Clérambard

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C’est avec la fameuse pièce de Marcel Aymé jouée pour la première fois en 1950 au théâtre des Champs-Elysées, que Jean-Philippe Daguerre à choisi de mettre en scène le caractère burlesque de la scène théâtrale. Cette pièce c’est Clérambard, ou l’histoire d’une riche famille au nom illustre qui va troquer sa mondanité contre la foi.

Tout ce cheminement débute avec une vision du comte de Clérambard, celle de saint François d’Assise lui offrant le récit de sa vie. Accablé de dettes, ce comte aigri, autoritaire et insensé va changer du tout au tout, entrainant avec lui une épouse affligée, un fils misérable et une belle-mère sarcastique.

Parallèlement à l’état financier des Clérambard, la pièce m’a finalement semblé très pauvre. La scénographie s’est révélée très modeste, sans doute à cause de la petitesse de la scène, et malgré cela, certains éléments ne s’y accordaient pas. Deux chaises, un tableau d’ancêtre et deux pulls rouges de part et d’autre, dont la présence ne semblait pas en adéquation avec l’ambiance globale de la scène. Ces pulls se sont relevés n’être qu’une anecdote de début de pièce indiquant que la famille tricote pour réussir à gagner de l’argent, et permettant l’introduction du personnage de La Langouste, jeune prostituée dont le fils est amoureux.

Les costumes étaient peu esthétiques, à l’exemple de celui de la comtesse ressemblant moins à une aristocrate qu’à une provinciale, ou à l’habit de moine donnant l’impression d’un déguisement.

De plus, les interventions sonores n’étaient pas toujours heureuses, je pense notamment à l’apparition de saint François dont la voix était relayée par une enceinte ou aux chants d’oiseaux lors des visions surnaturelles du comte.

En d’autres termes, tout est fait de manière à ce que le caractère caricatural de l’histoire devienne le point central de la pièce. Ceci étant largement accentué par le jeu des acteurs. Les traits sont forcés, les élocutions, ainsi que la gestuelle sur scène. On nous expose d’ailleurs des éléments invisibles et surnaturels tranchant avec une certaine illusion du réel que l’on retrouve dans l’art théâtral. En fait, quasiment tout relève de l’exagération. D’ailleurs, le caractère loufoque de certains personnages est magistralement interprété par Flore Vannier-Moreau dans le rôle de La Langouste et Franck Desmedt dans le rôle du comte. Deux personnages totalement atypiques et opposés. D’une part une charmante prostituée au franc parlé, de l’autre un orgueilleux qui deviendra modeste et pieux croyant.

En conséquence, cette pièce relève vraiment d’une volonté comique, presque grotesque de la mise en scène. Chaque élément de l’histoire apparait comme anecdotique face à la conversion de la famille à la foi et à la pauvreté. Un mariage arrangé avec une jeune fille laide, un père infidèle ou le meurtre d’une araignée. Tout cela n’est qu’élément de drôlerie pour mener le spectateur à entrer dans la personnalité saugrenue des Clérambard, finissants par échanger leurs biens contre une roulote pour vivre de charité et d’aumône.

Laura Wagner

Le 16 novembre au Théâtre 13 était joué Clérambard, mis en scène par Daguerre. Pièce méconnue d’Aymé alors qu’il fut une des plus belles plumes du XXème siècle.

C’est inquiet que je suis parti assister à la représentation. Subventionnée par la mairie de Paris, conseillée par Télérama, j’avais un a priori négatif sur la pièce.

Ma joie fut inversement proportionnelle à ma crainte : Clérambard est un chef d’œuvre.

Le français est soigné, les personnages remarquables, le jeu d’acteur coruscant.

Le discours du Comte (Franck Desmedt) est disert, vif, passionné, plein d’alacrité et d’ardeur, d’une énergie et d’une exaltation folles. Cette pièce ne manque pas de répliques teintées d’humour, à aucun moment l’ennui ne se fait sentir.

La noble famille de Clérambard est ruinée. Mais le tyrannique Comte refuse de vendre la demeure familiale quatre fois centenaire et fait travailler fils, femme et marâtre. Il souhaite conserver cette maison qui inscrit sa famille dans la pierre, la durée, la lignée, l’héritage et dans l’histoire de France.

Dans une apparition miraculeuse, il rencontre saint François d’Assise qui lui remet un ouvrage sur sa vie. De tueur de chien – pour le plaisir et pour se nourrir – le Comte va devenir protecteur des arachnides. Il se lance avec éloquence dans un éloge de la pauvreté, dans un hymne au détachement des biens.

Le Comte est excessif en tout mais sa conversion n’est pas caricaturale : il connaît le doute dans la foi et la faiblesse de la volonté par rapport aux tentations. Il est « terrassé par le démon de la concupiscence ».

Il a compris que la sainteté consiste également à se soucier de la sainteté des autres, il secoue sa famille avec une charité musclée.

Ratzinger explique que la conversion change la nature des êtres. Il semblerait que celle du Comte soit superficielle : son caractère dictatorial – à prendre unilatéralement des décisions qui concernent sa famille – n’est pas atténué par sa conversion, il passe d’un excès à l’autre alors que la vertu est entre deux vices antagonistes.

Il confond pauvreté évangélique, entendue comme une disposition d’âme, avec pauvreté matérielle au point d’avoir pour dessein de vivre d’aumône, entraînant sa famille dans une roulotte. Il ne suit pas son devoir d’état, nonobstant cet avertissement du curé « il n’est pas sage de faire vœu de pauvreté quand on a la charge d’une famille ».

Sans le sous, la Comtesse consent à marier son fils à une laide roturière contre la promesse d’une dot généreuse. Le Comte lui préfère une prostituée. Cette pièce est pétrie d’Ecriture, la prostituée promise à son fils devient, dans la bouche du Comte, une « princesse du ciel, promise au Ciel », ce qui est une référence à Mattieu 21:31. Il la dit si pleine d’humilité (l’antichambre de toutes les vertus) que son fils ne la mérite pas.

Le saint n’a pas sa tête dans un vitrail ; il est vitrail et transmet une lumière qui témoigne d’un au-delà.

En 1h40 le Comte nous fait vivre cet au-delà.

Pierre-Hugues Barre

Le comte de Clérambard, noble désargenté, fait travailler sans relâche sa famille afin de rétablir sa situation ou tout au mieux pour éviter de tomber dans le dénuement complet et signer la chute irrévocable de l’auguste famille. C’est un homme brutal, tueur sadique d’animaux au cœur sec et à la langue fourchue. Il brutalise ses proches et plus particulièrement son fils en qui il fondait tous ses espoirs de gloire retrouvée et qui n’est finalement qu’un benêt incapable de coudre convenablement aux côtés de sa mère et de sa grand-mère maternelle, belle-mère du comte. Le curé du village propose à Madame la Comtesse un mariage de convenance entre son fils et la fille pour le moins ingrate et néanmoins richement dotée d’un « obscur » commerçant nouveau riche, Maître Galuchon. Pendant ce temps, le comte disparaît de scène et en profite pour assouvir ses pulsions morbides en tuant le chien du curé. Néanmoins, le chien réapparaît plein de vie à son maître, croyant à une mauvaise plaisanterie de son hôte, et là débute la transformation radicale du comte. Dès lors intervient sur scène une apparition divine, celle de saint François d’Assise, ami et sauveur des bêtes, adorateur de la Création divine, qui exhorte le comte à le prendre en exemple en lui transmettant « l’édition du Ciel », l’ouvrage qui conte son saint parcours de vie. Le comte de Clérambard va alors exhorter sa famille à l’humilité, à une vie de rien et promettre son fils à la prostituée du village, condamnant son nom au déshonneur.

Le jeu théâtral est poussé à l’extrême, les acteurs jurent, se frappent, se touchent, s’écrient. Tout est à découvert, nu et grotesque. C’est une fiction qui prend pied dans le réel avec certains moments surréalistes comme l’apparition de saint François ou bien encore quand la grand-mère Clérambard retrouve par miracle l’usage de ses jambes, miracle qui annonce la fin de la pièce. L’ultra surréaliste prend place à l’intérieur de scènes domestiques banales, grivoises et triviales. Ce théâtre en annuaire permet d’apprécier complètement, sans obstacle, tous les moments de la pièce en permettant ainsi au spectateur, comme évoqué précédemment, de participer réellement à la pièce. La représentation dépouillée use d’un langage cru, de réactions humaines, de l’avachissement des personnages dans leur rôle social : on assiste à une authentique peinture de genre qui fait rire aux éclats le spectateur. La pièce est grinçante et déclenche un rire franc presque choqué de ce qui vient d’être crié et interprété sur scène. L’irrespect et l’irrévérence sert le divertissement du spectateur qui profite jusqu’à la fin de la profonde et très imparfaite humanité que porte et met en exergue cette pièce dite du « théâtre classique » et qui est finalement des plus moderne.

Elisa Rouzes

Un illuminé de Dieu : ainsi peut-on définir le comte de Clérambart, depuis que saint François d’Assise lui est apparu pour l’inciter à la bonté envers les animaux. Clérambart devient aussi despotique dans la défense de son nouvel idéal qu’il se montrait auparavant sadique pour les animaux comme pour les hommes. C’est cette comédie satirique de Marcel Aymé que Jean-Philippe Daguerre met en scène au Théâtre 13. Clérambart fit un petit scandale lors de sa première représentation à la Comédie-Française en 1950, et pour cause : Marcel Aymé y présente une vision assez iconoclaste de la religion, et y brosse une satire caustique de toutes les strates de la société, de l’aristocrate à la prostituée en passant par l’épicier.

Les spectateurs rient, évidemment, en regardant Clérambart, mais, si Marcel Aymé fait intervenir quelques scènes de gros rires lors de la rencontre entre l’épicier et la Langouste, la prostituée locale, le comique de la pièce ne s’y limite heureusement pas ; le jeu extrêmement expressif – à outrance, parfois – des acteurs aide à souligner surtout le comique de caractère des personnages créés par Marcel Aymé.

Il serait facile pourtant de faire une lecture superficielle de Clérambart ; Jean-Philippe Daguerre ne tombe pas dans ce piège, puisque sa mise en scène ne se contente pas de faire ressortir le comique des personnages – ou des situations créées par leurs extravagances ; au contraire, les acteurs ont réussi la difficile performance de révéler le véritable caractère et les vraies motivations des personnages, au sein d’un univers perpétuellement balancé entre le miracle et la folie. Nul doute qu’ils aient ainsi été fidèles à l’esprit de la pièce telle que l’entendait Marcel Aymé.

En effet, l’ambivalence de cette œuvre tient au fait que, même si l’on a affaire à des « types » – l’aristocrate, l’épicier, la prostituée, qui se repèrent facilement à leur costume très connoté – les personnages sont plus travaillés qu’on pourrait le croire au premier abord. C’est pourquoi, par exemple, le personnage de Clérambart n’est pas rendu risible ; même dans sa despotique ardeur de nouveau converti, il lui reste juste ce qu’il faut de l’ancienne dignité de l’aristocrate, nuancée toutefois par un enthousiasme qui, au-delà de ses aspects comiques, nous pousse à nous demander si Marcel Aymé n’a pas voulu, à travers Clérambart, faire surtout l’éloge d’une foi plus passionnée, plus spontanée. Ainsi, étonnamment, c’est le curé qui, dans cette œuvre, tient le rôle du « raisonneur » : lui seul reste aveugle à la vision finale de saint François d’Assise, qui jette tous les personnages présents – sauf lui – à genoux. On voit, dès lors, pourquoi cette œuvre a pu être perçue comme une attaque indirecte contre l’Église. Sans aller jusque là, on peut du moins y voir une critique de ceux qui se reposent sur une institution en excluant cet enthousiasme et cette relation personnelle à Dieu qui, si l’on en croit Marcel Aymé, constitue la distinction fondamentale entre le bigot et le saint.

Claire de Mareschal

C’est dans un petit théâtre perdu entre quelques tours du XIIIème arrondissement que se joue actuellement Clérambard, la célèbre oeuvre de Marcel Aymé mise en scène par Jean-Philippe Daguerre. Une petite salle intimiste pour accueillir cette oeuvre d’un humour noir, parfois grinçant, qui nous laisse sur une bonne note et permet de découvrir Marcel Aymé comme il se doit si ce n’était pas déjà le cas. Le comte de Clérambard est un homme désabusé, cynique, renfermé et étouffé par les dettes. Il en est réduit à faire manger à sa famille du chat — qu’il prend un malin plaisir à tuer — et à tricoter des pull-overs qu’il vend pour sauver les murs de la demeure familiale, non sans un certain orgueil

pour ses origines. Véritable tyran envers sa famille, bourreau sadique pour les animaux, il change du tout au tout le jour où il pense voir l’apparition de saint François d’Assise. Il se met dès lors à imposer la sainteté à sa famille entrainant dans les méandres des quiproquos et des incidents le futur mariage de son fils. Le décor, sobre, pour mieux mettre en valeur le texte de Marcel Aymé, détone avec la mise en scène électrique au service du jeu des acteurs, survolé par Flore Vannier-Moreau dans le rôle de la Langouste qui nous éblouie par sa fraicheur. On pardonne les longueurs du début de la pièce après s’être laissé porté par l’histoire et l’humour noir de Marcel Aymé, n’épargnant pas les rires du public. Si la fin peut paraitre un peu abrupt et loufoque, la pièce pose néanmoins quelques réflexions sous couvert de cynisme et d’un ton satirique sur la religion, l’orgueil, et même l’amour. Mais pour le découvrir, il faut se rendre sans hésitation au Théâtre 13 avant le 23 décembre.

Audrey Mascleph

Sacré Clérambard !

Le Comte de Clérambard est un être vil, fourbe et cruel qui tue des animaux pour son propre plaisir et qui règne sur sa famille comme un despote sur ses sujets. Après avoir étranglé le chien du curé, lui apparait saint François d’Assise qui lui impose d’aimer son prochain sans exception. Cette crise mystique bouleverse les relations familiales car celui-ci se met dans la tête d’imposer à tous sa sainteté.

Ce postulat de départ permet par la suite de déployer un véritable tourbillon d’humour noir, de quiproquos et de comédie qui porte un regard acide mais toujours universel sur les mœurs de la société. L’ouverture de cette pièce réjouissante, Clérambard, présente un décor simple mais d’époque. Les principaux comédiens comme des esclaves tricotent en rang des gilets destinés à nourrir la famille qui malgré son rang de noblesse est ruinée. En arrière-plan trône le portrait de la descendance familiale comme une relique des bonnes conventions et d’une morale qui va disparaitre.

Cette pièce peu jouée écrite par Marcel Aymé mérite d’être redécouverte en se rendant jusqu’au 23 décembre au Théâtre 13. La troupe s’en donne à cœur joie où chacun joue sa partition à travers cette œuvre satirique, drôle et cruelle qui entraine le public dans un véritable plaisir communicatif.

Le jeu des comédiens qui sont excellents dans leurs rôles, permet de transmettre de véritables émotions qui peuvent passer du rire le plus franc à un humour noir. Les scènes de vaudeville notamment emmenées par la figure de l’amant, du curé et de la prostituée « La langouste », permet aux comédiens de jouer avec ces stéréotypes pour le bonheur du public qui suit ces péripéties loufoques. La transformation du Comte envers ses proches peut se lire comme une leçon d’humilité et d’honnêteté qui se tourne vers les marginaux et les oubliés préférant marier son incapable de fils à une prostituée plutôt qu’à une fille de la haute bourgeoisie. Le spectateur rit jaune et prend un véritable plaisir pendant 1h40 à balayer les faux-semblants et les conventions pour mieux prendre le parti des Clérambard.

Le but étant de délivrer le message critique de Marcel Aymé envers une certaine hypocrisie sociale qui se légitime sous couvert d’une fausse religion mondaine. Seul le curé reste hermétique au miracle qui finalement se produit et qui voit un des personnages resté cloué dans un fauteuil se mettre à marcher. L’auteur prend donc le parti de saint François d’Assise pour mieux porter sa satire contre une société matérialiste en manque de foi et de probité sous couvert de respectabilité.

Ce spectacle file à toute allure avec deux simples changements de décors pour marquer les césures mais le spectateur ne décroche pas une seconde tant le style parfois cru de l’auteur est approprié et magnifié par les comédiens. Il faut donc se précipiter voir cette pièce pour passer un très bon moment, mais aussi le temps d’une soirée, rire des travers universels à toutes sociétés.

Adrien BAGET
Categories: Théâtre, Théâtre 13

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