Démons

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Le dramaturge suédois contemporain Lars Norén a la cote à Paris cet automne. Quelques semaines seulement après la mise en scène de Démons au Théâtre du Rond-Point (avec entre autres Romain Duris et Marina Foïs), c’est au Théâtre de Belleville que cette même pièce est jouée du 15 septembre au 22 novembre, dans une mise en scène de Loraine de Sagazan, libre adaptation du texte original.

Frank et Katarina s’aiment d’un amour passionnel impossible à vivre au quotidien, un amour qui les déchire. Ils se haïssent profondément mais ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Pour échapper le temps d’une soirée au cauchemar que représente chaque minute passée en tête à tête, ils invitent leurs voisins à venir boire un verre. Jenna et Thomas forment un couple très conventionnel, et la confrontation avec Frank et Katarina va leur dévoiler à leur dépens la fadeur de leur relation…

Mais dans la mise en scène de Loraine de Sagazan, on ne voit ni Frank ni Katarina, mais Antonin et Lucrèce, les prénoms des deux jeunes et admirables comédiens Antonin Meyer Esquerré et Lucrèce Carmignac. En entrant dans la petite salle du Théâtre de Belleville, installée pour l’occasion en une disposition bifrontale, le spectateur ne s’attend pas à être plongé dans l’intimité du couple avec tant d’intensité. Invité dans l’appartement d’Antonin et Lucrèce, où trône un fauteuil en léopard et pendent accrochées au plafond diverses tenues féminines à paillettes, il remplace le couple de voisins Jenna et Thomas que la metteur en scène a fait le choix de supprimer. A ce titre, le public n’est plus seulement observateur, voyeur distant des scènes de déchirement du couple, mais bien un acteur à part entière de la pièce. Sans cesse pris à parti, il est appelé sans en avoir le choix à faire part de ses expériences en matière de relation amoureuse en prenant l’apéro avec Antonin, mais aussi à répondre aux fantasmes de ce dernier.

Il n’est pas besoin d’assister plusieurs fois à la représentation pour se rendre compte que celle-ci doit être différente tous les soirs. Parce que le public change tous les soirs, mais aussi parce que Loraine de Sagazan prend beaucoup de libertés face au texte de Lars Norén, sans jamais le trahir pour autant. Les deux comédiens improvisent alors sur le plateau, avec un naturel et une facilité désarmants. Les conditions du théâtre sont là, mais Antonin et Lucrèce jouent avec le public sur les codes de la représentation et parviennent avec talent à donner l’illusion de la vie. D’ailleurs, même si le rire intervient souvent au cours de la pièce pour détendre l’atmosphère, le spectateur est mal à l’aise dans cette situation d’enfermement…

Comme dans ce couple où l’un éprouve un besoin vital de l’autre, la mise en abyme réussie de Loraine de Sagazan montre, s’il en est besoin, à quel point le public et les comédiens sont indissociables, et comment le travail du spectateur doit être mis en valeur dans un théâtre que la metteur en scène ne veut pas élitiste mais accessible à tous.

Coline Huchet

Cette pièce de théâtre est d’un réalisme sidérant. Antonin (Antonin Meyer Esquerré) et Lucrèce (Lucrèse Carmignac), en couple depuis 9 ans, alternent depuis leur première rencontre les crises de larmes, les « je t’aime » et la violence verbale et physique. Nous sommes touchés dès lors par la sincérité et le jeu des comédiens. Peu à peu, une conversation avec les spectateurs représentant « les voisins d’immeuble » du jeune couple, s’installe. Les sujets les plus improbables sont abordés, tel que le goût pour la musique italienne ou encore pour le tennis.

Ils se révèlent et décident même de faire participer Jeanne (Jeanne Favre) et Benjamin (Benjamin Tholozan) à partager leur expérience avec nous non seulement en tant que couple mais aussi en tant qu’être humain. La gêne est immédiate déclenchant des doutes et des rires nerveux chez nos deux merveilleux comédiens.

Ils nous font partager leurs envies, leurs rêves d’enfant ou encore leurs doutes. Le public est alors conquis mais perplexe quant à l’identité du jeune couple de comédiens cachée dans la salle.

Extrêmement bien écrite (mise en scène et interprétation), « Les Démons » est une pièce de théâtre basée sur le désespoir d’un couple fou amoureux dont la passion n’est plus que cendres se rabattant sur l’humour noir pour survivre.

Je garde un certain suspense, et je vous conseille vivement d’aller voir cette pièce (personnes mineurs ou en pleine rupture).

Coralie Lelièvre

Démons est une comédie adaptée de l’œuvre « Les démons » (1984) du dramaturge Lars Norén par Lorraine de Sagazan. Ce spectacle est joué au théâtre de Belleville du 15 septembre 2015 au 22 novembre 2015 par Lucrèce Carmignac, Antonin Meyer Esquerré, Jeanne Favre et Benjamin Tholozan.

Cette pièce nous plonge dans la vie d’un couple, Lucrèce et Antonin, et nous invite à assister aux tensions se trouvant au sein de ce couple. Lucrèce est une femme extravertie qui demande à son mari un peu d’attention et d’amour alors qu’Antonin, en deuil de sa mère, ne supporte plus sa femme. A vraie dire, aucun des deux ne supporte l’autre mais il leur parait impossible de se séparer. Un soir, afin d’apaiser les tensions, ils décident d’inviter un voisin à passer la soirée chez eux. Tout au long de la pièce, Lucrèce et Antonin vont régler leurs comptes, en se critiquant, se faisant des reproches et en allant jusqu’à utiliser la violence le tout sur un ton très souvent ironique. Néanmoins, leur dispute va être mêlée à de petites accalmies dues à la présence de leurs voisins.

En arrivant, les spectateurs sont invités à s’installer de chaque côté de la scène. La pièce démarre avec un comédien qui arrive non pas par les coulisses mais par le public, ce qui rapproche dès les premières minutes les spectateurs des comédiens. Une fois la pièce commencée, les lumières s’allument et le public se retrouve sur scène, il fait partie de la pièce et interagit avec les comédiens. J’ai moi-même été apostrophée par Lucrèce qui s’est assise à côté de moi pour me parler, d’autre personnes dans le public ont eu à boire et chacun à eu le droit à un petit commentaire. Le comédien a mentionné la couleur de cheveux d’une femme au premier rang, a offert des chips à certaines personnes etc.
Sur le plateau se trouvaient des vêtements suspendus par des crochets au plafond. Cela donnait l’impression d’être dans un lieu simple et à la fois déjantée à l’image de Lucrèce. Un accessoire avait une importance plus grande que les autres, l’urne dans laquelle se trouvent les cendres de la mère d’Antonin. Cet accessoire sera d’ailleurs utilisé par Lucrèce qui va renverser les cendres de son ex belle mère entrainant la rage et la tristesse d’Antonin qui essaiera de les aspirer.

En ce qui concerne les comédiens, ils étaient au nombre de 2 sur scène mais en réalité, ce n’est qu’à la fin du spectacle au moment du salut final qui nous réalisons que 2 des spectateurs sont en réalité des comédiens. Ces 2 spectateurs, ont pendant toute la pièce été abordé par les 2 autres comédiens. La femme a du chanter sur scène, servir de toile pour le vidéoprojecteur, subir les avances un peu trop lourdes, parfois, d’Antonin alors même que le deuxième comédien dans le public jouait le rôle de son mari.

Les quatre comédiens jouaient merveilleusement bien et ont réussi à me faire tomber dans le piège. J’ai réalisé par la suite la difficulté de leur jeu car toutes les fois où ils ont communiqués avec le publique ou bien fait des remarques toutes aussi drôles les unes que l’autre sur le publique ils improvisés donc. Cela montre à quel point leur jeu était bon.

Cette pièce m’a plus diverti que fait réfléchir ou m’émouvoir. Leurs problèmes de couple me paraissaient bien trop réels et habituels pour créer une quelque conque émotion. Ce qui m’a réellement plu dans la pièce est donc l’importance du publique qui n’est plus simple spectateur mais acteur par sa présence et non pas par sa réflexion ou son analyse.

Sofia Fraillon

Le public s’installe. Un homme veut s’assoir. Il n’y a plus de place. Soudain, le public s’arrête de parler : L’homme reste trop longtemps sur scène pour être un spectateur. La pièce commence.

Lucrèce et Antonin sont en couple depuis neuf ans. Aujourd’hui, ils ne se supportent plus, ils voudraient se quitter, mais n’en n’ont pas la force. Ou ils s’aiment. Ne pouvant plus être confrontés seul à seul, ils invitent des gens, des voisins. Nous.

Le décor est sobre, quelques vêtements, des meubles, pour constituer un salon. La simplicité du décor renforce la proximité du public avec les personnages. Déjà proches d’eux physiquement dans la petite salle du théâtre de Belleville, Lucrèce et Antonin nous forcent à pénétrer dans leur intimité ; Les deux personnages nous interpellent, nous invitent à boire un verre, nous posent des questions sur nos vies, nos relations amoureuses. Est elle aussi dure que la leur ? Comment est-ce possible de tenir aussi longtemps à deux sans finalement s’entraîner dans la destruction ? Le couple se déchire par des répliques cinglantes, cyniques et parfois si cruelles qu’elles nous font rire. Ils se meuvent partout dans l’espace pour se rencontrer, danser ou fuir. Pour ne pas couler, l’un s’appuie sur l’autre. Lucrèce et Antonin n’arrivent plus à se parler. Ils s’adressent désespérément à nous…

Mis en danger, nous quittons notre rôle de spectateur confortablement bien assis. Les yeux du couple croisent nos regards constamment.

Démons, la pièce de Lars Noren, écrivain suédois contemporain, librement adaptée par Lorraine de Sagazan est une claque. Une allumette qui nous brûle à force de la tenir entre les doigts. Car Démons est un miroir qu’on est forcé de contempler. Assis face à face, le public ne peut que se voir.

Grâce au jeu brillant des deux acteurs Lucrèce Carmillac et Antonin Meyer, les personnages sont criants de vérité, la nôtre, celle de la vie en couple. C’est bien la volonté de Lorraine de Sagazan : « explorer le réel à travers la fiction ». D’ailleurs, les personnages portent le même nom que les acteurs, troublant encore une fois la frontière entre spectateur et comédien, fiction et réalité.

Les échanges avec le public favorisent l’improvisation. La pièce se transforme selon les réponses. Elle n’est donc jamais la même. L’histoire de déroule cependant, dans un tourbillon de pleurs, de cris, de rire.

Tara Mollet
Photo : Pauline Le Goff