Palmarès 2009

70 poèmes reçus, 4 poèmes primés
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Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université
Laurent BERNAL pour La Nuit
(CAPES de Lettres modernes à l’université Paris-Sorbonne)
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Prix de l’U.F.R. de Langue française
Loïc BONIMARE pour L’Île
(CAPES de Lettres modernes à l’université Paris-Sorbonne)
*

Prix du Service Culturel
Julie RAMAGE pour Blues for Little Charlie
(Master de Lettres, Arts et Pensée Contemporaine à l’Université Paris-Diderot)
*

Prix de La Traductière
Jean-François CAPARROY pour Tu ne crois plus en la mort
(Doctorat de Littérature comparée à l’Université Paris-Sorbonne)


La nuit

La nuit, la pleine nuit a gagné les toits
puis les jardins ont pris la couleur de la suie.
Dans le silence et l’ombre,
les contours des choses sont leur substance sombre,
qui toutes se taisent,
mais je rêve qu’elles parlent dans le bruissement des branches.
Par la fenêtre, tu regardes trembler le temps.
À l’intérieur : la chambre, où le bureau accueille la poussière,
où le lit pèse les draps froissés.
Oui, tout se tait, mais les brèches du silence
filtrent un murmure répété, souffle sans voix, parole d’un faible souffle,
agitation secrète de qui dévore l’ombre.

Laurent Bernal


L’Île

Une torpeur bleutée
s’est abattue sur vos paupières.
Elle vous recouvre aussitôt
d’une écume fraîche et désolée,
vous recouvre et vous absorbe.
Dans un demi-sommeil sans issue
vous devinez la perle des perles,
entre deux courants,
qui coule à pic au fond des temps.

Sur le récif
des galets sauvages
écorchent les genoux des enfants
dont la peau ruisselle d’algues fines.
Vous savez maintenant
qu’ils plongent sous les rochers,
qu’ils chassent les crabes d’argent,
se crient des devinettes
et ne remontent jamais.

L’île se referme en mugissant
s’effondrant dans le silence.

Des cavernes se creusent
propices aux mensonges

où se cachent les oubliés
tous les navires qu’on a perdus.

Vous entendez le peuple des abysses
chanter en chœur
un chant
brisé.

Sable brut om miroite le quartz,
un souvenir vous monte dans la gorge ;
et tout le verre pilé
des rêves qu’on n’a pas faits
se répand en crissant
de la benne céleste.

Un très vieux jusant vous perce tendrement.
Sa voix vous entraîne et vous réchauffe le sang.

À la fin de cette histoire
vous êtes la mer sans vague
qui meurt sous le soleil,
disparaissant
dans le ciel bleu.

Loïc Bonimare


Blues for little Charlie

Tu m’as promis une chose impossible
Le bruit de la neige sans la neige
L’odeur de la terre sans la terre
Une peau d’ocre et une croix de fer
Et le bruissement infini d’une absence de nuit

Tu m’as promis une chose impossible
Deux ailes de colombes arrachées et clouées
Au pied de la Cité au pied de la falaise
Sept villes de pierre et d’ocre pourrissant
Et la mort d’une fillette si elle venait à naître

Tu m’as promis une chose impossible
Babel rugissant à mes pieds
Babel rougissant en mon sein
Babel en miettes Babel éclose à toutes les lèvres
Mes mains sur tes mains des cercles de silence
Des cercles de ficelles
Des cercles tracés par mes doigts sur la terre
Dans la poussière des cercles de sorcière.

Tu m’as promis une chose impossible
Et mes mains sur tes mains ne disent rien.
Mes mains sur tes mains ne te quittent pas
Ni des yeux ni du monde
Mes mains sur tes mains ne disent rien
Ce sont des mains d’amante.

Tu m’as promis une chose impossible
Et mes mains sur tes mains te sculptent à force de caresses
Et mes mains sur tes mains chassent toutes les promesses
Elles chassent le mystère elles chassent l’incréé
Elles ne disent pas la femme-montagne
La femme-déesse ni la peau d’âne
Mes mains sur tes mains laissent tout échapper
Ce sont des mains de folles.

Tu m’as promis une chose impossible
Et mes mains sur tes mains te regardent partir
Elles ne retiennent ni le bruit de la pluie ni l’odeur de la nuit

Ni les cachettes secrètes aux creux des draps souillés
Ni l’esquisse patiente de tes lèvres au matin
Elles ignorent les baisers elles ignorent les serments
Elles ignorent les danses folles aux creux des rues le soir

Tu m’as promis une chose impossible
Et mes mains sur tes mains te regardent partir.

Julie Ramage


Tu ne crois plus en la mort

Tu ne crois plus en la mort

Tu ne crois plus au temps

Ce temps dispersé
Que ton corps sans mémoire
Ne saurait joindre

Mais tu rêves d’un homme solaire
Capable d’étendre ses rayons
Par delà le jour

Tu rêves d’un homme
Plus présent que les pierres
Et insensible au miroir changeant des songes

Tu parles d’un homme rivière et oiseau tout à la fois

Un homme pour qui les clartés du ciel et de l’air
Seront le seuil
La porte accueillante de l’oubli

Et dans la vaste demeure sans bruits
Il trouvera l’eau fraîche dans la cruche de terre
Et la couche propre où laisser son corps
Le temps du repos

Jean-François Capparoy

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