Carnets de voyage

Concert symphonique | Salle Pleyel | En savoir plus


Dimanche 25 mars, à 16 heures, la Salle Pleyel a présenté le concert «  Carnets de voyage », joué par l’orchestre national d’Ile de France et dirigé par le chef Ion Marin. Le carnet  a été composé de trois pièces : le Concerto pour violon ré majeur op. 77  de Johannes Brahams et deux œuvres de Felix Mendelssohn, L’ouverture en si mineur de Les Hebrides  et la Symphonie n. 4 en la majeur, dite « Italienne », op. 90.   
Le choix des pièces reflète un projet centré sur l’idée du voyage comme source d’inspiration pour les compositeurs romantiques allemands du XIX siècle.  Cette thématique se trouve liée à une nouvelle définition de l’éducation pendant le XIX siecle qui retrouve une étape fondamentale dans le parcours du Grand Tour autour de l’Europe pour compléter la formation des jeunes fils de la noblesse et haute bourgeoisie européenne, et notamment en Italie, comme le démontre la quatrième symphonie de Mendelssohn nomme l’Italienne .

L’idée du voyage représente aussi l’impact de la nature sur la sensibilité purement romantique des deux auteurs, notamment dans  l’extrait de Les Hébrides, où nous pouvons entendre le son des ondes qui frappent les falaises des îles du nord de l’Ecosse. Cette œuvre  composée par le jeune Mendelssohn à la suite d’ un voyage au Royaume Uni à l’âge de vingt ans, rappelle toute la poésie d’une ballade romantique dans le sous-titre « La Grotte de Fingal ».

La direction du chef Ion Marin a été extrêmement agréable. Ce célèbre chef d’orchestre d’origine roumaine a commencé ses études au Conservatoire George Enescu de Bucarest, avant de partir pour Salzbourg étudier au Mozarteum, puis à l’Académie Chiggiana de Sienne. Durant ces années, il a travaillé avec Carlo Zecchi, Franco Ferrara et Sandor Vegh. Il a bénéficié également des conseils de Herbert von Karajan et de Carlos Kleiber.

Le concert de Brahms a été joue vertueusement par le violon Stradivarius de Yossif Ivanov, né en 1986 à Anvers, dans une famille de mélomanes. Elève de Igor Oistrakh, il détient maintenant la chaire de plus jeune professeur du Conservatoire Royale de Bruxelles.  L’exécution de cette œuvre, réputée de nos jours pour être l’un des plus difficiles concerts, conçu par Brahms pour et avec son ami violoniste virtuose Joseph Joachim, a été très passionnante, surtout dans les quelques passages difficiles du troisième mouvement. En conclusion, après les très nombreux applaudissements, Yossiv Ivanof a offert à son public un petit caprice de Paganini comme bis. – Giulia Chiappino


Ce fut un beau jour de soleil et de chaleur où les foules se précipitaient par centaines dans la fraîcheur et l’obscurité qui régnaient dans la salle Pleyel, salle de concert parisienne de longue tradition et de grande gloire. Une fois de plus, les grands amateurs et connaisseurs de la musique classique s’y réunissaient pour voir et écouter jouer des musiciens professionnels et formidables.

Ce dimanche après midi, l’Orchestre National d’Île-de-France jouait sous la direction d’Ion Marin, Roumain d’origine et chef-d’orchestre invité par une multitude d’orchestres dans toute l’Europe depuis les années 1980. Au programme figuraient trois œuvres en relation avec le sujet du voyage. La première fut Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77 de Johannes Brahms. Les deux autres avaient été composées par Félix Mendelssohn lors de deux voyages : d’abord Les Hébrides, ouvertures en si mineur op. 26, œuvre qui fait ressurgir mentalement le paysage morne et mystérieux de l’Écosse chez l’auditoire, et puis Symphonie no 4 en la majeur dite « Italienne » op. 90, inspirée d’un voyage du compositeur à la ville de Rome.

Le sujet du voyage reprend un topos apprécié de l’époque qui s’exprime dans tous les courants artistiques : la musique, la peinture, la littérature. La fascination pour l’inconnu et l’admiration pour les paysages, l’architecture et les mœurs étrangers font l’objet de l’art européen du XIXème siècle. A travers la musique, Mendelssohn ne réussit pas seulement à dresser l’image de la côte écossaise et d’édifices romains, mais aussi à nouer un lien entre le compositeur, le voyageur donc, et le public, qui l’accompagne lors de son voyage. La musique est l’art prédestiné à faire compatir des sentiments, à constituer un lien intermédiaire entre les hommes, car il s’agit d’une langue universelle qui n’a pas besoin de mots pour s’exprimer. Elle réussit à dire l’indicible, à emporter l’auditeur sur un voyage imaginé. C’est à ce voyage que l’Orchestre National d’Île-de-France invita le public parisien ce dimanche-là.

Mais comment ? De quelle manière faire rêver les gens ? Nous pouvons distinguer deux éléments fondamentaux.
D’abord, l’harmonie et la coordination entre l’orchestre et son chef donnaient au public l’impression d’une symbiose parfaite et d’un travail de concentration et de coopération réussi. Ceci est d’autant plus remarquable que la période de répétition commune était probablement d’une durée très limitée et donc d’une efficacité énorme. Dans ce contexte, il faut également mentionner le soliste Yossif Ivanov qui donna toute sa mesure lors de l’œuvre de Brahms. Supplié par les applaudissements incessants du public, il couronna sa présentation par Un Caprice de Niccolo Paganini, violoniste à l’aura diabolique que le soliste-même semblait incarner.
Hors cet aspect habituel d’un orchestre professionnel, qui consiste en la compétence et le talent des musiciens, le public était confronté à une qualité supérieure : la communauté amicale et idéelle de l’ensemble. Celle-ci se manifesta lors d’un petit intermède juste avant la pause. Il s’agit d’un engagement commun pour le maintien de l’orchestre qui est en danger par la décision de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) qui réduira sa subvention de 700 000 Euro, soit 33% de la subvention globale de l’État. C’est pourquoi l’orchestre se déclare en danger de dissolution et demande le soutien du public en signant une pétition. Le petit intermède mentionné ci-dessus s’articula par le récital d’un poème décrivant la situation en question, et le tout fut agrémenté d’une marche funèbre joué par un quatuor à cordes. Cet art engagé exprime une prise de position envers l’actualité socio-politique qui est caractérisée par la valorisation diminuante du rôle de la musique dans notre société moderne. La situation de l’Orchestre National d’Île-de-France figure emblématique de cet évolution et la force d’action de ses membres peut servir de modèle a bien d’autres ensembles.

Cet orchestre se distingue donc aussi bien par sa qualité artistique que par son engagement en communauté. L’appréciation par le public fut d’une ardeur passionnée, non sans une réflexion neutre et convaincue ainsi que d’une appréciation objective du talent artistique. – Thea Goehring


La Salle Pleyel accueille l’Orchestre National d’Ile de France sous la direction de Ion Marin pour ce concert dominicale « Carnets de voyage » avec la participation du violoniste Belge Yossif Ivanov.

Premièrement, le Concerto pour violon et orchestre de Brahms op. 77. Un des grands concerts allemands pour violon, aimé par le grand public et les connaisseurs, il a été fortement critiqué au début, l’anecdote nous raconte que le chef d’orchestre Hans von Bülow le trouvait plutôt  « contre le violon ». La dextérité et facilité dactyle du soliste est mise en évidence depuis le premier mouvement. L’orchestre avec ses nuances et traitement délicat des contours, s’est marié harmonieusement avec l’interprétation respectueuse et parfois timide du violoniste virtuose. Dans ce long mouvement l’orchestre a eu un rôle actif, avec des cordes puissantes et des bois solides. Un contraste intéressant avec le soliste et sa performance parfois élégiaque parfois fragile.
Le deuxième mouvement est un adagio d’une intimité bucolique avec une certaine prépondérance du hautbois lyrique quoique subtilement hâtif. Le violon concertant est plaintif et les modulations du soliste sont fascinantes. Les larmes modérés du violon révèlent la nature de technicien sensible d’Ivanov, cependant sa performance ne fut pas tendre, parfois même froide. Son interprétation est devenue plus vive dans le troisième et dernier mouvement. Ceci est valable aussi pour l’orchestre qui avait régulièrement plus de brio que le violon solo. Les cuivres se sont épanouies vers la fin brillante et rhapsodique, ainsi que le soliste avec son jeux correcte et virtuose. Si sa performance ne fut pas très mémorable, sa maîtrise technique l’a été. Il nous le rappelle avec un Caprice de Paganini qu’il interprète en tant que bis. 

L’Ouverture de concert de Félix Mendelssohn op. 26 « Les Hébrides », curieusement une des compositions préférées de M. Wagner qui éprouvais cependant un fort mépris envers le compositeur, nous présente en termes musicaux la grandeur de la mer et la majesté de la grotte de Fingal dans l’archipel des Hébrides à l’ouest de l’Écosse. L’orchestre légèrement accélérée nous transporte vers une mer d’émotions, chaque vague passionnée, insaisissable. Les vents volaient sur cette mer avec une sûreté et prestance digne d’une telle scène. Les cordes ont joué avec une sensibilité poétique, les violoncelles avec une maîtrise remarquable des tempéraments. La performance devenait de plus en plus brillante et forte, avec beaucoup de brio. Les oscillations de la baguette du Maestro créaient parfois une sorte de nuance moderne et populaire. Son excellente maîtrise de l’orchestre a permis de montrer avec clarté et caractère le génie du compositeur dans sa manipulation des textures symphoniques des deux thèmes de cette ouverture qui fait un clin d’œil conceptuel à la Sixième symphonie de Beethoven « Pastorale » et annonce en même temps le poème symphonique romantique.

La Quatrième symphonie de Mendelssohn op. 90 « Italienne » à ses origines dans le séjour du compositeur en Italie en 1830 qui l’a fortement marqué, comme son passage en Écosse l’avait fait également (d’où viennent sa Troisième symphonie « Écossaise » et l’ouverture des Hébrides). De structure conventionnelle en 4 mouvements, l’orchestre a montré avec honnêteté la beauté et les particularités et aspects caractéristiques de l’œuvre. Le premier mouvement d’un lyrisme incontestable a été joué de façon brillante par les cordes avec des vents très animés. Le tempo un peu plus vif que d’habitude, le son de l’orchestre a été d’une vivacité éblouissante. Les cuivres magnifiques avec des cordes brillantes ont montré parfaitement les contrastes élégants et l’inspiration mélodique du mouvement. Dans le deuxième mouvement les cordes acquièrent plus de présence lyrique, le dialogue entre les différents blocs de l’orchestre est cohérent et ingénu et crée une atmosphère de tendre et légère religiosité, malgré le choquant tempo accéléré du chef d’orchestre. Heureusement cette vitesse n’a pas affecté l’équilibre du troisième mouvement. Impeccable performance de l’ensemble, les bois se sont finalement émancipés dans ce Menuet-Trio, et le public a  été ému par la chaleur chantante de l’Italie de Mendelssohn. Dans le dernier mouvement l’orchestre achève un sommet d’équilibre ainsi que de brio et ténacité d’une grandeur romantique et pittoresque. La saltarelle et la tarentelle italienne sont évoqués de façon magistrale et passionnée. Une fin puissante et tonique à ce concert; carnet de voyage exceptionnel. – Sabino Pena


Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77 de Johannes Brahms
Ce concerto a été composé par Brahms en 1878 pour son ami d’origine hongroise, le grand violoniste Joseph Joachim avec qui il a longtemps collaboré et qui a apporté quelques commentaires et retouches techniques à la partition.
C’est évidemment dans les mouvements du soliste que cette œuvre prend toute son intensité car sa virtuosité est redoutable. Le dernier mouvement est si difficile pour le soliste que l’œuvre a été surnommée en son temps « concerto contre le violon » et le violoniste Yossif Ivanov en a fait une interprétation remarquable. Ce concerto pourrait s’appeler « symphonie concertante » car le soliste se font dans le tissu de l’orchestre. Brahms était très attiré par les Tziganes et fasciné tant par la virtuosité endiablée des musiciens tziganes hongrois que par la découverte d’un autre instrument musical : le violon. On sait que ses trois domaines d ‘élection étaient le piano, la musique de chambre et le lied.
Cette œuvre d’environ 40 minutes comprend donc trois mouvements dans le pur schéma classique vif-lent-vif : Allegro non troppo, Adagio et Allegro giacoso, non troppo. C’est évidemment le troisième mouvement qui me semble le plus remarquable pour célébrer le tournoiement de la musique des tziganes de Hongrie, tout simplement vertigineux. Et c’est là la surprise que nous apporte Brahms que nous connaissons romantique et nostalgique. Il s’agit là d’une musique dynamique et rythmée.

Les Hébrides, ouverture en si mineur op. 26 de Felix Mendelssohn
Les idées musicales de l’œuvre naissent dans l’imagination du compositeur en 1829, il a alors vingt ans, lors d’un premier séjour au Royaume-Uni. Il est subjugué par l’archipel des Hébrides à l’Ouest de l’Ecosse.
Cette œuvre courte mais d’inspiration originale, d’une technique aisée, s’inspire des paysages et des émotions romantiques. Elle évoque parfaitement les flots déchainés. La culture germanique de Mendelssohn a su puiser en Angleterre des adjuvants précieux.

Symphonie n° 4 en la majeur dite « Italienne » op. 90 de Felix Mendelssohn
Élaborée pendant 3 années, à partir de 1830 alors que le compositeur séjourne à Rome. J’ai particulièrement aimé cette symphonie pleine d’allégresse et de fraicheur où l’on est projeté en Italie dès les premières notes.
Elle comprend quatre mouvements : Allegro-vivace, Andante con moto, Scherzo con moto moderato et Finale Presto. A remarquer que la symphonie n° 4 en la majeur se termine en mode mineur mais cela n’enlève rien à son dynamisme. – Maria Verdu