Palmarès 2015


178 poèmes reçus, 6 poèmes primés


Prix de la Présidence Sorbonne Universités

Christophe Barnabé

étudiant en Master 2 Littérature française à l’université Paris-Sorbonne

pour Dimanche des rameaux


Prix de l’U.F.R. de Langue française

Lionel Cahen

étudiant en Licence 3 Lettres, édition, médias, audiovisuel à l’université Paris-Sorbonne

pour poème sans titre


Prix du Service Culturel

Vincent Zonca

étudiant en 3e année de Doctorat Arts, lettres, langues, mention Littérature générale et comparée à l’ENS de Lyon

 pour Départs


Prix de la Francophonie, remis par l’Agence Universitaire de la Francophonie

ex-equo

Stéphanie Morel

étudiante en Master 1 Philosophie à l’université Paris-Sorbonne

pour L’arrivée

Laurent Malanda

étudiant en Master 2 Recherche en Littérature africaine d’expression française à l’université de Maroua/Cameroun

pour L’itinéraire de Bena Silu


Prix de la revue Place de la Sorbonne

Juliette Perrin-Chevreul

étudiante en Master 1 Langue Française à l’université Paris-Sorbonne

pour Aux lunatiques


Dimanche des rameaux

Non loin d’ici, j’entends ta braise qui s’éteint dans la bouche des autres. Le soir tombe. Tu viens me voir une dernière fois. Nous mangeons notre pain en silence. Comme des amants libres.je verse un peu de vin dans le creux de tes paumes. Notre respiration calmement se fixe sur celle des montagnes. Au dehors, des lumières croissent par-delà les croupes couvertes d’herbes et d’ajoncs. Dans la pierre noire du ciel, tout demande à naître. Ici, à chaque instant la musique se fait plus rare et plus lente. La lampe vacille. Tu hausses les yeux. Nous sortons. Avec toi, j’interroge la longue brèche devant nous qui scinde le cri des bêtes libres. Une langue qui n’a pas besoin de lèvres, et qui monte. Peu à peu se referment les sentiers que nous avons parcourus. Il faut à présent en deviner le dessin improbable sous la masse de verdure sombre. Je sens derrière nous un mufle couvert de rosée, des sabots hésitants. Les premières gouttes de pluie font tinter l’auge envahie de rouilles. Tels deux oliviers, nous nous tenons face à cette bande de grand bleu qui se met à pâlir. Tu dis qu’il n’y a plus que cette promesse autour de nous. L’immense artère de la nuit. Alors reste encore un peu. Pèlerin vêtu de résines. Fleur profonde sur le tranchant de l’ombre. Fumée, prière. Simple trace. Rien n’est moins sûr que toi.

Christophe Barnabé


Sans titre

les 5 poches la couture jaune le long
de la jambe et rouge
quand je fais l’ourlet un peu
trop court et suggère
la couleur des chaussettes (au mieux
un rappel avec le pastel
de la chemise) puis
le sentiment de sureté
quand je passe mes mains
sur le rêche du tissu de Gênes la même
confiance que le forty niner
en plein Gold Rush qui demanda
à Levi Strauss de défaire la salopette
et qui fit du denim des tentes :
le jeans
les rivets qui assuraient le bleu
celui des travailleurs et on ne parlait
alors pas de leur col
et les cols blancs eux pour ce que ça vaut
avaient encore tout à apprendre
de Keynes & Smith & Ford
et quand ils adoptèrent
eux aussi le jeans
la Frontière avait été fermée
depuis bien longtemps
et la couleur du tissu
n’évoquait plus une conquête mais peut être
leurs propres roaring twenties
ou le ‘western chic’
de la couverture d’un Vogue
où sont listés avantages et inconvénients
d’une coupe cigarette
ou droite selon qu’il soit décembre-
janvier-février ou juin-juillet-août
le crépitement de la braguette le cuivre
de ce bouton
rouillé par le traveling
de la Grande Dépression jusqu’à
ce que je le ferme
ce matin
même

Lionel Cahen


Départs

autour de la très-verte
un petit mur de terre de pierre moussu et feuillé
rabougri comme un arbre noueux
avec ses yeux de souche mal pris
et ses rides ses creux humides où suintent
les paroles perdues des vieilles personnes

autour de la très-verte
juste avant le petit mur
un espace plan un ancien toît donnant sur la rue
ondulant en vagues ses tôles bleu gris dérives d’acier
flotte
recouvert par la vigne
quelques orties blanches

une fois monté
sur le pont
la vue se dégage les nuages se lissent et forment
un ciel unique

le lampadaire ses fils noirs qui pendent
un mât
une esquisse de voilure

la vigne mobile bastingage

et de part et d’autre en contrebas
la rue
océan infini

Vincent Zonca


L’arrivée

C’était une sorte de rituel.
Pour se réapproprier les lieux, il fallait les parcourir.
Entrer dans chaque pièce.
A la cave, un bateau recouvert d’une bâche bleue.
Non, ça ne commençait pas par là.
Ça ne commençait pas par la cave.
Ce n’était pas là l’itinéraire de notre impatience.
D’abord, les bignones en haut de l’escalier en pierre.
Il fallait les contempler à nouveau.
Sous les pins, le petit escalier de fortune, de pierres éparses et branlantes, qui menait à la plage.
Il fallait le dévaler au risque de trébucher.
Et les trois platanes, devant la villa.

Ensuite, il y avait la grande salle du rez-de-chaussée et ses meubles noirs et lourds. Cette sobre pièce où nous dînions les soirs d’orage.
Au-dessus de la cheminée en granite, un drôle de tableau marin, dont les principaux éléments étaient en relief. Des bateaux. Une étoile de mer.
Le vieil escalier noir. Au mur, de drôles d’instruments en métal dont on ne savait plus très bien à quoi ils avaient pu servir.
On devinait qu’ils n’avaient pas toujours été ces bibelots suspendus.

À l’étage, un vieux berceau.
Et puis, les « chambres du bout » avec leurs mezzanines poussiéreuses.
De l’autre côté, la tour. La tour, c’était autre chose.
Tout en haut, la chambre ronde des grands-parents où l’on ne s’aventurait qu’une fois l’an.
Le bureau circulaire et la petite cuisine attenante.
Le balcon, surtout.
C’était à cet endroit précis que l’on reprenait possession des lieux, en regardant au loin.
On voyait toute la baie, d’ici.
Le fort de Socoa. La pointe Sainte-Barbe.
L’océan assagi qui perçait les digues.
Au premier plan, la piscine.
Le laurier-rose et la petite chapelle au fond du jardin.
Derrière la haie de sapins, les stèles du cimetière marin.

Non, ce n’était pas seulement là-haut que cela se produisait.
C’était plutôt un ensemble d’étapes, un parcours illogique, déterminé par les impulsions du cœur.
C’était ainsi qu’on parviendrait à effacer la présence des locataires précédents. De ces intrus inconcevables. Il fallait aussi que ce nouvel été trouvé sa place dans la chaîne des « Saint-Jean-de-Luz ».

La chapelle, il fallait l’explorer. Voir si rien n’avait changé.
Quand un objet apparaissait, ou qu’un autre disparaissait, cela nous déconcertait li nous fallait alors un temps d’ajustement.
Où était le plongeoir vert auquel nous avions songé toute l’année ?
Il n’y avait plus de plongeoir.
Nos rêves avaient pris du retard sur la réalité.
Ce tour du locataire permettait de renouer avec les lieux tels qu’ils étaient devenus.

La chapelle, donc. Il fallait saisir la corde râpeuse de la cloche et la faire sonner.
Peut-être était-ce dans le petit local sombre derrière la piscine que je passé lâchait enfin prise ?
C’était peut-être ce rien qu’on était sûr d’y trouver qui rendait les étés commensurables.
Ou bien était-ce sur le balcon de derrière, où il fallait aller voir si les raisins étaient mûrs,
Où il fallait aller grimacer parce qu’ils étaient encore trop acides ?

Stéphanie Morel


L’itinéraire du bena silu

Il pleut dans mon cœur des libertés torrentielles
Mes espoirs fermés dans le poing comptent une marche de trois siècles

J’ai marché depuis le cèdre jusqu’à l’hysope
le temps avait l’épaisseur d’une feuille
J’ai marché dans l’esprit des djinns
dans l’esprit des foulques et des tonnerres
sur la route les pierres se nourrissaient de soleils et de pluies
J’ai marché depuis Kongo dia Ntotila
Jusqu’à l’intermittent c lin d’œil de nation et d’agonie
Ma terre fut un grimoire
un podzol de mémoire rugueuse comme le gypse
Nous fûmes le chant des arcatures de l’ombre
la dilection au cœur des éclipses et des fraternités

Et nous avons survécu à la traversée des insolences…

Je suis l’estuaire d’où le fleuve vient féconder des soleils levants
J’ordonne à mes vieilles inflammations zostériennes
érigées péri l de l’âme sur la trajectoire des lunes
J’ordonne au passé fermé à double tours dans les serrures de l’oubli
J’ordonne une nouvelle posture de sa lut et d’imputrescibles rêves

Rêve une trompette d’argent sur la crinière des bignonias
Rêve qui trémousse dans la pâleur de l’aube comme la cervoise
Rêve une cargaison de libertés soldées au prix d’une trahison
un tourniquet de matin herpétique

Les oiseaux voyagent dans leur chant
comme les fleuves voyagent dans les veines des continents
Les chênes voyagent cris de noctules à fleur de branches
des crépuscules éclatés Jusqu’à la sudation de l’aube
Nos souvenirs voyagent depuis le cierge Jusqu’à la flamme des âges d’or

J’ordonne que le pays soit !
J’ordonne que mon pays se lève et marche !
J’ordonne à mes insurrections inachevées
un destin qui culmine dans la fraîcheur de la rosée…

Laurent Malanda


Aux lunatiques

Il faudra
-souvent
Épier l’eucharistie
Attendre                      que la cerise pâlisse
et que la nuit
soit parée pour le viol

Alors,
seulement,
on gravira la marelle
en fusée ou d’un seul pied
Puis,
on arrachera
– peut-être –
le caillou
à cette peau de fusain

Car on voudrait la croquer, cette       pomme-de-ciel
Ouvrir grand la bouche, l’accueillir,
à la façon d’une Ève,
d’une panthère nébuleuse
ou d’on ne sait quoi
qui chercherait
là-haut
ce qu’il y a dans le miel

Juliette Perrin-Chevreul

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