Britney’s dream / Alexandra Flandrin / Théâtre de la Flèche / Janvier 2020

Alexandra Flandrin est l’auteur de ce texte qu’elle met en scène et joue. L’actrice franco-américaine incarne ce personnage désabusé, naïf, dépressif et combatif. Ses chansons (qu’elle chante elle-même) et ses chorégraphies reprennent l’univers de Britney. Un spectacle en franglais (« Now I call myself Britney Bitch, BB. Comme Brigitte Bardot, Sauf que je m’appelle Britney Bitch ! »), qui nous raconte le rêve de la petite Britney Bitch, poussée par sa mère dans la jet-set américaine, avec des danses équivoques, l’évocation de super-héros comme James Bond, Wonder Woman, Minnie Mouse, Barbarella.., des perruques synthétiques, des jouets et des revolvers en plastique, des poupées Barbie… En guise de décor, un simple rideau à franges dorées qui fait office de séparation entre la scène et la loge de la comédienne.

Britney est en même temps pleine d’énergie et touchante. On croit à ce personnage fragile, caché derrière les paillettes – mais le texte est inégal et on n’en saisit les enjeux qu’en lisant le flyer : on comprend alors qu’elle enchaîne célébrité, dépression et hôpital psychiatrique ; elle crée sa propre fondation et fait la promotion de la pilule miracle qui guérit la dépression (« Now I don’t care what they think of me. Ils peuvent penser ce qu’ils veulent. […] I don’t care, it doesn’t matter to me ! Because you know why ? Parce que j’ai trouvé un sens à ma vie. Et c’est pour ça que je suis ici aujourd’hui, pour partager ma vérité avec vous ! Thank you ! Remerciez-vous ! »).

— Monica MELE

Derrière la porte de l’unique salle du petit théâtre – aux belles allures de secret – qu’est La Flèche, quelques bancs, des coussins et une trentaine d’habitués, tous (déjà) souriants. C’est dans ce cadre propice à l’intime que j’ai pu découvrir Britney’s Dream – Britney’s Dream, le rêve de Britney donc. Car Britney est une star et, en cela, la parfaite incarnation de l’« American Dream ». Mais peu à peu, les mots se dénouent, le masque tombe et nous entamons un voyage onirique dans l’esprit de Britney, au cœur même de ses souvenirs et de ses fêlures. Car Britney ne comprend plus rien, pas même elle-même ; car Britney est drôle, cynique et en colère – mais surtout, car Britney souffre. Et, tout doucement, sans jamais nous interroger sur l’absurdité naissante, nous devenons Britney et nous glissons au bord de la folie.

La pièce est tendre et forte, agressive parfois, drôlement touchante et quelque peu dérangeante. C’est un méli-mélo de nouveautés, d’expérimentations : aucun des éléments que nous connaissons du théâtre n’est présent, puisque tout semble se construire (en particulier les ponctuations musicales créées par celle qui officie à la fois le rôle de l’actrice, de l’auteure et de la metteuse en scène) et se déconstruire à la fois, tomber – comme notre personnage, fluctuer, être en permanente mouvance… Pendant une heure, nous existons comme public, mais aussi comme êtres, comme tout un tas de confidents ou d’amis à qui l’on confierait son salut. Et c’est en cela que Britney’s Dream est une merveilleuse expérience de l’intime, de l’intérieur, une expérience multicolore et envahissante. C’est trouver une rainbow pill, l’avaler, et soudain, voir de l’autre côté du miroir…

— Zélie ALOUANE