Le barbier de Séville

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A l’opéra Bastille, le mercredi 7 février, alors qu’une apocalypse hivernale ravageait les arrondissements parisiens, l’orchestre et le chœur de l’opéra national de Paris jouaient le Barbier de Séville. Cette pièce de Gioacchino Rossini, fameuse illustration de l’opéra bouffe italien, est inspirée de l’intrigue du Barbier de Séville ou la Précaution inutile, comédie tout aussi célèbre de Beaumarchais. Souvenez-vous : le comte Almaviva aime Rosina. Rosina aime le comte. Hélas le tuteur de la jeune fille veut l’épouser ! Intervient alors Figaro, et grâce à ses fins conseils, après bien des péripéties, les jeunes gens finissent par se marier. Voilà en quelques mots la substance narrative présentée. Mais qu’en est-il de la musique ? Cet opéra contient un certains nombres d’airs parmi les plus populaires de la musique classique, et pour ne citer qu’un exemple, rappelez-vous de cette cavatine de Figaro, Largo al factotum, grande partition du répertoire de baryton, où les séries de « Figaro figaro figaro » en croches exigent virtuosité et maîtrise.

Déjà représentée de nombreuses fois, l’œuvre était pour cette saison mise en scène par Damiano Michieletto, l’un des plus prometteurs metteurs en scène de la jeune génération italienne. Et en effet, en quelques années, il a monté des pièces reconnues et ambitieuses telles L’enlèvement au sérail et La flûte enchantée. Mais revenons au Barbier de Séville. Pour ce spectacle, la mise en scène s’est avérée être extraordinaire. Le rideau se lève et une rue de l’Espagne contemporaine apparaît sous nos yeux. Les néons d’un bar saturent le côté jardin. Une voiture bleue électrique trône au centre de la scène. Mais l’incroyable ne s’arrête pas là. L’étonnement du spectateur va aller crescendo : la maison centrale se trouve être construite sur une plaque tournante qui lui permet de dévoiler son intérieur. De plus, à cette mise en scène déjà spectaculaire, Damiano Michieletto ajoute des jeux de lumière symboliques : au vert la jalousie, à l’aurore des lampadaires les premiers émois, aux lumières tourbillonnantes l’emportement, etc. Le trop est frôlé, mais évité de justesse. C’est en tout cas au cœur de cette scène mouvante que les chanteurs vont laisser libre cour à leur talent. Et avec plaisir, nous (ré)écoutons ces airs légers et plaisants dont les diverses interprétations sont à saluer !

Capucine Zgraja

Qui ne connaît pas le chef-d’œuvre de Rossini Il Barbiere di Siviglia, opéra en deux actes, créée en 1816 ? L’histoire est simple : Le Conte Almaviva tombe follement amoureux de la jolie Rosine, enfermée jalousement dans sa maison par son tuteur Bartholo, un vrai méchant qui veut l’épouser dans les jours qui viennent. Heureusement que Figaro, le barbier rusé du coin, connaît non seulement la vie intime de toutes les personnes du quartier, mais aussi les trucs et astuces dont le Conte a besoin pour conquérir le cœur de sa bien-aimée. Un jeu comique de duperie, de travestissement et de quiproquo à la Molière commence. A la fin, le vilain tuteur, trompé par la mascarade, quitte furieusement la scène où les amoureux fêtent leurs noces.

Fan de mises en scènes plutôt traditionnelles et classiques, j’étais tout d’abord sceptique quand le rideau à l’Opéra Bastille se leva et déroba des façades d’immeuble assez miteuses, couvertes de graffitis et d’affiches publicitaires. Debout sur une voiture garée sous le balcon au milieu, le Conte Almaviva, en short et en veste de sport, déclara son amour par des répliques savoureuses qui firent danser la patronne d’un bistro qui, selon les inscriptions sur le store, vend des tapas et des glaces. Les voisins se rassemblaient sur leurs balcons tandis qu’un groupe de musiciens de rue feignait de manière clownesque d’être à l’origine des sons mélodieux de l’orchestre. Mais soudain, les façades commencèrent à se retourner et laissèrent entrevoir l’intérieur de l’immeuble, riche en détails et amoureusement décoré. Dès lors, nous, les spectateurs, pouvions observer les protagonistes lors de leurs tentatives et de leurs échecs, les regarder jouer à cache-cache, claquer les portes, se passer en secret des lettres d’amours… Et en même temps, on pouvait suivre le va-et-vient dans le hall, le travail du concierge, la vie intime de la voisine d’au-dessus… Ce jeu dynamique de simultanéité parvînt parfaitement à mettre en valeur la musique envoûtante de Rossini, tout en transmettant l’opéra dans un contexte contemporain vif et comique. Le metteur en scène Damiano Michieletto a créé un spectacle si captivant que je n’ai pas vu passer les 3h20 de spectacle. Depuis le balcon où j’étais placée, j’avais non seulement une vue sur toute la scène, mais aussi sur les musiciens de l’orchestre. Quelle belle expérience !

Annika Rasch

Si la première du Barbier de Séville « Il Barbiere di Siviglia » au Teatro Argentina à Rome le 20 février 1816 fut une catastrophe pour Rossini, hué et moqué par la foule ; son opéra s’est pourtant imposé comme l’un des plus célèbres et acclamés, considéré comme le chef d’oeuvre du genre Buffa.
Et il y’a du monde en cette soirée du mercredi 7 février à l’Opéra Bastille pour lui rendre hommage, un classique trouve toujours son public, qu’il soit amateur d’innovation ou de traditionnel ; et l’Opera national de Paris sait bien le contenter ici avec une mise en scène de Damiano Michieletto aussi efficace qu’audacieuse.
C’est en effet une tâche ardue que de s’attaquer à ce monument, inspiré de la pièce éponyme de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais. Pourtant Damiano Michieletto arrive avec brio à relater les déboires du Comte Almaviva et de son fidèle Figaro pour parvenir à épouser Rosine ; en dépit des manigances de Bartolo, son tuteur, et de Basilio son maître de musique qui espère lui aussi l’épouser.

Loin de sombrer dans une course à l’iconoclasme, la mise en scène parvient toutefois à rendre hommage au classique tout en lui offrant une nouvelle fraicheur : on ne dénature pas l’oeuvre, on la met en valeur en la transposant dans un Séville contemporain, un peu « grunge », qui détonne avec le chant lyrique, accentuant le comique de l’Opéra.

Le décor tapageur de Paolo Fantin se met au service de cette vision déjantée de l’oeuvre au rythme effréné, avec ce plateau tournant qui met à l’honneur cette « tranche de vie » : la découpe d’un immeuble dans ses appartements qui voit se succéder les protagonistes avec une énergie folle. Finalement, il en faut peu pour dépoussiérer une oeuvre aussi monumentale soit-elle. L’interprétation auréolée de grands noms tels que le Ténor René Barbera en comte Almaviva, ou Olga Kulchynska — qui voit sa carrière exploser depuis 2015 — en Rosine, reste en finesse et ne tombe jamais dans la caricature ou le ridicule. Le public est réceptif au dynamisme de la production, ainsi son rire sonne régulièrement dans l’immensité de Bastille.

Cette nouvelle interprétation du Barbier de Séville devrait donc ravir aussi bien les connaisseurs, que les curieux qui s’initient à l’Opéra, offrant à la fois modernité et classicisme pour lui rendre hommage de la meilleure des manières. Qui a dit que l’on devait nécessairement réinventer les classiques sous l’égide de l’iconoclasme contemporain ? Une touche subtile de modernité suffit parfois à contenter le public, sans muter l’oeuvre en profondeur. Après tout, un classique qui traverse le temps n’a plus rien à prouver, c’est bien pour ça qu’on l’apprécie.

Audrey Masclaphier

Le célébrissime opéra de Gioacchino Rossini Le Barbier de Séville d’après l’histoire de Beaumarchais était de retour à Paris, à l’Opéra Bastille avec une mise en scène de Damiano Michieletto, et dans les rôles-clés Florian Sempey en Figaro, René Barbera en comte d’Almaviva, et Olga Kulchynska en Rosina. L’histoire prend place à Séville, et raconte le comte amoureux de Rosina, la pupille du terrible docteur Bartolo, qui compte épouser cette dernière. Pour l’aider à capturer sa soupirante, le comte fait appel à Figaro, célèbre barbier que tout le monde connaît, qui est au courant de tous les derniers potins de Séville, et qui fera en sorte d’utiliser à bon escient sa malice afin de finalement réunir les deux amants.

La mise en scène reproduit Séville des années 80 ou 90 : des bâtiments vieillis, de la publicité aux murs, un bar/snack. Et surtout du monde, beaucoup de monde et toujours du monde. Il y a constamment trois ou quatre figurants sur scène, des corps en mouvements, qui lisent le journal, s’en vont boire une bière, discutent entre copines : ainsi, bien que tous les déplacements soient parfaitement étudiés, ils paraissent très naturels, du fait de la banalité de leurs actions. De plus, l’immeuble central est conçu sur un plateau tournant qui quand il se retourne fait apparaître l’intérieur des appartements et l’on peut distinguer la maison de Bartolo et de Rosina. Les déplacements entre l’intérieur de l’immeuble et l’extérieur sont donc très fluides et agréables à regarder.

Tout ceci fait, et c’est le gros point fort du Barbier de Séville version Michieletto, que l’on ne s’ennuie à aucun moment. La scène constamment en mouvement accroche le regard du spectateur, et l’on est plongés dans ce Séville qui paraît très banal et parfait en même temps. Ceci étant renforcé par le fait que la première partie est plus longue que celle après l’entracte, habituellement plus sujette à l’endormissement du spectateur.

Les costumes suivent donc l’époque représentée sur la mise en scène : des costumes plutôt modernes, des habits d’été classiques. Le comte en jogging au début de l’opéra permet de mieux l’intégrer dans l’époque. Figaro, dans son costume rose pâle et ses grands mouvements incarne un chenapan typiquement latin. Rosina est habillée en adolescente révoltée : sa robe gothique et ses collants fantaisies, ainsi que sa chambre d’adolescente typique font d’elles une jeune femme non pas passive comme elle a pu être interprétée ou même telle qu’elle est dépeinte dans les paroles de l’opéra, mais franchement désireuse d’être maîtresse de ses choix.

Le public en sort enchanté, charmé par ce condensé de drôleries et de bonne humeur. Enchanté aussi par la musique, grâce à des interprètes brillants et un orchestre de l’Opéra de Paris toujours excellent. D’expérience, je n’ai jamais vu un opéra aussi entrecoupé d’applaudissement : habituellement à la fin de chaque acte, ils étaient ici présents presque à la fin de chaque air.

Maya Abdelwahab

Photo : Bernard Coutant