Benvenuto Cellini

Opéra | Opéra Bastille | En savoir plus


L’Opéra est le lieu de toutes les rencontres, à la croisée de tous les arts, il mêle la quintessence de la musique et du chant à la mise en scène théâtral, tout en jouant sur un art pictural puisque s’offre à nos yeux une véritable esthétique du tableau. L’œuvre d’Hector Berlioz, Benvenuto Cellini, représentée à l’Opéra Bastille, est semble-t-il un manifeste de cette harmonie artistique.

L’intrigue est simple : un homme bohème, personnage éponyme, artiste et vagabond célèbre, s’éprenant d’une jeune fille promise à l’artiste académique Fieramosca, va se confronter à plusieurs défis, celui de conquérir sa belle Teresa, et celui de livrer en une nuit, une commande papale ; un immense Persée d’or. La toile de fond est celle du Carnaval de Florence. Le spectacle ne pouvait donc qu’annoncer un voyage haut en couleur en Italie, éternel berceau de chaleur et de joie. C’est avec brio que Philippe Jordan, directeur musical, et Terry Gillia, metteur en scène, parviennent en effet à nous faire découvrir cet opéra trop longtemps méconnu.

Les artistes déambulent, vont et viennent dans un décor classique rendant bien l’atmosphère des rues de Florence animée par l’agitation du carnaval. Les duos amoureux s’enchainent avec délice, ponctués parfois de comique de situation : Fieramosca se dissimule derrière tous les objets possibles de l’appartement de Teresa pour éviter que les deux amants, en train de se déclarer leur flamme, ne le surprennent. Le trio devient alors burlesque empêchant ainsi à la scène d’amour de tomber dans le pathos. A ces scènes légères, vient s’ajouter la présence des chœurs, particulièrement exploitée chez Berlioz, qui n’est pas sans imposer une certaine solennité à cet opéra qui devient alors une ode à la joie et à la puissance. La mise en scène, au fur et à mesure de la représentation, est de plus en plus grandiose : à noter, l’entrée magistrale du Pape sur un char brillant, accompagné d’un simulacre de gardes, ou encore cette scène finale où les chœurs après avoir fêté les jongleurs délurés et autres artistes du carnaval, célèbrent la gargantuesque statue faite par Cellini. Aussi, cet opéra est-il un véritable voyage musical et un spectacle pour les yeux, confinant parfois à une folie bienfaitrice car jubilatoire.

Charlotte Chomard

« Au peuple romain donne, un opéra nouveau » cette phrase prononcée par Benvenuto Cellini dans le premier tableau (quatre au total) pourrait parfaitement résumer les 3h30 avec entracte de « spectacle » qui nous ont été données à voir en ce samedi soir. Présenté à l’Opéra Bastille jusqu’au 14 avril, cet opéra éponyme puise son inspiration des Mémoires de l’orfèvre florentin. Sa première représentation en septembre 1838 avait valu à Hector Berlioz de nombreuses critiques, une « chute éclatante » de l’opéra selon ses dires en raison de l’exubérance du livret écrit par Léon de Wailly et Auguste Barbier qui poussa les limites de l’absurde et en cela jugé incompatible avec un Opéra plutôt académique.

Presque deux siècles se sont écoulés et l’on pourrait penser que cet opéra – tantôt comique voire burlesque tantôt lyrique vers le grand Opéra -, trouverait sa place dans une époque où les genres tendent à se mêler. Mais là encore, les avis divergent.

Pour ma première expérience à l’opéra, cette mise en scène fut pour le moins inattendue, bien qu’elle soit l’oeuvre de Terry Gilliam, ancien membre des Monty Python et réalisateur entre autres de L’Armée des douze singes ou de Las Vegas Parano. Le ton est donné dès l’ouverture du premier tableau ; lancers de confettis sur le public et lumière circassienne. Poussé à son apogée lors du deuxième tableau dit « mardi gras » où la foule danse, chante en choeur accompagnée de funambules et d’un arlequin modernisé pratiquant la pyrotechnie. Ce carnaval aussi fabuleux que grotesque s’approprie l’espace de la scène et de la salle en nous émerveillant. La folie berliozienne s’associe à celle de Terry Gilliam pour nous offrir un moment dont il est parfois difficile de cerner la nature.

Par ces multiples effets de grandiose, la trame amoureuse tend à s’effacer entre Cellini (John Osborn) et Teresa (Pretty Yende) convoitée par Fieramosca (Audun Iversen), un artiste académique de la ville. De même que leurs voix, ce qui est pour le moins regrettable, notamment celle de la soprano Pretty Yende qui vous transcende par ses notes cristallines ou celle du ténor américain John Osborn, seul chanteur par ailleurs dont on arrivait à saisir les paroles.

N’en déplaise à certains, le public de manière générale, ressort de la salle conquis. Par son traitement scénique atypique pour un opéra, Benvenuto Cellini représente une merveilleuse occasion pour les non-initiés de franchir les portes d’entrée de l’Opéra Bastille.

Samantha Demay

Pour ceux à qui manquerait déjà le Carnaval de Venise, l’opéra Bastille ouvre ses portes à un autre carnaval : celui de Rome au XVIe siècle, mélange d’euphorie et de rires, dirigé par le talent de Berlioz. En cette période où tout est permis, le sculpteur Benvenuto Cellini, interprété par John Osborn, se voit passer une commande de taille : il doit réaliser une statue de Persée destinée au Pape. Mais il a bien du mal à ne pas se laisser distraire par la musique endiablée et les plaisirs alcoolisés du carnaval, ainsi que par la fille du trésorier du pape, Teresa. Balducci, son père, aimerait la voir pousser Fieramosca, un sculpteur académique, opposé en tous points au génie flamboyant de Cellini.

Ce dernier projette donc de profiter de l’euphorie du carnaval pour enlever sa belle : mais au milieu des décors exubérants qui nous transportent en pleine bouffonnerie féérique, la situation tourne court. Fieramosca tente d’empêcher la fuite des deux amants, et la farce vire à la tragédie lorsque l’élève de Fieramosca est poignardé par Cellini. Profitant de la confusion de la fin du carnaval, celui-ci parvient à s’enfuir mais il est toujours poursuivi par la justice. Le pape – plus exubérant mais surtout plus amoureux de l’art que jamais – lui propose alors un marché : il doit finir la statue de Persée pour le lendemain s’il veut retrouver sa liberté et son amante.

Cellini se jette à corps perdu dans le travail : propulsé dans l’atelier du sculpteur, entrainé par les chants des ouvriers, le spectateur suit avec fébrilité la réalisation de la statue. Un ultime obstacle se présente : il n’y a pas assez de métal pour finir la statue. Dans un élan de désespoir et de ferveur, Benvenuto Cellini décide de sacrifier ses anciennes œuvres et de les fondre toutes pour pouvoir finir son Persée…

Cette fin sublime, qui nous mettrait presque la larme à l’œil, se transforme, comme le carnaval, en une heureuse farce : la statue dévoilée sous les yeux du public est tellement colossale… qu’on ne voit que ce qui est en dessous de la taille. Berlioz mêle ainsi le haut et le bas, le sublime et la farce.

Un discours sur l’art transparait dans l’œuvre : comme le carnaval, l’art ne doit pas se limiter à un registre mais embrasser la diversité qui s’offre à lui. Le génie réside dans le mélange, de la joie et du tragique, du sérieux et du bouffon.

Mais ce qui permet à l’art de s’exprimer, c’est bien évidemment la passion : Cellini, par opposition à Fieramosca, représente la passion, l’ardeur créatrice qui ne se limite pas à un univers académique fermé. Tout comme le chemin de la réalisation de la statue est périlleux, la musique de Berlioz est connue pour être parmi les plus savantes et les plus difficiles à jouer : mais comme Cellini, c’est en virtuoses que s’en sortent les musiciens.

Solène Varescon
Illustration : Elspeth Diederix
Categories: Opéra, Opéra Bastille