Palmarès 2004

4 poèmes primés


Prix de la Présidence

Edith VANEL

pour Oblivion

Oubli oubli pendule de terre

entre les deux rives éclaircies par l’obscur
oubli qui manges la pierrailles de mon cœur
oubli qui me laisses les ombres
le poids des pierres et des fleurs envasées

oubli seul suspendu à des chaînes de noms
au fond d’espaces trop vastes où
des hauts immeubles s’enfoncent dans leur ciel blanc
oubli où j’ai perdu les noms que je te donnais

portail obscur, chiffrage de fer et d’enluminures
là-bas où des genoux se cognent et s’entremêlent immobiles
assis aux pieds des immeubles yeux grands
ouverts de faim fixant les Blancs qui passent

oubli seul
oubli blanc
en forme de ciel ouvert
bouche abîme de nos doigts de nos cris
oubli vieux
comme mon âge inassouvi de racines
où j’ai roulé tous mes dessins
les noms de coquillages en fleur
les sourires des disparus

oubli
mes doigts te tissent
une natte dure obstinée
depuis les cris du soleil blanc
les pas de la terre aveugle
l’odeur de poussière

l’orbe de ton nom
a entouré mes mondes
je l’ai coulée
en lunes saturniennes

oblivion
danse en accordéon
de nos cordes de souffle
de ce qui se vide et s’emplit
dans nos tambours en peau

rassemble les rythmes et les souffles
de ce moment-là balancé
entre ici et toujours
toi qui informes son ombre

dans ta danse-mémoire
en musique
inoubliée


Prix de l’UFR de Langue française

Romain LECLER

pour Lundi, dimanche.

A / Non, ne m’embrasse pas comme ça.
Je veux tes lèvres les yeux ouverts.
N / Elle mit deux doigts sur ses paupières, et trois baisers sur sa joue gauche.
B / Encore un.
A / Ne me regarde pas, regarde derrière.
B / Hardi.
N / Leur amour n’est plus aveugle à l’hallali des apparences.
A / Regarde loin derrière, à travers moi.
Ferme-t-on les yeux pour se moucher ?
Si tu vois au travers, tu sauras que peut-être je ne suis pas transparente.
B / Je ne suis pas à la hauteur.
A / Tu mas coupé la langue.
N / La langue coule entre deux orteils.
B / Le pétale d’une fleur carnivore.
Il y plonge sa main jusqu’au coude.
En retire son cœur et six mille poignards de soie.
A / Des pelotes de veines enroulées dans les tapis de paille.
N / Les fils de la tapisserie.
Pour que le rossignol chante.


Prix de La Traductière

Caroline HATEM

La pâleur de tes joues aux matins froids
me parle quand je t’embrasse des montagnes de jade
qui portèrent nos parents et firent chuter
des corps de terrasse en terrasse –
Le long des siècles tristes à l’odeur de jasmin.

C’est là-haut que je veux te rejoindre,
Sur cet autel sobre qu’est le sommet du pays.

Comme un linceul, la pâleur de tes joues
m’apprend qu’on a pris ma terre
et qu’à cet autel, à cette dalle d’ermite
que rongent les herbes inquiètes,
Tes lèvres de silence mourront sur mes mains.

Tu vas, debout devant les pins qui soufflent,
me dire alors que tu seras
de nos parents l’hôte unique, le messager,
Le détenteur

Et ta foi nocturne et blanche
scellera mes yeux, mes flancs, mes robes de pluie
pour que je ne croie, aveuglement,
que le soupir des tuiles et des arcades
A l’aube qui nous unit.


Prix du Service Culturel Des Etudiants

Marie-Hortense LACROIX

pour Equateur

Vastes vergers clairs pressés par le soleil
L’odeur de la terre contre le bleu sans brume
Vapeur trouble enveloppant les arbres et les fruits
Comme une grande sœur

Équateur

Auréole de lumière tombée un peu bas
Perdue par je ne sais qui
Anneau divin moite de chaleur
Jonché d’enfants et de fruits écrasés

Gigantesque crevasse qui fend
En deux terres et océans
Ce gouffre m’attire

Là-bas sont les couleurs
Lumière universelle

Là-bas les arbres vivent et les gens parfois meurent

Parfois ce n’est qu’une simple insolation
Isolation
Désolement
Squelettique esseulage
Vieillisoir pour gens aisés

Et tout au fond du ciel
Le Zénith insomniaque compte les satellites

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