comédiens viennent chercher les spectateurs dans le hall et les guident dans une déambulation qui mènera jusqu’aux gradins. L’histoire commence à l’inauguration d’une fondation d’art créée par une richissime collectionneuse. Le public devient donc acteur de cette histoire. Quand on rentre dans la salle de spectacle, on est obligé de passer par la scène, lieu de l’exposition de la fondation, pour rejoindre les sièges. Puis on peut avoir l’impression que le théâtre « traditionnel » va commencer. Pourtant, la comédienne qui commence à faire un monologue n’arrête pas d’alterner entre les gradins et la scène. On comprend donc qu’à aucun moment Macaigne ne nous laissera passifs. Les comédiens interpellent le public, les figurants font partie de ce public ce qui amène donc de la confusion dans le visage de certains spectateurs.

Macaigne alterne entre des moments de « théâtre » où les comédiens parlent entre eux, font dérouler une histoire sous nos yeux, et entre cette insertion du public dans l’histoire. Mais cela n’est pas de tous les goûts et on sent bien que cette pièce parle plus à la jeune génération qu’à celle un peu plus âgée. En effet, elle parle de cette génération née dans les années 70 de parents qui n’ont rien fait, et qui se retrouve maintenant avec un monde où il faut tout réparer. Mais la génération Flower Power a, elle,  l’impression qu’il faudrait que le monde arrête d’exister parce qu’il n’y a plus rien à créer, que tous les grands artistes sont morts en 2016 et que le monde devrait s’arrêter. Ces deux générations sont représentées dans la pièce, et chacune peut s’identifier à certains ressentis. Mais à force d’avoir des cris sur scène, de la sono qui fait mal à la tête, certaines personnes décident de quitter la salle, tandis que les jeunes montent sur scène boire une bière et danser sur justement les musiques des Rolling Stones, Prince, ou encore Rihanna.

Ce spectacle est une grosse claque de bruit et de fureur qui fait du bien. Entre rage et rêve, on sort avec comme souvenir un théâtre puissant et vibrant. On se souvient de cette phrase écrite sur le mur au fond de la scène : « Il est désespérant d’être nous ». Une pièce à voir absolument pour une expérience hors du commun.

Valentine Smith-Vaniz
Photo : Mathilda Olmi
Categories: La Villette, Théâtre