Palmarès 2012


201 poèmes reçus, 5 poèmes primés

Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université
Marc DURAIN, pour Eléments d’habitation du 93

Prix de l’U.F.R. de Langue française
Nathalie DE BIASI, pour Ostie (10 août .8)

Prix du Service Culturel
Alexis ROSIER, pour Midi

Prix de la Francophonie
remis par l’Agence Universitaire de la Francophonie
Mohamed Walid BOUCHAKOUR (Algérie), pour Le Bourdon

Prix de La Traductière
Friederike HAERTER, pour Une Ville allemande

Eléments d’habitation du 93

Le ciel a aspiré toute la couleur
de la zone. On peut le photographier,
tantôt rose et tantôt bleu –
sur la zone entièrement grise.
On y vient par le grincement
d’un train – ou d’un autre ;
Je suis d’ailleurs en pleine refonte
dans le calcul de mes trajets.
L’arbre maigre, et le pot renversé sont à la zone ;
les moments de pluie sont à elle, les trottoirs luisants des retours
et l’épingle du chemin habituel –
un chantier désert en réduit de beaucoup la largeur.
Au soleil, dans l’hiver profond,
dans la caverne de l’hiver, je renouvelle l’air de la chambre
par -5° (environ), les dix minutes nécessaires
L’hiver aux pieds.
Aux murs sont affichés des papiers périmés,
empreintes
de mes pas jusqu’ici, images diverses
et tickets retenus par des aimants. –
Plus sûrs
que mon cœur, les éléments d’habitation, plus sûrs probablement
que mon cœur,
le poste de radio, le poste de télévision,
le meuble de bibliothèque où ton étagère
déborde… Debout
ils veillent
dans les couleurs changeantes du ciel
que je photographie, tantôt
rose et tantôt – orange
depuis la fenêtre de ma petite chambre
sur la zone entièrement grise.

Marc DURAIN
Prix Lionel Ray, prix de la Présidence


Ostie (10 août .8)

J’attends, demain
nous allons au vieux port

I

Quatre cent pas sur le palier
imitation marbre, je fais
passer le temps comme je peux
tandis que la corde raidit..
Je la veille depuis
[combien de temps
Elle est pendue dans l’escalier
ta chère tendre bien aimée
Il est cinq heures du matin
la nuit traîne – j’attends,
je pianote un requiem
quelconque sur les barreaux.
Et la cage est pleine d’écho.
Je dors sous la fenêtre, les yeux
bien ouverts, tout ouvert
je ne vois pas la nuit passer
Je récite des phrases, les déforme
à l’image de mes heures— il faut
voir la ville et mourir
Tout n’est que ruines noir brut
et blanches comme une
carte postale à 40 c.-
Et rien ne tombe
Je pense à vous
les ongles sur mon visage
je fais de l’archéologie
Je descends par les escaliers
plus lentement qu’un cauchemar
rasant les murs des trois étages

(Non, il n’y a plus personne)
— dehors
les grilles font des diphtéries
aux bouches de métro
Je voudrais partir
loin de toi– fuir
tu m’en voudras

II

Je cours sur des flaques de pierre – le vent
passant attise en moi le désir du désert
Je ne supporte plus – cette nuit
les stries des deux pièces
qui rayent mes dents
les cigales et leurs
élégies lancinantes
la chaleur, la chaleur accablante
Je voudrais
m’en aller
voir la mer
mourir
Cassé — Je marche dans les boutiques en ruines
sous le soleil cru, sur les mosaïques s’écaillant
des figures noires anthropomorphiques fuient
comme des poissons sur les tessons blancs

Blancs, autrefois blancs-
nous étions autrefois blancs-
le soleil grave ton alliance dans ma peau-
Passant j’apprends des langues étrangères
les sarcophages mangent la chair
là, le corps disparaît
je voudrais-
haïr Rome-
et te voir-

(Passant donne ta main
décomposée je voudrais
la baiser déposer les
poids de mes lèvres
en obole cracher
le cœur de ma gorge
âme sœur presse-moi
vers Ostie presse-moi
presse-moi que je meure)

III

« Il n’y a plus de mer »

Nathalie DE BIASI
Prix de l’UFR de Langue Française


Midi

midi liqueurs de soleil

dans le bain de la sieste
en l’ombre
comme sur une île

quand le vent secoue les olives

les chaises ont des poses d’insectes

la tasse du sommeil est sur la table en fer forgé
en face de la femme au sourire flou
mémoire aux cheveux rares
et d’air

dans la cour intime
les voiles de linge au vent se balancent

pavillons fantômes

les pieds dans les sources du ciel
bercé par la houle du pastis
et le sel pétille au vent

elle chasse le soleil
comme un puceron

noir

songeant l’été sur le dos d’une coccinelle
la robe à trous d’une coccinelle
songeant que l’été

s’endort

Alexis ROSIER
Prix du Service Culturel


Le Bourdon

Un bourdon s’escrime à farfouiller maladroitement dans une fleur jaune. Plus haut une montagne avec des arbres en rangs serrés. Derrière, des maisons. Et dans ces maisons des enfants, des parents, des moutons. Des enfants des parents des moutons… Bien trop nombreux. Bien trop nombreux aussi les arbres, les fleurs, les bourdons et les opinions. Trop de marches nuptiales et de danses funèbres, trop d’herbes protéiformes et d’arbres soi-disant centenaires. Tout un monde fatigué de possibles qui marchent, qui grouillent, qui rampent, qui poussent, qui tombent… et qui n’ont pas d’avenir.

Seuls sont vrais le ciel et la mer. Seuls sont heureux l’oiseau quittant sa branche et le poisson sans mémoire. Le reste est une illusion proliférante que le temps oubliera. Le reste c’est nous, Miracle de la nature. Tu parles!

Mohamed Walid BOUCHAKOUR
Prix de l’Agence Universitaire de la Francophonie


Une Ville allemande

Berceau brisé de l’Est
Cet étang de pâturages
D’une étendue d’à peine trois pas
Ce sont des cendres, du terne

Puis

De nouveaux murs à peinture rouge
Ville à souliers abîmés
Un pas dehors
Etait déjà un sans abri

Tu n’as pas
Le blanc des plages baltiques
Ni le trouble berlinois

Seulement
Du jamais entendu
Et
Des chemins à dalles
Jusqu’aux douanes
Où à chaque passage
Tu vends un trait de ton visage

Friederike HAERTER
Prix de la Traductière

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *