Berliner Philharmoniker

Concert symphonique | Philharmonie de Paris | En savoir plus


Une expérience viscérale que celle des symphonies de Beethoven jouées par le Berliner Philharmoniker et dirigées par Sir Simon Rattle. Les nuances sont explorées avec une intensité rare, le chef d’orchestre prend la musique à bras-le-corps pour emporter les auditeurs avec lui dans un voyage renouvelé parmi l’œuvre de Beethoven, et les faire tressaillir au rythme de la respiration vivante des instruments. Portée par ce chef incroyable d’énergie et de force, et par des musiciens impeccablement accordés entre eux, l’œuvre musicale saisit le spectateur avec une puissance qui amène à la réécouter, à la comprendre à nouveau, sous un jour moderne mais qui ne trahit pas son originalité.

Juliette Aumaître

Du 3 au 7 Novembre avait lieu à la Philharmonie de Paris un cycle consacré aux symphonies de Beethoven interprété par le Berlin Philharmoniker, un orchestre symphonique parmi les plus réputés au monde, dirigé par Simon Rattle. La soirée du 4 Novembre était consacrée à l’Ouverture de Leonore I op.138, à la symphonie n°2 en ré majeur op.36 et à la célèbre symphonie n°5 en ut mineur.

L’ouverture de Leonore s’est déroulée dans une relative indifférence, dans la mesure où ce morceau d’une quinzaine de minutes environ, censé être tour à tour lent, léger puis lyrique, a été joué sans véritables contrastes par l’orchestre et assez rapidement expédié comme une simple introduction à ce qui allait suivre.
C’est en effet à partir de la symphonie n°2 que l’émotion est allée crescendo. Les deux œuvres ont permis à la virtuosité de l’orchestre de se manifester par le jeu des nuances entre les différents mouvements, sans jamais de caricatures ni de lourdeurs auxquelles se prête parfois la musique de Beethoven, à la fois lyrique et héroïque. La symphonie n°5 a constitué alors l’acmé du concert, notamment grâce à l’interprétation, minutieuse et tout en retenue, du troisième mouvement, et la succession des pizzicato particulièrement réussis, d’abord quasi inaudibles, puis allant crescendo, jusqu’au final joué avec une énergie et un enthousiasme communicatifs qui justifient largement les quatre rappels et les applaudissements debout à la fin du concert.

La musique de Beethoven, souvent jouée de façon trop monumentale, a donc été particulièrement mise en valeur par l’interprétation légère mais minutieuse du Philharmoniker de Berlin et son chef d’orchestre.

Juliette Beau

Du mardi 3 au samedi 7 novembre 2015, se tient le cycle Beethoven à la Philharmonie de Paris. Chaque soir, deux symphonies du compositeur sont exécutées par l’orchestre philharmonique de Berlin, le tout orchestré par Sir Simon Rattle.

En ce mercredi 4 novembre à la Philharmonie de Paris, la symphonie n°2, n°5 et l’Ouverture de Leonore I sont au programme.

Cette salle de concert aux allures de ruche dégage de la magie. La scène est centrale et le public se positionne autour. On brise la séparation scène-public du théâtre et on nous montre une scène accessible à tous.

La salle fait partie intégrante du spectacle. Après un peu d’attente, les lumières se dissipent et l’orchestre entre.

Une fois les musiciens bien installés avec leurs instruments, il entre sous une foule d’applaudissements : le chef d’orchestre. Après avoir remercié le public pour cet accueil chaleureux, le morceau débute in media res.

Subtile et plein de nuances, l’Ouverture marche sur un fil. Oscillant entre un piano beau, léger et un forte grand et majestueux. Beethoven sait doser les intensités et garde l’attention de son auditoire qui ne s’ennuie jamais. Le premier mouvement de l’ouverture se termine par une cadence parfaite. L’orchestre reprend dans un tempo plus enjoué, les thèmes triomphants passent de manière circulaire aux différents corps d’instruments de l’orchestre.

On sent la conclusion proche, la note de la cadence parfaite est dans nos esprits, mais Beethoven est joueur. Avant d’achever son morceau dans l’apothéose de l’accord parfait, le compositeur passe d’accord en accord presque par à-coup et le publique s’interroge jusqu’au moment où la cadence parfaite explose de beauté dans la nouvelle salle parisienne, le son étant hélas vite masqué par les applaudissements du public ravi.

C’est au tour de la Symphonie n°2 en ré majeur, opus 36 de sonner dans la Philharmonie.

Composée dans un style très classique, cette symphonie n’a pas le romantisme touchant de ses autres œuvres. Très droite dans l’écriture, elle peut être parfois ennuyeuse, sensation surtout présentée dans le troisième et quatrième mouvement. Là où il n’y a plus de doute sur le compositeur c’est lors de la conclusion finale. Une envolée romantique et lyrique avec des fioritures et des forts crescendos pour encore une fois finir en beauté.

Après un entracte de quelques dizaines de minutes – le temps de visiter l’intérieur de la Philharmonie – et c’est La cinquième Symphonie de Ludwig Van Beethoven en ut mineur, opus 67. Quand les premières notes sont jouées, elles donnent tout de suite le ton : un morceau fort, puissant et imposant. Alternant entre douceur et dureté, piano et forte, le thème est repris par les différents instruments de l’orchestre. Un solo de clarinette vient ponctuer le milieu du premier mouvement sur un ton assez dramatique. On a presque l’impression d’un poème symphonique dramatique. Le public n’applaudissant plus entre les mouvements, les dernières notes du mouvement s’évaporent petit à petit dans le néant de la salle. On écoute le son s’en aller peu à peu avec une certaine jouissance.

Léo Canal

L’événement musical de la première semaine de novembre à Paris était sans conteste l’intégrale des symphonies de Beethoven interprétée par l’orchestre philharmonique de Berlin sous la baguette de Sir Simon Rattle. En cinq concerts, les Berlinois ont revisité les neuf symphonies de Beethoven, dans la pure tradition du philharmonique de Berlin. En effet, Beethoven est au cœur du répertoire de cet orchestre depuis plus d’un siècle. De Furtwängler à Rattle en passant par Abado et surtout Karajan – qui a imprimé sa marque sur ce cycle en les enregistrant pas moins de cinq fois ! – les symphonies de Beethoven sont la référence incontournable de cette formation de prestige.

Le concert du mercredi 4 novembre avait ceci de particulier qu’en sus des deux symphonies – la deuxième et la célébrissime cinquième – il programmait l’ouverture de Leonore I (op. 138), i.e. la première version de l’ouverture de son unique opéra Fidelio. Dès l’ouverture, le ton est donné, l’interprétation, mesurée, sensible et vigoureuse à la fois, laisse entrevoir une exécution symphonique exceptionnelle. Composée en 1801-1802, la deuxième symphonie reste empreinte de l’héritage classique, tout en introduisant des motifs qui seront développés dans les symphonies plus « héroïques ». La cinquième quant à elle, avec sa célèbre formule rythmique évoquant le « destin frappant à la porte » a porté l’émotion à son paroxysme avec un final en apothéose annonçant celui de la septième.

Pour cette intégrale, Sir Simon Rattle s’est distingué, comme à son habitude, de l’héritage des maîtres du Philharmonique de Berlin comme Karajan. Allégeant même l’effectif de l’orchestre et substituant à la puissance un équilibre plus mesuré entre les pupitres, Rattle nous livre là son interprétation de Beethoven. Cette justesse de jeu se fait l’instrument de l’immédiateté de la composition, qui s’impose au spectateur de manière absolument naturelle. Dans les introductions, les cordes entrent tour à tour dans une progression aérienne avant de faire entendre les pupitres des vents. Pour manier cet équilibre, Rattle peut compter sur des artistes exceptionnels et internationalement reconnus, citons par exemple le flûtiste Emmanuel Pahud ou le hautboïste Albrecht Mayer dont les interventions sont d’une justesse épatante. Aussi à l’aise dans la fragilité et l’émotion que dans l’attaque des notes et les traits de bravoure, l’orchestre est – il faut le signaler – particulièrement bien servi par une salle dont l’acoustique permet toutes les nuances.

Entouré par les spectateurs, disposés tout autour de la scène, l’orchestre philharmonique de Berlin mené par Sir Simon Rattle a fait lever le public de la Philharmonie de Paris. Ovationné pour son interprétation personnelle de Beethoven, le Chefdirigent de Berlin a profité de ce cycle de symphonies pour montrer la complicité qu’il a su instaurer avec ses musiciens, avant de céder la place au chef nouvellement nommé du Philharmonique de Berlin, le russe Kirill Petrenko.

Mathieu Caron
Photo : M. Rittershaus