Ballet Preljocaj

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Ballet Preljocaj, chorégraphie Angelin Preljocaj à l’Opéra Garnier.

La troupe invitée à l’opéra de Paris, originaire du Val de Marne, a donné une représentation comportant deux courtes pièces, de 35 et 40 minutes chacune. La première, Helikopter, est une sorte de ballet recréant le mouvement, le bruit et la forme de l’engin volant. Le spectacle débute et se clôt dans un long silence, lequel encadre vingt minutes assez pénibles d’un bruit très fort et très désagréable, semblable à un gros bourdonnement mécanique. Les jeux de lumière, en revanche, étaient particulièrement intéressants. La plupart du temps, seul le parterre était éclairé de stries bleues, alors que la scène elle-même était plongée dans l’obscurité. Les danseurs évoluaient alors sur une onde très large, qui se brouillait à mesure qu’eux-mêmes dansaient à sa surface. Puis les lumières se métamorphosaient pour devenir des ailes d’hélicoptère et suivaient chaque danseur, se superposaient parfois et se dédoublaient pour disparaître enfin. La chorégraphie, quant à elle, mimait le mouvement de l’engin, fondée essentiellement sur la rotation et la mécanique qui évacuaient parfois l’élégance des danseurs.

La seconde pièce, Eldorado (Sonntags Abschied) était tout à l’opposé de la première : la musique contemporaine restait assez délicate, et l’exposition remarquable de sensibilité. Chaque danseur, disposé devant un pan de mur tout autour de la scène, s’avançait vers le centre pour rencontrer sa moitié et amorcer avec elle le début d’une rencontre, d’une union en synchronie puis d’une séparation. Après ce premier plan, plusieurs groupes de danseurs se formaient à deux, trois ou quatre, dans un très beau jeu de parallèles, de suites et de répétitions, semblable à un motif de fugue en musique. Cette pièce sur l’amour était très bien servie par une lumière douce et tamisée, émanant des soleils dans les murs, comme autant de doubles bienveillants des danseurs. Angelin Preljocaj a alors déployé dans sa chorégraphie toute une palette de situations, allant du déchirement à l’érotisme, sans oublier les instants d’élégance qui ont fait d’Eldorado une magnifique pièce sur le rapport à l’Autre. – Marine Coulloud


Le 10 janvier 2013 l’Opéra de Paris au Palais Garnier invite pour le sixième et dernier jour la compagnie d’Angelin Preljocaj à monter sur scène sur la musique de Karlheinz Stockhausen.

Avant que les lumières ne s’éteignent et tout au long de leur douce dissipation, on plonge dans l’ambiance sonore de l’Helikopter avec le bruit des pales de quatre hélicoptères et un quatuor à cordes les accompagnant. L’illumination se transforme également dans cette atmosphère électroacoustique, en perdant toute attache avec la salle à l’italienne du XIXème siècle, et nous transporte à l’ère technogène de lignes droites des aéropistes et de couleurs simples et précises, pures et froides. Un continuo du bruit des turbines avec les cordes amplifiées dans une musique répétitive, évolutive et statique en même temps (l’appareil ne semble jamais décoller de la terre) évoque l’analogie avec un cœur, un cœur froid d’une composition et décomposition mécanique de l’espèce Homo Faber. On ne sent pas ici une véritable direction artistique de la chorégraphie – le mouvement semble être né de lui-même et en lui-même dans une exploitation technique et inconsciente perpétuelle du corps humain. Le rassemblement et le « dessemblement » des détails d’une machine dans une parfaite liaison entre les appuis, la métamorphose de figures complexes effectuée en légèreté extrême et avec une technicité exemplaire, l’efficacité et la précision du mouvement, son acuité, tout aussi comme la cohésion des danseurs et leur complémentarité en font une courageuse expérience de la mise en mouvement de cette musique de Stockhausen. Comme s’exprime Angelin lui-même sur ce sujet, « la radicalité de la musique [extrêmement puissante, mais pas faite pour danser] oblige à aller à l’essentiel, jusqu’à l’os du mouvement’ ».

Et si pour le chorégraphe, la ressemblance des deux pièces de la soirée tient à une altération sur son travail, la deuxième partie du programme montre un autre visage de Janus. Eldorado (Sonntags Abschied) rend une véritable chaleur du corps humain soulignée par le jeu de la lumière avec son côté chair de couleurs chaudes et son côté lune de couleurs froides. Le « mysticisme » d’un ballet « intimiste et sensuel » est rempli d’images d’apparence à la fois biblique et bouddhique. Une partie de la pièce est chorégraphiée sur la silence avec les duos de danseurs entourés en demi-cercle par les statues du reste de la troupe figé en divinités avec des auréoles illuminées. La musique entraîne ensuite les danseurs dans une alliance des corps masculins et féminins, une symbiose, en créant une masse de chair unique, qui émet des pulsations et vibre de l’intérieur. Le mouvement, comme dans la pièce précédente, est organique, lié et découle de soi. Il peut tout de même manquer d’arrêt, d’une réflexion sur le geste, qui donnera une ampleur à l’acte. La musique est souvent mimée dans la danse avec les sorties des danseurs et les gestes synchronisés aux intonations musicales.

Une soirée découverte de possibles unions entre la chorégraphie contemporaine dans sa recherche de la résistance et de la pluriimplication de la danse et la musique savante contemporaine dans sa réflexion charnière. À songer et à sentir. – Irena Derzhko                                                                           


Je suis arrivée à l’Opéra Garnier poussée par beaucoup de curiosité pour ce ballet, mais en suis sortie avec un peu de désespérane, bien que le public l’ait apprécié.
Le travail du chorégraphe Angelin Preljocaj est entré au répertoire du Ballet National de Paris au début des années 1990. « Il est considéré comme l’un des chorégraphes les plus importants alliant fréquemment des recherches formelles originales et des collaborations avec de nombreux autres artistes contemporains de tout horizon sans totalement s’éloigner de la tradition du ballet classique.»
Avec tous ces compliments, je le respecte et l’admire beaucoup, ce qui m’a donné envie d’aller voir son travail. Peut-être je n’ai pas encore vu assez de ses oeuvres pour saisir l’esprit de sa création. Mais, en ce qui concerne ces deux pièces conçues sur des créations musicales de Karlheinz Stockhausen, je ne suis admiratrice ni de la danse ni de la musique, surtout pour le première, Helikopter.

Helikopter a été créée en 2001, je trouve que l’idée qu’il « décline le mouvement des hélices, multipliant les élancements », avec la décoration de la scène, surtout grâce à la lumière qui fait émerger l’hélicoptère, tout cela est assez créatif, intéressant. Pourtant, la musique est extra contemporaine, répétitive, ne se présente pas comme définie par le programme (« lumineuse et céleste ») mais au contraire très bruyante, parfois insupportable. Les mouvements de rotations des corps et des bras, qui durent tout au long de cette pièce, nous montrent « des corps parfaits dans un paradis perdu », mais ils semblerait plutôt qu’ils aient perdu l’esprit…

«Eldorado, créée en 2007, est un ballet intimiste et sensuel dans lequel les danseurs, traversés par la musique, épousent les rythmes de la partition. Deux oeuvres-phares de l’un des artistes incontournables du paysage chorégraphique actuel pour qui la danse est un socle d’inspiration inépuisable.» En comparaison avec la pièce précédente, cette deuxième pièce me plaît davantage, non seulement j’en apprécie la conception, mais aussi la danse qui ouvre sur une réflexion imaginaire. C’est aussi là que survient la difficulté de communication entre le spectateur et le chorégraphe. – Luo Hua


Jeudi 10 Janvier, à 19h30, dans la salle mythique de l’Opéra Garnier, c’est naturellement par un bruit d’hélices, lançant la première note de la musique de Karlheinz Stockhausen, que commence le ballet chorégraphié par Angelin Preljocaj : Helikopter. C’est sur l’une des lignes bleues horizontalement projetées au sol, que, tel un équilibriste, un premier danseur fait son entrée en scène, modifiant de ses pas le tracé des stries. D’autres danseurs le rejoignent, venant de gauche, de droite, seuls ou à plusieurs, allant et venant au fil de l’eau. La prouesse des danseurs frappe d’emblée : leurs pas coïncident exactement avec les images projetées au sol –hélices autour de leurs pieds, damiers brouillés, nuées entourant leur corps-, au point que l’on croirait que c’est le parquet qui est tactile et se trouble au contact de leurs pas, et non les pas eux-mêmes qui tombent à l’endroit exact où sont projetées les lumières.
La musique,  quasi stridente à certains moments, ajoute un côté intrigant au ballet, et renforce sa puissance.  Ce sont finalement trois danseurs et trois danseuses qui, ensemble, mènent une chorégraphie faite de mouvements torsadés et de jeux de bras puissants, dans une énergie frénétique. Les mêmes pas sont repris dans des directions différentes, et les moments les plus intenses sont ceux où tous les danseurs se mêlent avec des jeux de poids/contrepoids magnifiques qui donnent au ballet une puissance incroyable. A la fin, le son perçant s’arrête pour laisser s’installer le silence, au sein duquel une danseuse loge ses derniers sauts et enjambées, avant de quitter la scène le long d’un des fils bleus réapparus.

Après un entracte de trente minutes, le second ballet du chorégraphe, Eldorado (Sonntags Abschied), débute sur un tableau aux allures mystiques. Douze murs encadrent la scène, sur lesquels se détachent douze silhouettes aux coiffes flamboyantes. La lumière s’allume et laisse voir douze danseurs, six hommes et six femmes, chacun immobilisé sur son mur respectif. Dans le silence, les corps s’avancent tour à tour au centre de la scène, deux par deux, et s’entremêlent. La musique s’élève alors pour laisser place à un jeu d’entrées et de sorties derrière les murs, d’alternance d’unissons et de pas individuels. La précision des gestes est d’autant plus visible que les danseurs exécutent les mêmes pas au même moment, côte à côte ou à des endroits différents de la scène. Le chorégraphe joue sur les combinaisons homme/femme, la symétrie et la dissymétrie. La tenue, beige et blanche, différente pour chacun mais sur lequel on retrouve toujours un même motif solaire -qui se trouve également sur les murs qui encadrent la scène- contribue à évoquer les étreintes charnelles, ainsi que le jeu des duos entre danseurs et danseuses. Cette chorégraphie a quelque chose de plus intimiste et sensuel que la précédente. Le regard est sans cesse appelé, on ne sait plus où fixer son attention tant la beauté s’immisce partout et l’on ne retient plus que le mouvement général, chaque corps ne s’inscrivant plus que dans un tout harmonieux et étonnant.

Si l’on retrouve dans les deux ballets une même « patte » Preljocaj, avec ses mouvements de bras si particuliers et son énergie incroyable, j’ai pour ma part préféré le second, pour sa pureté, sa sensualité et sa simplicité, qui n’entravent en rien sa puissance évocatrice.  – Maëvane Royer


Le Ballet Prejlocaj est une compagnie invitée dirigée par le chorégraphe Angelin Prejlocaj. Les deux pièces représentées, Helikopter et Eldorado (Sonntags Abschied) étaient inspirées par des musiques du compositeur allemand contemporain Karlheinz Stockhausen. La première est une pièce créée en 2001 d’une durée de 35 minutes où six solistes (trois hommes et trois femmes) dansent autour des hélices d’hélicoptères. Après un entracte de 20 minutes, la deuxième partie comporte la chorégraphie Eldorado (Sonntags abschied), pièce de 40 minutes créée en 2007 et jouée par douze danseurs.

Helikopter est une pièce créée sur la composition Helikopter-Streichquartett (Quatuor à cordes hélicoptère) de Karlheinz Stockhausen. L’ouvrage de Stockhausen, créé et enregistré en 1995, utilise un quatuor à cordes, quatre hélicoptères et leur pilote et des équipements d’audio et vidéo. Dans sa pièce, Prejlocaj essaie de reproduire la sensation de mouvements des hélices et leur interaction avec le quatuor grâce aux lumières mais aussi grâce à la chorégraphie qui dévoile l’énergie de la musique à travers les rotations des corps. Le rôle des lumières est très important pour accompagner l’interaction entre la musique et la danse produite dans ce ballet. Les lumières se reflétent uniquement dans le sol, point de l’espace scénique qui dans des représentations plus traditionnelles reste sous silence. Cependant, le fait « d’illuminer » le sol produit un effet très agréable depuis la place du spectateur : comme si l’on voyait depuis l’hélicoptère vers le bas.

En contraste avec l’énergie de la première pièce, Eldorado (Sonntags abschied) a un caractère plus délicat. Depuis le début de la pièce, caractérisé par le silence corporel et le silence visuel (des lumières), les mouvements des danseurs sont plus intimes et subtils. Les costumes, « collés » aux corps et d’une couleur « peau », produisent un effet de nudité qui met en exergue la sensualité de la chorégraphie.

Ces deux chorégraphies me font penser au projet de Richard Wagner de créer une œuvre d’art totale (Gesamtkunstwerk) où plusieurs formes artistiques peuvent exister de manière simultanée. Dans le cas de Helikopter, le paysage scénographique (lumières et scénographie) trouvent un endroit pour rendre lisible la relation entre musique et danse : les danseurs sont des sujets et/ou des objets des hélices, des ondes produites par elles, des coups d’archet du quatuor. La musique, spatiale en elle-même, trouve dans les mouvements des danseurs un lieu pour bouger. Dans Eldorado aussi, un élément de la mise en scène, ici les costumes, est le lien/complément de la musique et la danse. Grande occasion de voir le mariage entre ces deux grands arts grâce à la pièce de Prejlocaj qui rend hommage à la musique de Stockhausen.


La plasticité des corps, le jeu de lumières, les synchronisations des mouvements, la musique et les sons, tout joue un grand rôle dans cette magnifique mise en scène du Ballet Preljocaj présentée le jeudi 10 janvier dans l’amphithéâtre du Palais Garnier. 

On pourrait imaginer des histoires ou ne rien s’imaginer. Tout est possible. On pourrait penser à différentes relations et situations entre les personnages ou les voir de manière isolée. On peut imaginer une route d’avion, des hélicoptères, de l’eau, le ciel et même les étoiles. On peut supposer qu’il y a des personnages fantastiques, comme des dieux ou comme des semi-humains.

Cette présentation est le résultat d’une longue préparation de professionnels de la danse contemporaine, qui offre au public des sensations très différents. Au final, on peut se demander qui sont ces hommes ? Ces corps en mouvements parfaits ? Est-ce qu’on peut s’identifier avec des situations fantastiques ou, parfois avec  différents mouvements et des situations d’amour, de violence, de solidarité ? Depuis ma place de spectatrice, l’illusion crée par les lumières dans ce spectacle a été fantastique. – Maria Stella Urrego

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