Palmarès 2011

147 poèmes reçus, 5 poèmes primés

Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université
Juliette PICQUIER, pour Walden

Prix de l’U.F.R. de Langue française
Thomas MORISSET, pour Un Dimanche

Prix du Service Culturel
Yann OMBROUCK, pour Décharge

Prix de la Francophonie
remis par l’Agence Universitaire de la Francophonie
Claire SCHAFFER, pour Page 34

Prix de La Traductière
Imen GMAR, pour Les Couleurs de la raison


Walden

« Eh bien, après cette dissertation sur Racine, ce supplice sur Ronsard,
cette étude sur Sophocle, j’écrirai : des lettres, de la prose et des poèmes,
vers la fin de la semaine ; je dois me montrer stoïque jusque là ».

Sylvia Plath

Cette haleine de ville fend mon oeil comme un fruit –
je devine son manège, ses pupilles grosses entre deux paupières chauves
où devrais-je être pour ne pas être touchée ?

Voici la foule et son sable est cette petite douleur grinçante
une gencive crue et dure de la dent prête à mordre –
je voudrais que mon gros crâne soit ce galet poli vu sur le sol.

L’étreinte est un poumon qui m’étouffe. Tiède comme une plaie.
Je suis laide comme un gros homme – obscène
cette ville ou mon corps rasé.

Grasse et lourde la terre qui cernera mes yeux avec son goût de fer –
un murmure de morte déjà dans ces jours raides.
Devenir un feuillage vert – cette mort est-ce bien la mienne ?

Juliette PICQUIER


Un dimanche

Extermination 1

Les cloches ne sonnent plus depuis longtemps,
couvertes par le roulement d’une mer
de noms et de frottements.

La Transe

Il faut verser dans une clepsydre
le nombre de larmes qui peuvent couler en une journée,
que la marée devienne inexorable

Extermination 2

Je hais les dimanches,
leur écharpe d’ennui,
quand personne n’est là
pour clamer avec moi
ce débris de prière.

Le chœur

« Laissez nous sommeiller dans le déluge !
Laissez nous refroidir nos cellules
dans la sueur de nos draps ;
nous ne voulons plus en recouvrir nos têtes
et claudiquer d’une main à une autre.

Nous voulons la quiétude du monstre
qui nage dans les abysses,
ses écailles translucides
et son front luminifère.»

*

La Transe

Par les chemins et par les grèves, j’aurais à hurler
une litanie de noms,
à fendre des yeux pour faire de la divination,
à frotter des silex dans les champs – juste pour me souvenir
de la fin du monde.

Extermination 1

Mais dans ces jours gris
on dépasse toujours la fin du monde ;
pas de déluge !  Pas de peste !
L’horrible confort
de l’engourdissement.

Thomas MORISSET


Décharge
Leçon d’électrostatique sous forme de prière : cas du baiser sur escalator

Electron libre et statique,
Chante pour moi, Séraphique,
En suivant bien la rainure
De l’escalier mécanique.

Notre Fer…

Le métal froid contre la peau
Fait frissonner les enfants
Qui dans leurs jeux si beaux
Voient une mâchoire de géant.

Un ours-chien décidé
Vous bouscule en Passant
Vite ! A terre ! De côté !
– Il est inoxydable.

… Qui êtes aux cieux …

Mon toit est une feuille de zinc
Qui présente toutes les couleurs.
D’un gris bleu aux quelques tâches noires
Il nous laisse parfois du jaune ou bien du vert.

C’est qu’il craint le temps, malgré sa patine
– Et des lamelles de rouille
Soutiennent ses gouttières, dont dégoulinent
Les soudures qui brillent.

****

Les miennes sont striées
Et quand je monte avec elle
Je gagne en fusion conductrice
Ses lèvres de cuivre.

Yann OMBROUCK


PAGE 34

Miettes dans mon lit, tombées de mon livre, me démangent –c’est la page trente-quatre. Ces bribes croustillantes s’installent dans mon nombril, ma moustache et ma rêverie ; mon repos est l’otage de l’histoire inachevée. Ivre de tisane, je compte et recompte une trentaine de moutons dactylographiés, insomniaques qui broutent le noir. – bêêê ! – bêêê !
Des bêlements m’envahissent – bêêê ! – bêêê ! –bêêê ! – bêêê !
Ils réclament la suite.
J’ouvre alors le bouquin, relâche la page trente-cinq, secoue la couette et récupère mon imagination –livrée enfin à la lune, qui ferme et ce chapitre et mes yeux.

Claire SCHAFFER


Les Couleurs de la raison

Ici les bords sont pourris
cris d’enfants
eaux troublées

Un peu plus loin
le turquoise rafraîchit l’esprit agressé

Mais encore plus loin, vers les profondeurs
là où passent quelques ombres paisibles – isolées

le bleu sombre des eaux met de l’âge dans les jeunes idées.

Imen GMAR

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