Bonsoir ! / Frédéric Mitterrand

Une lecture en solitaire entre émotions et regrets

Actuellement sur la scène du studio Marigny et ce jusqu’au 06 Janvier 2019, se joue Bonsoir de et par Frédéric Mitterrand, mis en scène par Olivier Fredj. Ce seul en scène, lecture autobiographique, donne lieu à un moment fort en tendresse mais également en humour, qui nous transporte dans la vie mouvementée de ce ministre de la culture, passionné des arts.

« Et voici qu’après tant d’années je n’arrive toujours pas à choisir entre le général de Gaulle et François Mitterrand »

Frédéric Mitterrand se livre durant toute sa prestation sur ses regrets, ses amours, ses méfaits mais aussi sur sa famille à travers des épisodes tels que notamment la séparation de ses parents. Des moments tantôt tendres et comiques comme sa rencontre avec le général de Gaulle lors d’un défilé pour le 11 Novembre 1958, tantôt touchants et tristes comme lors de la séparation de sa mère et d’Yves, ce beau-père qui a tant compté pour lui et ses frères.

Le texte lu durant la représentation est un recueil de diverses publications, déjà parues comme La Mauvaise Vie en 2005, Le Festival de Cannes en 2007, Une Adolescence en 2015 ou Mes regrets sont des remords en 2016. Cette compilation donne lieu à une jolie lecture, complète qui permet d’avoir un panorama de la vie de Frédéric Mitterrand.

Une mise en valeur des mots par le décor

Une chaise et un pupitre : voici les seuls éléments qui composent ce décor spartiate où tout est fait pour mettre l’accent sur les mots, partie principale du spectacle. L’arrière-plan est intéressant, formé d’un écran sur lequel sont projetés divers médias (photos, lettres, dessins, cartes postales ou encore extraits de films) constitue une sorte de frise chronologie, retraçant la vie de Frédéric Mitterrand au travers de divers événements importants pour lui pour différentes raisons.

Une prestation en deux mouvements assez hétérogènes

La pièce semble s’articuler autour de deux parties assez différentes et peu complémentaires. En effet, durant la majorité de la représentation, Frédéric Mitterrand expose des faits autobiographiques ou du moins, qui pourraient l’être. Mais après une courte interruption, il revient sur scène pour une lecture quelque peu déroutante. Il fait le récit d’une exécution de soldats polonais SS dans le cadre de la seconde guerre mondiale. J’ai trouvé que cette partie de la lecture était comme posée là, sans lien avec ce qui précédait et m’a laissée perplexe.

Après réflexion, je ne comprends toujours pas son utilité. Frédéric Mitterrand n’était pas né, aucun de ses parents n’a pris part à cette action, peut-être voulait-il démontrer ce que sa vie aurait pu être s’il était né plus tôt ou de l’autre côté de la frontière ? Cette lecture reste pour moi une énigme.

Léa Thery

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La pièce s’ouvre avec la voix, hors champs, de Frédéric Mitterand qui entame la lecture de ses propres textes, avant de sortir des coulisses et de s’asseoir sur la chaise. Il n’en bougera presque plus, mis à part quelques déplacements anecdotiques qui le mèneront au pupitre ou dans le public. Du haut de ses 71 ans, on ne pouvait pas s’attendre à le voir danser mais il faut avouer que la mise en scène (ou plutôt l’absence de mise en scène) a totalement perdu l’attention des spectateurs.

La plus grosse frustration avec ce Bonsoir! , c’est qu’à aucun moment Frédéric Mitterand ne parle, il ne fait que lire ses propres textes, tirés de son autobiographie publiée en 2005. Alors qu’au début, on pense que la lecture monotone et attachée au texte n’est qu’une simple mise en bouche, elle devient interminable. Pendant une heure quarante, il ne quittera pas des yeux son texte. À aucun moment notre ancien ministre de la culture ne relèvera la tête pour s’adresser véritablement au public présent (même si certes nous n’étions pas nombreux). Il lit une page, puis une autre, puis une autre, on comprend vite qu’il nous fera la lecture de tout le livret. Chaque nouvelle page tournée est à la fois un soulagement et une torture car elle conduit à la page suivante et ainsi de suite. Même si parfois on nous projette des extraits de films et de chansons, il est très difficile d’accrocher. Honnêtement je me suis endormie et ma voisine aussi.

Frédéric Mitterand et son metteur en scène n’ont fait aucun effort de théâtralisation en se restreignant à une simple lecture monocorde, digne d’une dictée d’école primaire. Alors même que certains textes et certaines anecdotes sont très touchants, je pense notamment à sa rencontre avec le Général De Gaulle ou à son ami Thierry, on ne retient pas grand chose. Frédéric Mitterand avait pourtant comme objectif de lire à voix haute ses textes pour qu’ils soient « entendus » : on ne peut pas dire que ce fut une réussite. 

Des représentations sont prévues jusqu’au 6 janvier, je vous conseille vivement de résister à l’envie de vous y rendre, surtout un soir de semaine, si vous voulez passer une bonne soirée (ou au moins rester éveillé).

Amandine Azzoug 

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Frédéric Mitterrand inaugure le Studio Marigny, refait à neuf, et propose un spectacle où il se met lui-même en scène et lit de sa voix si particulière des textes autobiographiques.

A la manière des plus grands, il se livre et raconte. Comme avant lui, Jean-Jacques Rousseau, Jean-Paul Sartre, l’auteur-lecteur choisit des chapitres de sa vie, ceux qui l’ont marqué, les moments où il a eu honte, et les met en mots. Tous les récits sont amorcés par un vibrant « Je regrette ». Cette anaphore devient le symbole du temps passé, des gens rencontrés et perdus, l’auteur dresse ainsi le bilan de son existence. Il ne parle pourtant que de son expérience personnelle, jamais il n’évoque réellement son rôle comme personnage public – alors même qu’il a été ministre de la culture. Le parti pris est donc celui-là, il se raconte mais cherche surtout à raconter les autres, ceux qui l’ont forgé et fait de lui celui qu’il est aujourd’hui, sciemment et inconsciemment. Avec humour, pudeur, oscillant entre un langage familier d’enfant et formel d’homme de culture, Frédéric Mitterrand se livre jusqu’à l’émotion.

Le décor est à l’image du spectacle et de son auteur : sobre. Le choix d’une chaise en bois noire et d’un pupitre transparent appuie l’idée que l’important n’est pas dans la démonstration et le faste, mais dans ce qui est dit et lu. Mais aussi montré. Seule extravagance, un mur blanc qui s’étend tout en longueur sur la scène. Ce mur devient un personnage à part entière. Sur lui sont projetées des photos des souvenirs, des mots écrits à la main ; également un extrait d’une chanson de son chanteur italien préféré dont Frédéric Mitterrand murmure les paroles et bat le rythme, ainsi qu’une séquence tragique issue du film Amici per la pelle (Amis pour la vie) réalisé en 1955 par Franco Rossi.

L’éclairage et la musique viennent souligner les moments enthousiastes, de tension, mélancoliques voire tragiques. Le spectateur se trouve plongé dans l’univers de l’auteur-lecteur et se laisse envoûter par cette voix si caractéristique qu’on pourrait écouter des heures durant.

Charlotte Geoffray

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A 71 ans, Frédéric Mitterrand se lance pour la première fois sur les planches, au Studio Marigny, dans Bonsoir, un seul en scène qui compile des extraits de ses livres pour relater des moments de vie, mis en scène par Olivier Fredj.

L’ancien ministre décrit cette démarche en ces termes : « Voilà ce que je voudrais réussir : lire mes textes sur une scène de théâtre pour obtenir qu’on les entende, sans regret ni remords ». Si la partie lecture sur scène est tout à fait accomplie, avec cette voix si particulière et la diction impeccable de Frédéric Mitterrand, on regrette justement le trop-plein de regrets dans le spectacle. La sélection de textes en comprend beaucoup; regrets d’avoir brutalisé la domestique de son enfance, regret de n’avoir pas été suffisamment présent pour ceux qui ont croisé son chemin, regret d’avoir été un enfant moqueur, parfois cruel.

Si les premiers souvenirs sont tendres et le mea culpa touchant, à l’issue du spectacle, on est étourdi par ce trop plein de regrets, véhiculant ainsi un message un peu aigre : on sort de la représentation pas franchement jovial après ce déversement de regrets et de remords, pourtant sensés être évités à la lecture de la note préliminaire.

La scénographie, en revanche, est très intéressante. Derrière Frédéric Mitterrand se trouve un grand écran tout en longueur, sur lequel défilent, façon bandeau d’images photos, lettres et souvenirs en tous genres. On a ainsi le sentiment d’apprendre à connaître l’homme derrière le personnage, de manière plus sincère qu’à travers la seule lecture des textes. Des extraits de films sont aussi projetés, comme une ultime illustration de cet amour pour le cinéma qui l’a animé pendant tant d’années. Du cinéma, il n’est en revanche que très peu question dans le choix des textes : c’est sans doute un peu dommage car c’est l’un des sujets sur lesquels on attendait Frédéric Mitterrand. L’objectif de ce spectacle était d’aller à la rencontre de son public, et bien que le choix de l’intimiste salle du Studio Marigny s’y prête parfaitement, le trop-plein de regrets ne parvient pas à créer du lien avec celui qui lit, en apparence plus pour lui-même que pour nous, contemplateurs muets de ses souvenirs disparus. 

Jeanne Capeyron

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Derrière lui, un écran fait défiler au fil des lectures les éléments d’une boîte à souvenirs (ce sont lettres, photos, dessins, parfois un extrait de film, etc.). Lecture maladroite, mais sincère (sans cire, oui), Frédéric Mitterrand revient jusque dans l’enfance. Les bribes s’enchaînent, titrées simplement, souvent par un prénom, ou un surnom. Ce sont les autres qu’il met en lumière. Au-delà d’une dérision sans méchanceté qui affleure sa lecture, le passé fait résonner de plus en plus fort et transmissible un écho terrible de regret et de culpabilité. En vérité, ce sont des lettres, plutôt que des Mémoires, que Frédéric Mitterrand adresse à voix aute. Sur l’enveloppe, il ne reste qu’un prénom auquel se lie un vécu, un sentiment qu’il faut plus ou moins confesser. Il les lit comme à crédit, en toute intimité et simplicité, avec parfois, comme des éclaircies, un humour touchant qui vient quelquefois faire sourire la salle. Il découvre un homme bien maladroit, attaché à rendre vérité, même si elle peut être cruelle.

« Mes regrets sont des remords. » (titre de l’œuvre dont sont extraites ses lectures, publiée en 2016)

Il adresse une lettre toute particulière à un homme qu’il n’a jamais connu : Josef Wende, exécuté à l’âge de 26 ans le 24 septembre 1944 (Frédéric Mitterrand est né trois ans plus tard) par l’armée américaine, parce qu’il était espion allemand. Il décrit devant un pupitre d’orateur politicien, tous les détails des images filmées de cette exécution, avec une minutie militante. Il en rejaillit un texte plus vindicatif, la nostalgie trempe dans la colère contre une injustice qu’il aurait voulu arrêter, pour un homme qu’il aurait voulu sauver, par amour. Un seul regard, dit-il, lui aurait fait abandonner toute prudence pour Josef.

Symbole d’une existence qu’il scande aujourd’hui par « Je regrette », pour un remord qui représente tous les autres, celui de n’avoir pas été véritablement là.

Frédéric Mitterrand nous montre un homme déshabillé de toute l’apparence mondaine, un homme dévoile dans l’intimité par ses points d’ombre. Et c’est dans l’ombre (qui clôture chaque épisode lecture) plutôt qu’en pleine lumière qu’il nous apparaît véritable. Plus un grand homme, plus un ministre, seulement une mémoire personnelle comme on peut la partager tous.

Angeline Da Rocha