Eschyle nous tient… Les autres poètes n’ont pas démérité, mais nous avons le souffle coupé quand nous mesurons la vastitude des espaces qui s’ouvrent à partir du lieu théâtral eschyléen. Voilà pourquoi nous voudrions jouer ces fragments de tétralogie que sont les pièces isolées d’Eschyle.

Prométhée enchaîné nous fait basculer dans le monde des dieux et de leurs rivalités, dans cette recherche de l’équilibre des forces, dont nous, les hommes mortels, sommes les premiers tributaires et victimes.Nous irons suivre Io sur le Caucase (où est enchaîné le Titanide) et rêverons à son périple qui la conduira sur les rives du Nil.

Avec les Suppliantes, nous retraverserons la mer, d’Egypte en Argolide, pour implorer, nous les Danaides, noires de peau, descendantes d’Io, une hospitalité que jamais les descendants d’Europe et piliers de l’Europe à venir, ne nous refuseront !

Si moi, Thèbes, la ville du phénicien Cadmos, je vous fus jamais familière, alors venez redécouvrir dans les Sept contre Thèbes les six duels qui seront livrés, de l’autre côté de mon rempart, à chacune de mes portes, pour finir à la septième par l’affrontement des fils d’Oedipe Etéocle et Polynice : bonheur singulier du théâtre, que de pouvoir parler au futur !

Mais si vous doutiez que la tragédie parlait du présent, au présent, alors ne manquez pas les Perses, car nous serons là, à l’endroit précis d’où la conquête se découvrira – la mer flagellée, enchaînée de lin, les fleuves asséchés, les récifs couverts de cadavres à demi-flottants -, et nous n’aurons à opposer à tout ce désastre que les remèdes offerts par la tragédie : chants, danses, offrandes et prières…!

Platon les tient… Plus que jamais, les Dionysies ont l’honneur d’accueillir, pour le plus grand plaisir des spectateurs, les réécritures vivantes des dialogues de Platon proposées par de jeunes metteurs en scène et comédiens issus du laboratoire de l’ENSATT, classe d’Anatoli Vassiliev : ils fêtent les dix ans de leur sortie et leur goût inentamé pour la dialectique platonicienne !

Nous remercions, outre la Sorbonne en ses amphithéâtres, le Louvre et la BnF d’accueillir deux de nos spectacles, le CROUS, la bibliothèque Sainte Barbe, la Comédie Nation d’accueillir les petites formes. Errance de lieu en lieu, on s’y habituerait presque, et on célébrera donc l’errance sublime, avec Homère (de Charybde en Scylla), Virgile (la fuite de Troie), le poème vieil anglais Wræclastas et un poème inédit dont je vous proposerai quelques extraits, Retour à Fukushima, narrant la traversée de la Sibérie en 1898 par Eijirô Haga, fils de samourai après la fin des samourai.

Pour la clôture des Dionysies à la BNF, une table-ronde aura lieu en lever de rideau des Perses, dirigée par le professeur Paul Demont, sur “Eschyle, théâtre-monde”..

Philippe Brunet

Festival des Dionysies 2018

Le festival des Dionysies est unique : il propose chaque année une programmation dense et variée associant théâtre, danse, poésie, musique, chant et éloquence, durant dix jours entièrement dédiée aux arts vivants antiques. L’édition 2016 a réuni plus d’un millier de spectateurs autour d’une dizaine de spectacles et de rencontres thématiques.

Initié par le Théâtre Démodocos, et co-organisé par le Service culturel de l’université Paris-Sorbonne, le festival des Dionysies bénéficie également du soutien de Sorbonne Université, du Cours Culture et de la Bibliothèque Sainte-Barbe.