Palmarès 2008

54 poèmes reçus, 4 poèmes primés


Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université

Lise FAVARD

1ère année de Master en littérature française et comparée à l’Université Paris-Sorbonne

pour Le Jour par les blessures

de toutes parts gisait le ciel
ce seul mot de vivre
débordait le monde.

parcourus de cris
l’aube sous l’encore-noir
déferle
brûlante et pour qui
renaître est sans mesure.

un espace d’oiseaux, de silence
d’arbres sans nombre
figure ce cœur
figure ta chair telle qu’elle déchire
l’horizon de mort.

tu désirais l’ombre
criblée d’éclairs
le jour à même
les cheveux ivres.

tes blessures
connaissent
l’impossible sang
dont vivre est le seuil
à jamais vierge.


Prix de l’U.F.R. de Langue française

Virginie Sauzon

Master 1 Lettres Modernes à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne

pour Poématique

N’écrire qu’aux absents.
Je t’implore donc de revenir,
et de revenir prestement.
Bruyamment.
Vite.
Les gens te réclament, et tu réclames un seul être,
dans ta complainte d’amant tu t’es perdu.
Mais Orphée Ô l’impatient, si tu ne t’étais pas retourné
au lieu du passé, c’est l’avenir que tu aurais pu chanter.
Le temps des cerises a depuis quelques comptes à régler.

Car c’est béton, acier, asphalte,
c’est bitume, goudron, ciment,
et fumée,
La moderne musique
des muses prêtes à t’engendrer.
Tu te refuses soudain
à renaître en personne
mais ceux qui te portent en eux n’ont pas ta voix claire et limpide
la leur se perd,
se perd loin,
loin dans le vide
car quel écho permet une avenue ?
Ton nom se perd dans
les gares
les carrefours
les banlieues
le métro même t’engloutit au lieu de te faire résonner.
Et retarde ta venue.
C’est qu’on t’attend, Orphée, non à l’Olympe rayonnant
aux bannières dorées et aux palais bariolés.
De pied ferme, Orphée, ils sont tant à t’attendre
à vouloir te maudire.

Mais encore hier je t’ai entendu
difficile, aux portes closes, de t’écouter
souffle court, haletant, voix brisée  :
tu étais un, tu étais cent, tu étais des milliers
et grouillait d’un pas alerte entre le sable et les pavés.

Oui mais
à tant te disperser ta voix se perd dans les huées.
Dans les foules anonymes,
je suis dans les rues, je t’entends trébucher
Premier visage
mais déjà tu es derrière et autre tu me croises
Deuxième visage
je tente de te rattraper
mais déjà tu es loin et

Troisième visage
tu reviens tout à côté
autre forme je te saisis mais je vais m’épuiser
Millième visage
déjà sur le sol moi,
car seul, tombé
avec eux tous
seule
je suis tombée.
Où recules-tu, Orphée, où vas-tu encore te cacher ?
Les gens t’attendent, lèvres liées.
Tu recules, tu angoisses, mais c’est bientôt terminé.

Tu disais je voudrais pas crever
alors attends encore
tu n’as que trop peu goûté la mort
elle a le goût de nos vies
alors,
si le printemps refleurit
oublie le soleil, oublie le ciel
et les enfers imaginés
oublie le spleen, le loin, et l’infini.
reviens chez nous, et restes-y.

Puisque depuis longtemps déjà on a tondu tes muses
(où étais-tu ?)
et qu’au printemps, dit-on, les poètes sont de sortie…
(où seras-tu ?)
Bourgeonne donc, Orphée, et si tu l’oses,
(le feras-tu ?)
Ne pardonne pas ceci.


Prix du Service Culturel

Bastien SCHNEIDER

Etudiant ERASMUS à l’Université Paris-Sorbonne

pour La Ménagerie de silence

Les débuts infinis dorment dans les pierres
Ils ne font aucun bruit alors que la vie
Chante sa sourde berceuse d’hier

Elle couvre les galets
Avec de la poussière,
Elle tranche la graine du temps
Avec sa voix de sable.
Elle cache ses enfants se réveillant
Derrière ses lèvres
Elle retient les mots tremblants.

Les pierres en restent fermées  :
Rien ne va commencer,
Rien que le retour de jours inexprimés.


Prix de La Traductière

Lucie DOUBLET

Agrégation de philosophie à l’Université Panthéon-Sorbonne

pour Surface

Surface

D’eau plate métallique

Rayon blanc cru vertical
Plein fouet sur le mur de béton nu

Perpendiculaire

Barre d’ombre
Un pilier de fer

Clinquant du pont horizontal

Coupe nette

La plaque exposée face
Rectangle mat et solaire
Juxtaposition de cadres stricts

Absolument vifs

Vision plaquée

Tout réverbère le zénith brut de lumière

Tout est muet comme un cri total

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