Palmarès 2003

4 poèmes primés


Prix de la Présidence

Simon DIARD 

pour De pièce en pièces

Bougie à la langue
Des porches

Des porches visités
Sans fin
Car il était là
Peut-être

Peut-être là croupissant dans le méandre sec
Marécage sec
Solitude

Solitude innée
Oubliée dessous
Toute dessous

Ensevelie

Toute
Brillante
De haine compagne

Quelque chose de fin et de brutal

Une tendresse dont nul ne sait se faire l’apôtre
Une souffrance qui a la pudeur d’être muette

L’un
L’ange a dit je t’aime-il mentait

L’un
Est parti sans se retourner sans revenir sur ses pas

L’hôte avait un sourire trop exigeant
On ne blâme pas les senteurs noires des jardins et pourtant
Tant d’amours y ont échoué comme des poulpes
(tout cela est inutile et ne porte pas de nom)

les horizons s’arrêtent – à ses pieds de vengeur
et quelque part un homme jouit
sans dériver dans les plis d’une aube éteinte

joie de n’être pas rompu aux sortilèges
joie de revenir de la lucidité

vous ne croyez à rien – cessez
cessez ces visages qui disent oui sans y songer
rien
n’est possible sans lui qui dort
qui dort

la parole est une argile qui coule et défigure
ta voix est méandre où se perdre
tes mots sont leur propre mensonge
et la pluie m’a touché les os.


Prix de l’UFR de Langue française

Alexis VILLAIN

L’ombre
Cachée
En ses yeux
Ne trouve plus
D’écho
Dans ce monde
Incrusté
De lui-même

Elle
L’orante désolée
La bouche sans parole
Béant
Comme gouffre
En pleine lumière

La sans cesse disparue
S’abîmant
Au regard
D’une femme
Qui d’elle emporte
Presque tout

-Comme
Si
Sa beauté
Passait
Dans le visage
D’une autre


Prix de La Traductière

Amélie PERRIER

Celui qui est assis au bord de lui même
Partira en voyage
Qui sait si comme Ulysse il se retrouvera au même point
Avec un autre visage qui sera son visage
Vois comme il court après lui-même sans jamais s’atteindre
Qu’il attende encore un peu
Qu’il dorme au milieu de l’âge
Qu’il ne craigne ni la vieillesse qui passera ni la jeunesse qui est passée
Oh il connaîtrait tout son poids s’il voulait bien savoir
Mais il est pris de vertige le cosmopolite
Il se devance et ne se conquiert point
Nul n’a été élevé si près de l’étrangeté
Il n’a pas voulu la métamorphose
Oh comme le nostalgique doit courber la figure
Puisque toujours il frôle la séparation.


Prix du service de l’Action culturelle et des Associations

Déborah HEISSLER

Mon enfant                 des étoffes d’acier tendre                  défilent
En bandes larges
Incendiant son visage            je me suis arrêtée
J’ai regardé les grands arbres devant nous
Ecouté le froissement            du vent
Dans l’intervalle                                  des rameaux noirs

Un tableau ? Non
Aucun

Eparpillés des mots d’abîme d’espace en espace
Des prénoms qui me viennent à l’esprit
Parce qu’il fait froid sans doute

J’imagine cette moisson de cendre chaude

Martin Gertrude Hans et Henri
Les noces de Paul et Jeanne
Des flocons agglomérés
Sur leurs yeux
Clos Comme ils sont beaux

Ai-je pensé

Délicatement la main blonde
D’une jeune femme
Pressée sur la cloison d’une vitre

L’allégresse des fumées
Rousses s’élevant
Haut et loin
Au-dessus des quais

Peu de chose en fait rien
Qui ne puisse être dit
On déserte le compartiment
Les wagons lents

L’œil est fantasque le langage pénétrable

Comme emprunt de
Légèreté

Deleatur

Quelqu’un chantonne

En yiddish
La prière des morts

 

 

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