Palmarès 2005

4 poèmes primés


Prix Lionel RAY, Prix du Président de l’Université

Cathia CHABRE

Licence de Lettres Modernes à l’Université de Paris IV- Sorbonne

pour Sous le signe…

Sous le signe ton nom
Un bras pendu à un corps
Enchaîné par des fleurs jaunies

Sous ton cil            une paupière
Qui n’est pas à toi
Et qui garde en elle le secret de sa transparence

Sous la feuille        ta sève
L’encre de ta plume est malade
Comme si l’écriture penchée reflétait ta chute

Une ombre par hasard passe sur l’eau
Ouvre l’œil absent de l’homme ébloui
Sous ton arbre     une pierre

Jamais visage dans la boue n’a été aussi blanc
Rien qu’un os de toi répond au ciel
Sous la terre       ta planche

Tu sens parfois quelque voix humide
Couler dans ta nuit inconsciente
Les coups t’atteignent toujours
Mais quel est ton mal, aujourd’hui ?

Sous ta peu         un sanglot


Prix de l’UFR de Langue française

Nicholas GIGUERE

1er cycle de Lettres/sciences humaines à l’Université de Sherbrooke au Canada

pour Terre d’ici

Nous sommes nés dans un pays presque nu, avare de toute imagination, vidé d’encre et de couleurs

On nous a remis dans les mains les outils pour bâtir notre nouveau monde  : pelles, pioches, torches, ciment, béton, chaises électriques

On nous a demandé de construire, de bâtir, de détruire ce qui était vieux, d’égratigner et d’érafler, mais de toujours aller plus loin et plus haut, de briser le ciel, s’il fallait le faire et si c’était possible

Depuis ce temps, le silence est notre parole ; nous parlons d’absence

Nous ne sommes presque plus là, ombres menaçantes et artistiques presque peintes sur le mur

Nous avons grandi en nous cachant sous les grandes jupes et en taisant à jamais forces, iris, ibis, voies lactées, grandes voiles dehors, drapeaux au vent, cavernes vertigineuses, lumières du jour, crécelles, serpentins, tous les malheurs et toutes les morts qui étaient en nous

Les mots, en nous, se comptent par torrents et par chutes

Ils prennent de la place, se bousculent, se chamaillent, tirent les ailes des oiseaux de l’intérieur, marchent sur tous les mauvais chemins, plongent dans tous les ravins

Ils s’incrustent et s’empoussièrent

Et lorsque nous regardons l’horizon, au loin, parfois, lors des journées sans ciel, nous apercevons les eaux de toutes les chutes bouger en une frénésie invisible, en un vacarme inaudible, scier le bois en deux parties égales, arracher toutes les portes des maisons, emmener l’inhumain là où personne ne peut le connaître

C’est alors que nous espérons qu’un jour, la parole nous sera donnée et que dès lors, nous ne pourrons plus nous taire


Prix de La Traductière

Maha BEN ABDELADHIM

DEA de Langue française à l’Université de Paris IV- Sorbonne

pour Arrêt de bus

Dans le désir natté
Du dernier lit,
Tu ne me reconnaîtras pas
Tu planteras ronces et
Cyclamens
Et iras attendre le bus jaune
Avec le soleil infaillible
Et l’essaim de voyageurs
Dans les fossés
Tu regarderas mes mains
Mes yeux
Tu auras une seconde pour te souvenir
Et tu ne reconnaîtras rien
Je n’aurai ni parfum
Ni pots de fleurs à ma fenêtre
Tu rejoindras ces hommes seuls
Qui rôdent immenses et secs
Comme des dépôts déserts
Et moi
Sphinge osseuse
Dans l’ombre verte de la ville
Ecervelée
Je crie l’auspice
Devançant corbeaux et papillons
Tremblante
Dans le drap humide
Du baiser
Dans la doublure
Du dernier linceul
Pourquoi craindre encore la foudre de ton regard absent ?


Prix du Service Culturel Des Etudiants

Nathalie PERRIER

Agrégation de Lettres Classiques à l’Université de Paris IV- Sorbonne

pour Entre chien et loup

Les arbres des causses sont couverts de cendres. Tout s’enfonce lourdement dans la suie. Fin de journée, fin de l’incendie diurne qui embrase la vie tous les jours.

Instant chancelant,
la nuit n’est pas encore là,
hésitation prolongée.

Le vent s’est tu avec les hommes. Qui a fait taire l’autre ? Quand les hommes sont rentrés, on entendait la seule conversation du vent. Prétention qui ne pouvait durer. Et ce fut un silence venté avant le silence du vent.

Voici qu’a décru le jour
et avec lui ma prétention à tout connaître.
La nuit désormais m’apprend la confiance.
lieux que je ne vois plus,
lieux présents pourtant.
Alors prête me voilà à accueillir
au coucher du soleil
au lever de l’invisible.

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