Palmarès 2006

4 poèmes primés


Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université

Perrine ABLAIN

pour Ailleurs

La nuit
jette sur le jardin la sève
des couleurs oubliées
Tu reste sur le seuil
à regarder les arbres
les racines bleues du soir
Dans tes yeux une barque
se détache, elle emporte
la cendre
et les débris du ciel
Tu n’as pas fui le vide
Tu connais le silence
Et tu sais que les pierres
demeurent sans lumière
Tu as longtemps cherché
ce lieu
où l’éclair s’éternise
où le vent est un songe
qui trouble l’eau dormante
où les chemins de terre
ne mènent jamais ailleurs
et se rejoignent toujours
aux rivages de l’être

Tu l’as cherché en vain
ce lieu où l’ombre
a un autre visage
Tu appartiens au gouffre
et au sable fuyant.


Prix de l’UFR de Langue française

Maha BEN ABDELADHIM

pour Cinéma de l’aventure

Et tous les oiseaux décharnés qui battent dans ton cœur sans arbres
Alors m’allongeant dans le mot « toujours » je vois tressaillir l’étoile, si tu savais combien me manquent tes silences
Le soleil qui a changé de parcours, l’insecte, hors d’haleine vers ce qu’il y a après une nuit
Toutes ces villes où tu as perdu la couleur de tes yeux
Vieille capitale
Nos désirs par les rues sous la pluie
Que diras-tu une fois face au miroir brisé,
ouvert en quatre.
Il n’y a plus que les coquelicots
Près de la fumée froide de ta cigarette j’ai appris à dormir
Passent encore des trains, une mouette vaine, enfants dans la poussière
Plus que jamais nous étions ensemble à l’aéroport de Carthage
Deux millions d’habitants
Mon corps est absent, il est intouchable
Dans le noir je sais encore trouver la boîte de Lexomil
Tu veux voir mes ongles dis-tu
Non je ne les ai pas laissés pousser
Les amis partent pour la même ville
Reste toi dans les cinémas de l’avenue
Enveloppé dans ton écharpe orange
Ils te demanderont
Le film a commencé il est interdit de fumer le café est ouvert il y a des places c’est permis aux enfants
Tu répondras oui et non et venez avec moi je crois peut-être voyons je ne sais pas et parfois tu regarderas pour eux les horaires et les tarifs et la météo et il pleuvra sur le bout des tes doigts qui chercheront une courbe obscure
Je n’ai plus de vos nouvelles depuis des mois
Vos sorts, je les ai confiés au ciel, soleil, vent, nuages épars
Depuis que l’ange dort dans mon poème
Le scorpion boit toute la lumière
Et marche avec ses mains maladroites vers une autre liberté qui se souvient


Prix de La Traductière

Christopher BOUIX

pour L’autre – celui qui, si proche

I

l’autre – celui qui, si proche et déjà ce cri,
l’image du cri, l’aube,
reste
le regard cherche la panse
battue – le corps et jusqu’à terre dénoué, quelle réalité
aura été la notre, qui se fragmenterait (le parfum, comme le silence, d’une rose)  : l’infinité vers le ventre rouge

II

le plein mûrissement ; comme une pierre
le fruit, ininterrompu,
foyer muet d’un feu jailli – main tremblante de saveurs à venir

ouverte sur
ce qui reste tu

III

le pas se brise comme un voile, le regard –
j’avance à travers ces murs, le bras que tu lançais, le sein ; verrais-je ce monde se rompre au faîte
de son accompli, riche de toute chose, et de lui-même

j’avance, et porte
dans le matin de la parole
la ruche alourdie du poème mûri


Prix du Service Culturel Des Etudiants

Grzegorz PAWLAK

Les astres roulent le silence
Des creux du ciel effacé
Jusqu’à tes yeux mi-clos

J’entends déjà les remous de l’aube
Glisser un peu d’enfance
Dans tes sourires, et sous tes gestes,
Dédiée, la grâce d’un arbrisseau.

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