China Moses

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La chanteuse jazz China Moses présente son nouvel album, Breaking Point, pour la pénultième soirée du festival « Jazz à Saint-Germain-des-Prés » dans l’historique amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Elle est entourée de quatre musiciens : Luigi Grasso au saxophone, Daniel Adebugbe au piano, Marcus Mcneish à la basse et Emmanuel Antwi à la batterie.

Née aux Etats-Unis, elle monte sur scène comme dans un show à l’américaine. Elle se filme elle-même entrant sous les applaudissements du public grâce à une perche à selfie. Elle est habillée avec des bottes hautes et une robe rayée noir et argent et s’adresse immédiatement au public de manière affectée. Son exubérance qui nous renvoie (en tant que Français ?) à un sentiment de superficialité agace d’emblée. Ce qui n’empêche pas son spectacle d’être attachant et de receler des originalités sympathiques. Dès la fin du premier morceau, China Moses présente ses musiciens en chantant.

Elle parle à son public régulièrement entre les chansons, comme les grandes jazzwomen qu’elle admire, et c’est forcément appréciable. Son interprétation en revanche, juste mais toujours surjouée, échoue à émouvoir. Heureusement, les musiciens ont la simplicité qui lui manque pour nous offrir une musique sincère qui régale les oreilles par la douceur et la chaleur de ses mélodies. Ils sont jeunes, ne se prennent pas au sérieux et forment une vraie équipe cohérente, semblant les différents organes d’un même corps. Aucun ne cherche à ramener la couverture à lui, au contraire chacun ouvre des questions pour permettre à un autre de mieux répondre. Lors d’un précieux interlude, un dialogue amusant a lieu entre le synthétiseur imitant le timbre du saxophone et le « vrai » saxophone. Pour la chanson Whenever, dans laquelle la chanteuse évoque les inévitables mots qui blessent prononcés aux gens qu’on aime sous la colère, Luigi Grasso nous régale au saxophone baryton avec un son d’une limpidité remarquable, dépourvu de la moindre aspérité qui écorcherait l’oreille, et hisse la ballade vers un sommet de douceur mélancolique très émouvante. C’est l’acmé mélodique du spectacle, qui dérive ensuite vers des pièces plus rythmiques, et toujours plus de gesticulations de China Moses, qui finissent pas lasser. En somme donc, un spectacle où on cesse vite d’écouter la chanteuse pour se régaler de ses talentueux musiciens !

Florine Le Bris

China Moses est une chanteuse française originaire des États-Unis, fille du réalisateur américain Gilbert Moses et de la chanteuse de jazz américaine Dee Dee Bridgewater. China évolue dans un univers de jazz, soul et de swing, avec au fil de sa carrières des aventures artistiques dans le rap et le r’n’b. En 1997, elle sort son premier album à l’âge de seulement 19 ans, suivit depuis par quatre autres opus, et plusieurs participations avec notamment Diam’s, Raphaël Lemonnier et André Manoukian. China Moses est en parallèle animatrice et chroniqueuse (MTV France, Jazz Radio, le Grand Journal…).

Le spectacle s’est déroulé à la Sorbonne dans le cadre de l’édition 2016 du Festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés Paris, qui comme son nom l’indique c’est à nouveau déroulé cette année dans des lieux historiques du quartier Saint-Germain (Odéon, Musée de Cluny, Lucernaire, église Saint-Germain-des-Prés…).

La prestation de China Moses prend place dans le prestigieux amphithéâtre Richelieu de la Nouvelle Sorbonne, plus habitué aux leçons universitaires qu’aux concerts de jazz. Les musiciens de China se serrent sur la petite scène de l’amphithéâtre autour de leurs instruments : un saxophone, une basse, une batterie et un beau piano. L’entrée de la chanteuse suffit à rapidement dissiper la solennité des lieux. Visage rayonnant, grand sourire, beauté, élégance et prestance naturelle, allure et tenue ultra-sensuelles : ce n’est certes pas un professeur d’université qui vient de pénétrer l’amphithéâtre Richelieu, mais de toute évidence une très belle femme habituée à la magie des concerts de jazz, dont le charisme réchauffe l’amphithéâtre et emporte l’ardeur du public, de toute façon déjà largement convaincu.

La voix est suave, sensuelle et chaude, typiquement soul. La diva offre en exclusivité à son public parisien la primeur de plusieurs chansons de son futur album (sortie le 15 octobre), qui alterne les titres rythmés laissant la part belle à son énergie débordante, aux fameux solos de chaque musicien, et les morceaux plus intimes de confidences. Et la chanteuse française aime parler et échanger longuement entre les chansons – de son propre aveux- n’hésitant pas à s’asseoir parmi son public, son beau sourire toujours irradiant. China Moses chante l’amour, comme la plupart des chanteurs, mais l’amour de « torch song ». Des histoires passionnelles, mélancoliques, pénibles, impossibles, ratées, imaginées, bref des histoires d’amour, un style particulier où excelle par exemple un certain Sinatra. Trop court, le concert s’achève dans un dernier rappel et une ultime chanson soule, avant que les lumières ne rappellent au public qu’il vient de passer 1h30 sur les bancs de cours de la Sorbonne.

Jean-Charles Foucrier

Dans le cadre du festival Jazz à Saint-Germain et à l’occasion de la sortie de son nouvel album, China Moses, a donné le lundi 30 mai un concert dans l’Amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Le choix du lieu m’a paru a priori singulier pour ce type de musique, car juste quelques mois plus tôt, le Petit Chœur de la Sorbonne interprétait sur la même scène des musiques nordiques dans une ambiance très intime et feutrée. L’énergie et le swing de China Moses me semblait peu adapté au cadre et pourtant ce fut avec un immense plaisir que j’ai réalisé que l’amphithéâtre pouvait aussi bien se métamorphoser en véritable boîte de jazz. La disposition scénique, sans véritable démarcation entre la scène et le public, convenait parfaitement à China Moses qui joue beaucoup avec son public, lui raconte des anecdotes et des histoires à dormir debout. La chanteuse pouvait se mouvoir à travers la salle, s’asseoir facilement avec le public et ainsi instaurer un lien fort avec lui.

C’est cet échange constant avec le public qui m’a particulièrement touché, car aucune chanson n’était laissée au hasard : toutes avaient un sens et une histoire. Contrairement à ses précédents albums, China a décidé de ne plus faire de reprises mais de laisser parler sa créativité. Nous avons donc pu entendre des compositions originales, variées, créées en collaboration avec le chanteur londonien Craig David. L’effectif est simple mais efficace : une batterie, une basse, un piano et un saxophone, tous les instruments réunis pour mettre en place un groove épatant. Mon seul regret fut finalement que nous n’ayons pas pu nous lever et danser pour en profiter.

Le style de ce nouvel album se trouve à la frontière entre Jazz, Blues et RnB et China Moses jongle avec brio entre ces différentes influences. Au cours de son concert elle a même interprété du Janis Joplin ce qui rend encore une fois son style inclassable. Malgré son timbre et sa puissance vocale, la chanteuse ne tombe jamais dans de la pure démonstration, elle sait se mettre en retrait pour donner du sens au texte mais aussi pour laisser ses musiciens improviser et s’exprimer eux-aussi. On a pu regretter l’absence d’improvisation de sa part, et surtout le caractère un peu trop encadré de sa prestation qui tranche avec son apparente excentricité. Toujours est-il que l’énergie de China Moses a fait trembler les murs de l’Université Paris- Sorbonne pour notre plus grand plaisir.

Léo Guillou-Kérédan

Nous voilà dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne pour assister à un nouveau concert : celui de la chanteuse China Moses, dans le cadre du festival de jazz de Saint Germain des Prés. Un homme présente le festival et la chanteuse avant qu’elle n’entre sur scène. Après qu’il ait fini de parler, China Moses apparaît, pétillante et charmeuse dans sa robe pailletée à grosses rayures noires et argentées et ses bottes montantes. Elle se filme avec son smartphone monté sur une perche à selfie, ce qui nous donne une drôle d’impression, mais qui reste sympathique. Elle est accompagnée d’un guitariste, d’un saxophoniste, d’un batteur et d’un claviériste. Elle salue le public en souriant et entame sa première chanson : Whatever. Sa voix chaleureuse et enveloppante nous accueille pour un voyage dans les nouvelles contrées féminines du jazz. Entre les chansons, elle parle de sa vie. Elle nous raconte l’histoire d’une femme croisée au bar de son hôtel un soir, et à qui elle avait déclaré l’admiration qu’elle avait pour sa beauté et, étrangement, pour sa taille, qui, pour China Moses, semble pouvoir être un facteur d’invincibilité. Elle-même n’est pas très grande, même perchée sur des talons de huit centimètres, mais elle demeure très respectable, et la beauté de sa voix ne s’en trouve pas diminuée. C’est ce qu’elle comprendra plus tard, que le physique ne fait pas tout et qu’elle peut « break my bonds » comme elle dit dans la chanson suivante. Oui, n’importe qui le peut. Elle enchaîne avec un autre sujet sensible : l’alcool. Faisant semblant d’avoir un peu abusé de la boisson, elle titube d’un bout à l’autre de la scène avec les lunettes du guitariste sur le nez, hilare, tout en chantant, toujours en anglais, les mérites, ou non, de l’alcool. Survoltée, elle nous explique ensuite comment elle en est venue à finalement composer elle-même un album qui au départ ne devait être qu’un album de reprises ; et enchaîne avec la reprise d’une chanson de Janis Joplin, une femme, qu’elle nous dit admirer beaucoup.

Puis, toujours dans son élan, la chanteuse entame une tirade sur les surnoms des instruments. En effet, elle dit avoir l’habitude de donner des surnoms plus ou moins évocateurs aux instruments joués par les musiciens qui l’accompagnent. Le public rit. Elle nous dédie ensuite une chanson, à nous, son public. Elle est reconnaissante et semble rayonner de partager ce soir ses chansons avec nous.

Après ça, c’est reparti, et elle prend pour sujet un autre mal : l’addiction. Dans son cas à elle, l’addiction à la nicotine. Et oui, chacun ses défauts, assume-t-elle avant d’entamer son chant d’un air mélancolique et résigné.

Finalement, elle nous présente son avant-dernière chanson, dont le refrain, « Runnin’, runnin’… » semble exprimer son envie d’évasion, ainsi que son tempérament qui semble être insaisissable et insoumis. Déçus d’être si vite abandonnés par l’énergie et la bonne humeur de la jazzwoman, nous la rappelons à coups d’applaudissements et de bravo, et elle revient en trombe pour nous interpréter un dernier morceau, la chanson « des meufs en colère », une main sur la hanche. On avait oublié de le préciser, mais China Moses a non seulement le groove dans la voix, mais aussi dans le corps. Elle n’a pas manqué d’accompagner chacune de ses chansons de chorégraphies enjouées de chanteuse survoltée.

Avant de partir, elle filme une dernière fois la salle avec son téléphone, nous lance un énième « Thank you, I love ou guys », puis quitte la scène, laissant dans l’atmosphère un air d’entrain et de bonne humeur ambiante dont nous espérons qu’il ne va pas nous quitter tout de suite.

Lola Niedermayer

Autant le dire toute suite, on a l’impression que la ville entière s’est déplacée jusque dans l’amphithéâtre Richelieu pour le “show” de China Moses, dans cette auguste salle où tous les âges sont venus pour avoir la primeur du prochain album de la chanteuse jazz-soul américaine francophone.

Comment décrire pour commencer son arrivée flamboyante sur scène, dans une robe scintillante avec l’ensemble des musiciens, et les premiers accents d’une voix puissante et chaude qui toute la soirée, accompagnera le spectateur dans la découverte de ses nouvelles créations, en lui contant avec à propos et charme la genèse, déchirante ou comique, de chansons dont les thèmes font apparaître une grande sensibilité et une humilité qui a partie liée avec l’auto-dérision la plus enthousiasmante. Où l’on sent et ressent, surtout, un optimisme et une passion de vivre rares, débordants sans jamais verser dans le ridicule.

Dès le début, on est entraîné par un swing divin, par une maîtrise vocale incroyable et surtout une énergie qui confère à son show un magnétisme rare, qui emporte toute la salle en un claquement de doigts. Du début à la fin, l’américaine jouera de sa sensualité, sans jamais franchir la ligne rouge de la vulgarité, avec au contraire une grâce d’autant plus phénoménale qu’elle nous parle, sur le ton de la confidence, d’une chanson dont l’idée est venue de la rencontre avec une femme magnifique, dans un bar, que China Moses nous avoue avoir jalousé. Mariant avec bonheur le jazz et la soul, bien sûr, mais également le RnB et le gospel, China Moses qui règne, littéralement, telle une lionne sur des musiciens dont elle laisse néanmoins éclater tout le talent (dans des solos de piano et de saxophone magistraux), a composé pour eux avec le réalisateur anglais Anthon Marshall des pièces où chaque instrument donne le meilleur de lui-même, dans une ambiance qui confine tantôt au cabaret, tantôt au club des années folles ou cinquante, tantôt au stade qu’inonde sa tessiture majestueuse. Et, par une ruse dont on se frotte les yeux, l’amphithéâtre se prête remarquablement au jeu avec une acoustique très satisfaisante. Après un rappel enflammé, on en ressort avec une pêche formidable, et il est vrai, un peu fatigué d’avoir tant frappé des mains pour accompagner une artiste qu’on peut décemment qualifier de légende vivante ; qui non content, et c’est l’essentiel, de ressusciter les très riches heures du jazz, relève le pari, pour reprendre les termes d’André Manoukian à son égard, de “ramasser les flèches lancées par les anciens, pour les lancer plus loin”, ce qui assurément le plus fascinant des hommages.

Martin Chevallier

La rencontre de la diva et du cardinal.

Pour interpréter en avant-première la sortie (le 15 octobre) de son sixième album, composé avec Anthony Marshall, “Breaking Point”, Mrs. Moses ne choisit pas n’importe quel endroit ! Le spectateur entre rue de la Sorbonne. Passe devant la chapelle dans la cour d’honneur. Patiente quelques minutes dans la galerie qui a pris des allures de vestibule et pénètre dans la grande salle ronde à gradin de l’amphithéâtre Richelieu. Sur la scène, un saxophone, une batterie, un piano et un micro ont pris la place des habituels professeurs de lettres. L’effet de l’éclairage tamisé et de l’imagination nous transporte alors dans un de ces vieux cabarets jazz tout droit sortis de L.A. confidential.

S’ensuit l’entrée des artistes. Luigi Grasso (saxophoniste et directeur musical de China) suivi de three young british who just crossed the English Channel: Daniel Adekugbe (piano), Marcus McNeish (basse) and Emmanuel Antwi (batterie).

Puis la diva du jazz arrive, souriante, pour exposer toute la palette de son talent. Elle le rappelle en guise d’entracte, ce qu’elle admirait chez ses idoles du jazz c’était leur sens du spectacle. Au-delà du spectacle c’est une histoire que China a racontée ce soir au fil des morceaux.

Le swing est d’abord léger pour mettre tout le monde dans le tempo avec une chanson qui raconte le problème quotidien de la surconnexion aux réseaux sociaux et l’envie de China d’être “disconnected”. Puis le rythme de la soirée s’accélère sous les coups appuyés de la batterie. Le public clap their hands et répond aux “Hey ! Ho!” lancés. China prévient alors de “Watch out” à ce qu’on fait lors des sorties comme celles-ci qui peuvent être un peu trop arrosées. L’attention du public captée, elle profite alors d’une balade romantique façon cool jazz pour faire passer un message : l’essentielle réside dans l’amour. Mais elle avertit ensuite que les histoires d’amour peuvent finir mal et conclue lors d’une engueulade arrivée au cours d’une rupture “Whatever”. Mrs Moses chante aussi ses moments d’énervements passagers. Par exemple la colère qu’elle éprouve contre elle-même lorsqu’elle jalouse cette jolie fille qui entre dans le bar et l’efface un peu en s’asseyant à côté d’elle. A ce moment, la voie se renforce et dévoile sa puissance dans”Breaking point”. Mais le coeur reprend toujours le dessus. Et, après quelques verres, de “téquila” partagés avec cette rivale d’un soir devenue copine, China se sent “Hung over”. Ce qui n’est pas sans faire marrer les quatre compères en arrière-plan qui suivent les titubations de la chanteuse sur scène avec leurs instruments. Retour à la sobriété, avec un hommage à Janis Joplin dont elle est une fan. Puis un autre à “Mister Big” (surnom donné à la grosse caisse) et “Berry” (le saxophone), les deux instruments chanceux qui ont droit à un morceau sensuel. Pour indiquer qu’il va, malheureusement, bientôt falloir se quitter, “Lobby Call” témoigne de la vie d’artiste dans laquelle, passant d’une scène à une autre, on a à peine le temps de se saluer que l’on repart déjà. La relation de confiance installée, China finit par nous confesser son “Addiction” à la nicotine…. Ce n’est rien China, la voix reste intacte. Les applaudissements du public forcent le quintet à revenir pour une dernière musique dans laquelle, heureusement pour nous, China indique ne pas vouloir s’arrêter de “Running”.

Le spectacle est à l’image de l’artiste : passionné. China prend le temps de rencontrer son public, raconter ses anecdotes pour expliquer ses inspirations et mettre ses partenaires en valeur. Chaque chanson possède son identité et son timbre de voix. Les styles se mélangent renvoyant à toutes les écoles du jazz et incorporant des tendances soul, funk, hip hop, reggae… Les quatre complices ont également eu l’occasion de faire état de leur talent lors des solos de saxophone, piano, batterie et basses qui ont entrecoupé les morceaux.

Robin Bouvier
Photo : Sylvain Norget
Categories: Archives, Concert, Sorbonne