Ballets russes

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Ballets Russes par l’Orchestre National d’Île-de-France

sous la direction de Yoel Levi ; piano Anna Vinnitskaya

Claude Debussy, Prélude à l’après-midi d’un faune –  Maurice Ravel, Concerto pour piano et orchestre en sol majeur – Jacques Ibert, Escales, suite symphonique – Maurice Ravel, Daphnis et Chloé, suites n° 1 et 2

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Chroniques des étudiants


Gabrielle Chamouleau

Nous avons pu bénéficier de l’imparable acoustique de la salle Pleyel, le samedi 12 mars, pour assister à un concert dont la représentation résonna comme le témoignage de l’intemporalité des créations issues des échanges culturels entre la France et la Russie, tout au long du XXe siècle. Il s’agissait ici, pour Yoel Levi, d’établir un programme susceptible de rendre hommage à l’ère des ballets importés du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg par le chorégraphe Serge de Diaghilev (1872-1929) à Paris, la première saison des Ballets Russes ayant eu lieu au théâtre du Châtelet, du 18 mai au 18 juin 1909. C’est donc à l’écoute du Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy (1862-1918), du Concerto pour piano en sol majeur et des suites numéro 1 et 2 du Daphnis et Chloé de Maurice Ravel (1875-1937), ainsi que des Escales de Jacques Ibert (1890-1962), que le public pu s’enchanter du rapport privilégié qui prévaut entre un orchestre composé de jeunes musiciens et celui qui assure leur direction depuis septembre 2005.

Yoel Levi est un artiste cosmopolite, chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, né en Roumanie et ayant grandi en Israël, avant d’avoir enclenché une carrière internationale. Son orat était manifeste, son regard quasi paternel envers la violon super-soliste Ann-Estelle Médouze et la pianiste russe Anna Vinnitskaya, laquelle sembla faire déclamer une véritable prière de son instrument, en se livrant à une interprétation émouvante et habitée de la Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel.

De la représentation à laquelle l’Orchestre National d’Île de France s’est livré émane encore un voyage entre l’ouest et l’est de l’Europe du début du XXe siècle. Cette interprétation tantôt lyrique, grave et élégiaque, tantôt héroïque et endiablée d’œuvres majeures du répertoire a su restituer l’ambiance autrefois générée par une période de création culturelle charnière. Une période qui vit des figures majeures de la scène chorégraphique académique de ce siècle, telles que George Balanchine, Vaslav Nijinski, Anna Pavlova et Serge Lifar, esquisser leurs premiers pas d’étoiles internationales.


Eric Debacq

Pour aller à un concert, la moindre des choses est d’y aller avec des oreilles qui entendent bien. Hélas, les miennes entendaient fort mal quand j’ai assisté, à la salle Pleyel, au concert autour des Ballets Russes, le 12 mars 2011 à 20h.

Le matin, je me suis réveillé avec une surdité quasi totale : je suis déjà sourd de l’oreille droite et le moindre rhume m’obstrue l’autre oreille, et alors je n’entends goutte. J’ai donc proposé à ma concubine d’aller au concert à ma place, mais ce jour-là nous étions en froid et elle n’a même pas daigné me répondre – ou peut-être n’entendis-je pas sa réponse. J’ai proposé ensuite à mon seul ami, mais il travaillait le soir jusqu’à 22h, et c’était hors de question que je le remplace car, outre mon handicap, ça ne se faisait pas. Penaud, j’ai donc pris le chemin de la salle Pleyel. Dans le métro, ma surdité m’a procuré un confort notoire : comme je n’entendais rien, je pouvais lire sans être distrait par les bruits environnants. Néanmoins, je n’étais pas à l’aise dans mes gestes, je me sentais ivre de cette surdité, comme si en général entendre m’aidait à garder l’équilibre.

Dans la salle, le hasard me mit à côté d’une vague connaissance que je savais très bavarde. Elle manifesta sa joie de me voir par un remuement de lèvre incessant, je lui répondis par de larges sourires avant de lui signifier que j’étais momentanément sourd. Pendant un instant je la vis douter, puis elle parut gravement offensée et se tint droite dans son fauteuil, le regard rivé sur la scène. Je bénissais ma surdité. Vous connaissez déjà la suite. Le concert était long, il n’y avait pas assez de lumière pour pouvoir lire, j’étais obligé de contempler un orchestre qui passait de l’agitation au calme, un public qui était plus égal dans ses attitudes : à part les soudains accès d’applaudissements qui le prenait, il était fait d’un océan mouvant de têtes penchées, fièrement levées, tournées, endormies, recouvertes de tous les types de chevelures. Un garçon devant moi s’ingéniait à se curer le nez sans être vu par sa mère. Si elle ne le voyait pas faire, toutes les personnes assises derrière lui assistaient ébahis aux succès de ses fouilles approfondies et quasi spéléologiques.

Le concert me parut tout de même excellent. L’orchestre semblait jouer avec toute son âme, le chef d’orchestre notamment tanguait sur son estrade et insufflait la vie aux musiciens. De ma place, je voyais très bien une percussionniste qui jouait de la grosse caisse. Je ne regardais qu’elle. Sa manière de se cambrer avant de donner un coup puissant à son instrument – qui parfois perçait l‘écran opaque de ma surdité -, comme Diane chasseresse qui fracasserait de sa masse la tête d’un sanglier, comme une féministe qui accomplirait sa liberté en assommant son mari, me plongea plusieurs fois dans des rêveries sans fin.


Elsa Gavazzi

Voilà quatre morceaux portés sur scène par les Ballets Russes qui ne manquent pas de vigueur, sous la baguette de Yoel Levi, tour à tour appuyant délicatement les mouvements ou emportant tout dans de larges gestes amples.

Après un Debussy rêveur et doux (Prélude à l’après-midi d’un faune), Ravel prend la suite et nous invite à nous régaler de piano (Concerto pour piano en sol majeur), où Anna Vinnitskaya brillera lors du 2ème mouvement. Elle nous accordera même une reprise, certes surjouée, mais tellement rafraîchissante que nous en sortons conquis. S’enchaînent alors le chaotique Jacques Ibert (Escales) et Ravel à nouveau, sur l’air connu de Daphnis et Chloé (Suites n°1 et 2). Sous les applaudissements ils rejouent une fois, puis deux à chaque fois avec panache, et il faut ici souligner la performance des deux flûtes.

Soirée tout à fait agréable donc dans cette salle Pleyel dont le personnel gagnerait cependant à être plus aimable avec les jeunes, leur futur public fidèle.


Chloé K.

Musique classique de la fin du 19ème au début du 20ème siècle. Présentée dans le décor épuré et contemporain de la salle Pleyel restaurée, ce concert s’est présenté comme une invitation musicale à une projection figurative sur le thème du voyage, soutenu par le thème annoncé de la danse.

D’abord d’inspiration mallarméenne, ce voyage débute comme un songe que les personnages oniriques nous invitent à partager. Il est paisible, enchanteur, radieux. C’est une promenade en forêt aux mille péripéties, où la musique évoque une danse joyeuse. Il se poursuit avec des accents plus modernes, nous entrainant à l’étranger, il nous fait traverser les frontières et le temps. Harmonies du jazz et rythmes syncopés font leur entrée, ainsi qu’un immense piano à queue. Le rappel du public permet à se voyage de se poursuivre quelques minutes encore (Pavane pour une infante défunte, Ravel), mais cette dernière danse est annonciatrice d’un triste retour imminent. Entracte.

L’invitation suivante est lancée de la mer et promet nombre d’aventures en tout genre. C’est la joie d’être à nouveau sur le départ, c’est l’appréhension de l’inconnu. Mais la fin de ce voyage sera d’ordre sentimental, et la dernière danse celle d’une musique qui unit, d’un retour au pays. Le dernier rappel accélère ce rythme des retrouvailles, de l’union, des sentiments, qui nous transportent même une fois que la musique s’est arrêtée, continuée par les applaudissements du public.


Christiane Rossi

Illustration très libre du poème de Stéphane Mallarmé sur les désirs et rêves d’un faune, pour le premier, commande du pianiste Paul Wittgenstein, amputé du bras droit, aux rythmes jazzés, pour le deuxième, impressions de voyage en mer Méditerranée pour le troisième, commande qui illustre une Grèce rêvée, une pastorale, pour le quatrième et dernier volet de cette soirée proprement magique qui se déroula dans une atmosphère on ne peut plus parfaite avec la juste dose de retenue, d’extrême sensibilité, de puissance et d’envol extatique dans un cadre invitant au délassement total et dans le goût absolu d’une salle au public attendri par les notes suaves et déliées d’une jeune pianiste russe passionnée arc-boutée sur son œuvre généreuse et envoûtante. On obtint en mélomane gourmand un bis en collier de perles baroque dont j’ignore l’intitulé. J’avais un mal de tête persistant au départ de la soirée et mon front se délassa comme enduit d’un beurre de noisette délicat et parfumé. L’alcool était dans l’air si subtil qu’il passait comme une danseuse dans une élévation assurée et libre. C’était la première fois que j’allais à la salle Pleyel et j’ai hâte d’y retourner.


Pauline Sauve

C’est un magnifique concert que nous a offert ce soir – samedi 12 mars –  l’orchestre national d’Ile de France. Dans le cadre des Ballets Russes à la salle Pleyel, il a interprété pour nous des extraits de quatre grandes compositions musicales des XIXème et XXème siècles.

La présentation des trois compositeurs français dans un spectacle appelé Les Ballets Russes, rappelle cette époque florissante – les années 1910 – où les compositeurs français et les chorégraphes russes s’alliaient pour créer de grands ballets. « Les Ballets Russes » était d’ailleurs le nom d’une compagnies de ballet, créée en 1907 par le russe Serge de Diaghilev. C’est en hommage à son riche répertoire que la salle Pleyel nous offre cette sélection des Ballets Russes, et aussi sans doute pour nous faire voir dans la musique les beautés des danses qui y ont été associées. Ce que l’orchestre, du reste, réussi très bien à faire.

Il faut d’abord souligner la virtuosité et l’émotion qu’ont su mettre les musiciens dans chaque morceau. Un beau moment dirigé par le chef d’orchestre Yoel Levi. Le concert commence doucement, par le Prélude pour l’après-midi d’un faune, de Debussy, où l’on est enlevé dans un rêve poétique. Après les applaudissements de la salle, l’orchestre poursuit avec le Concerto pour piano en sol majeur de Ravel, où apparaît la jeune et très talentueuse pianiste, Anna Vinnitskaya, qui nous joue de surcroît la Pavane pour une infante défunte.

Ensuite, après l’entracte, une belle découverte pour moi, avec trois extraits des Escales de Jacques Ibert. Puis est jouée la composition de Maurice Ravel pour Daphnis et Chloé, où les instruments font entendre toute leur douceur puis prennent une force et une fureur soudaine ! C’était la première fois que j’assistais à un concert de musique classique ; tout m’étonnait et me ravissait. Pour ce qui est de la musique, il faut dire que le son est bien meilleur lorsqu’on l’entend jouée devant soi, et que l’on voit tous les archets des violons se lever dans un même mouvement d’accord avec le chef d’orchestre.