Beowulf

Concert | Sorbonne – Amphithéâtre Richelieu | En savoir plus


L’épopée anglo-saxonne Beowulf est mise en scène et interprétée par Benjamin Bagby, grand spécialiste, chanteur, harpiste, chercheur en interprétation et reconstruction de la musique médiévale, et directeur de l’ensemble Sequentia.

Le spectacle du 11 mai 2017 dans l’amphithéâtre Richelieu de l’Université Paris-Sorbonne est la première représentation parisienne du Beowulf de Bagby, rendue possible grâce également aux UFR de Musicologie et d’Anglais.

Un poème épique du VIIIe siècle, un guerrier goth vainquant monstres et démons, une interprétation à la façon des « chanteurs de conte » : l’on pourrait croire qu’il s’agit d’un spectacle de connaisseurs pour les connaisseurs.

Dans la salle il y avait sans doute des musicologues, des médiévistes, des anglicistes, mais certainement pas seulement : un public également bien plus varié et moins expert s’est laissé transporter par la transmission suggestive de la captivante narration.

En effet, la maitrise performative de Bagby ne peut qu’enchanter tous les passionnés de théâtre, de musique, de poésie. Seul sur scène pendant une heure et demie, il reproduit l’éclectisme et l’art des bardes médiévaux, entraînant le spectateur à l’aide de son chant, de sa musique et de son jeu d’acteur. L’harpe germanique à six cordes, propre aux conteurs de l’époque, accompagne sa voix puissante dans le récit des gestes du héros.

Mais le narrateur est bien plus que cela : non seulement il mêle, alterne, superpose histoire, chant et mélodie, mais il s’adresse également au public. Il cligne de l’œil, il rappelle son rôle de véritable conteur, et sa présence mimique et gestuelle se font partie intégrante de l’interprétation jusqu’au comique. Chanteur et déclamateur, acteur et narrateur : tous les arts sont donc agencé de manière captivante, sans solution de continuité, grâce à l’extraordinaire présence scénique de Benjamin Bagby et à sa profonde familiarité avec l’œuvre.

Alors non, il ne s’agit absolument pas d’un spectacle pour les spécialistes d’une des plusieurs disciplines en jeu dans cette remarquable reconstruction. Face à une telle performance, au contraire, tout spectateur a la possibilité de se laisser emporter par un des arts – ou tous ! – mis en scène.

En effet, par exemple, les sous-titres en français étant projetés trop en haut par rapport à la scène et à l’interprète – regrettable mais sans doute inévitable dans l’amphithéâtre –, il est tout aussi charmant de ne pas saisir parfaitement l’intrigue, et de rentrer dans la performance en privilégiant le chant et le jeu d’acteur, ainsi que les mystérieux sons d’un très ancien anglais.

Silvia Guidice

Émerveillés par la beauté de l’endroit, nous poussons les portes de l’amphithéâtre Richelieu, vieux de plus de 100 ans. C’est Benjamin Bagby, chanteur, compositeur, harpiste et performeur de musique médiévale qui nous accueille, assis sobrement sur un tabouret. L’atmosphère du lieu est grandiose et silencieuse à la fois, l’assemblée retient son souffle avant que l’interprète ne commence à entonner les premières notes du poème épique Beowful, déclamé en langue originale: l’anglo-saxon.

La voix porte et résonne à travers l’espace, elle est grave et lente. Nous repensons aux incantations chamaniques ou aux mysticismes du Seigneur des anneaux lorsque nous l’entendons. La spiritualité qui émane du poète laisse l’assistance de marbre, et c’est quand nous remarquons qu’il porte entre ses bras une lyre, que nous nous laissons finalement emporter par la mélodie tout entière. C’est un chant doux et celtique que l’instrument laisse peu à peu dégager. Seul face au public la présence sur scène de Benjamin Bagby occupe entièrement l’espace, malgré une acoustique peu encline à ce genre de prestation. Peu à peu pourtant la salle s’imprègne de l’esprit de ce que nous raconte le poème. Au-dessus, un écran affiche les sous-titres et nous sommes ainsi emportés un peu plus dans l’univers médiéval, en appréciant ce récit d’aventures et de rois anciens.

Il semble que dans nos têtes, les paysages et les images que créait la musique apparaissent soudainement. L’ensemble mélodique nous envoyant dans le passé de ce récit épique de chevalerie et de quête. La lyre s’arrête quelque temps pour laisser la voix s’épanouir dans un silence de plomb, puis reprend ses accords distillant sa magie. Enfin Benjamin Bagby, sans perdre son souffle, termine son récit uniquement avec la parole. Dépouillé d’instrument, l’interprète nous livre le dénouement du récit qui nous laisse dans un état second et mystique, un récit dont les échos nous ont enchantés pendant toute la prestation de ce passionné, qui a réussi à transmettre à travers les âges, la poésie de Beowulf.

Estelle Magnieux-Pallatin

En partenariat avec l’UFR d’anglais et de musicologie, le spectacle Beowulf a été produit dans l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Beowulf est un poème épique anglo-saxon datant du VIIIème siècle, il a été interprété par Benjamin Bagby, grand spécialiste de l’interprétation de la musique médiévale.

C’est une expérience peu commune que de replonger au Moyen Age : le poème épique est chanté en vieil anglais, avec pour seul accompagnement instrumental une lyre. Pas d’effets de sonorisation, de lumière ou de mise en scène : tout est authentique. Cependant, loin d’être perçu comme « vieillot », ce spectacle émerveille les spectateurs par la méconnaissance de la langue originale, le ton de la voix, la force du chant et les notes de la lyre. C’est une atmosphère magique qui se créée dès les premières paroles du conteur, enveloppant le public dans une bulle transportée à l’époque où la technologie n’existait pas encore… (ou presque, les surtitres en français étant projetés à l’écran pour permettre la compréhension du texte).

L’épopée est divisée en plusieurs épisodes dont le schéma narratif suit le motif traditionnel du récit : situation initiale, élément déclencheur, péripéties, dénouement et conclusion. Tout était calme et paisible dans le Royaume danois sous la gouvernance d’un roi vertueux jusqu’au jour où Grendel, un  monstre sanguinaire, arriva et saccagea la salle du Palais-de-Cerf pour dévorer les guerriers ivres pendant leur sommeil. Le monstre faisait tellement de morts jours après jours que l’histoire se répandit au delà des eaux et se sut de Beowulf, grand guerrier goth de noble sang au courage et à la force sans pareilles. Lui et ses compagnons se rendirent alors au Royaume dans l’unique but de délivrer le roi de ce fléau. Beowulf, dont les exploits n’étaient pas inconnus de tous, arriva finalement à battre Grendel à mains nues, ce dernier périt misérablement lors de sa fuite. Ainsi fut narrée et chantée la force et le courage de Beowulf le héro légendaire.

Les pauses entre chaque épisode permettent de rendre compte de la progression du récit. Les différentes manières de jouer la lyre (ou de ne pas la jouer) illustrent les différents types de scène (narration, dialogue, d’action etc) : au son de la musique, tantôt la tension se fait sentir, tantôt elle est relâchée, permettant de tenir le public en haleine. La voix de Benjamin Bagby, extraordinaire, capte l’attention des spectateurs en changeant de ton pour mimer la prise de parole des différents personnages. Son chant clair et puissant résonne dans l’amphithéâtre et émeut les cœurs des spectateurs, sa gestuelle ouvre le public sur un tout autre monde merveilleux de prouesses et de gloire. Un lien intime s’est créé entre le conteur et le public à travers ce voyage dans le temps.

Eveline Su
Photo : Hilary Scott
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