Ballade pour violoncelle et chambre noire / Philharmonie de Paris

« C’est si dur d’écrire que je place Victor Hugo dans la lignée des martyres ! » Voici ce que Robert Doisneau écrit en 1962 à son ami Maurice Baquet, alors qu’il prépare l’une de ses premières expositions. Voici ce que Mathieu Amalric lit à son ami Laurent Poitrenaux, et aux spectateurs de la Ballade pour violoncelle et chambre noire, spectacle donné à la Cité de la musique les 5, 6 et 7 décembre 2018. Doisneau, comme Baquet, apparaissent pourtant (ou peut-être en est-ce justement une preuve, par un effet de prétérition comique) comme des épistoliers pleins d’esprit, en plus d’être des artistes talentueux.

Organisée par Clémentine Deroudille, petite-fille du photographe, la lecture de lettres que se sont échangés Robert Doisneau et Maurice Baquet entre 1960 et 1962 est accompagnée de la projection de photographies de Doisneau et l’interprétation libre de thèmes emblématiques de Maurice Baquet, violoncelliste, par Maëva Le Berre au violoncelle et Éric Slabiak au violon. Au fil des lettres, on entrevoit le quotidien des deux amis, leurs tracas, toujours racontés avec un sourire et au coin de la plume, leur amitié.

C’est cependant plus qu’une lecture musicale à laquelle on assiste : Mathieu Amalric et Laurent Poitrenaux jouent avec l’espace, avec les musiciens, avec leurs costumes. Chacun se trouve attablé d’un côté de la scène, figurant ainsi l’océan Atlantique qui sépare Doisneau et Baquet au moment de l’écriture des lettres et ils viennent s’embrasser au centre de la scène, lors de leurs rares retrouvailles. Laurent Poitrenaux surtout joue avec son costume queue-de-pie et ses couvre-chefs qu’il change au gré des saisons et des lieux d’où il écrit. Mathieu Amalric, quant à lui, trie ses photos, en suspend certaines à une corde à linge sur un côté de la scène, fume une cigarette de temps à autre. Des photographies sont également projetées sur un écran blanc au mur et ponctuent la lecture des lettres. On découvre en particulier quelques-unes des photos de Maurice Baquet prises par son comparse qui montrent l’esprit facétieux des deux épistoliers : Baquet se baignant alors que son violoncelle flotte à côté de lui, Baquet faisant un violoncelle de neige dans les rues de New-York, Baquet emmenant son violoncelle au ski… On redécouvre aussi de célèbres photos de Doisneau, dont le fameux Baiser de l’Hôtel de Ville, des portraits de Jacques Prévert, de superbes photos de Baquet, tout petit au milieu de l’immense pont de Brooklyn, ou jouant en contre-jour devant un panorama de buildings new-yorkais. Durant tout le spectacle, lecture, musique et photographie s’entremêlent et se répondent pour émouvoir et faire rire aux éclats le public.

Océane Le Bourhis

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Ballade pour violoncelle et chambre noire met en scène la tendre amitié qui lie le très polyvalent comédien Maurice Baquet, à la fois violoncelliste et skieur, et le photographe Robert Doisneau. Le spectacle porte le nom de l’ouvrage que les deux amis publieront ensemble. Il s’agit d’un livre à leur image. Doux et drôle, Doisneau capture le comédien et son fidèle instrument dans diverses situations insolites: gravissant une montagne enneigée ou déambulant sur un pont New-Yorkais.

Ces clichés reflètent l’espièglerie omniprésente dans leur correspondance, matière première de cette pièce. Ces lettres, le plus souvent inédites, nous révèlent la relation privilégié des deux artistes à une époque où ceux-ci sont séparés par l’atlantique. Robert partage la monotonie de sa vie de photographe industriel en France qui manque cruellement de créativité et Maurice décrit, non sans humour, les bizarreries du nouveau continent où il se trouve en tournée. Les deux amis sont alors unis par un projet: celui de publier ce fameux livre de photographie. Face aux refus de nombreuses maisons d’édition, ce couple d’éternels optimistes ne perd pas son sens de l’humour, ni l’espoir de trouver un jour une âme bienveillante qui appréciera leur excentricité.

Mathieu Almaric et Laurent Poitrenaux, les interprètes respectifs de Robert Doisneau et Maurice Baquet, redonnent vie avec beaucoup d’entrain à ce duo dynamique, grâce à une lecture d’une bonne humeur contagieuse qui tient en haleine le spectateur. Le public est attendri par la joie de vivre et la finesse d’esprit des deux personnages. Situés au centre de la scène, les deux musiciens occupent également le cœur de la pièce. La violoncelliste Maeva Le Berre et le violoniste Eric Slabiak accompagnent le duo de leurs airs, tantôt taquins, tantôt plus mélancoliques, nourrissant une complicité toute particulière avec Maurice. La photographie n’est pas en reste. Les clichés sont à la fois projetés sur un écran derrière le plateau et accrochés sur scène. Ils font écho aux aventures des deux amis et viennent compléter ce quatuor rieur, composé de deux artistes et de leur art, qu’ils prennent plaisir à partager et qui les enrichit mutuellement. Une pièce douce, bienveillante et extrêmement drôle, à l’image de ses protagonistes, qui permet au spectateur de s’évader de sa grisaille parisienne, l’espace de quelques heures. Nous en sortons avec un regard nouveau sur notre quotidien et une oreille plus attentive aux belles choses de la vie.

Elsie Dent

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Ce Jeudi 6 Décembre, une centaine de spectateurs se sont réunis pour se perdre le temps d’un instant dans les années 1950. Nous assistons aux souvenirs de Robert Doisneau, un artiste aux divers talents : il étudie les Arts graphiques à l’Ecole Estienne, se découvre une passion pour la photographie et se lance alors dans une carrière de photographe à l’Atelier Ullmann… Une symbiose à quatre voix nous ballade à travers la vie de Robert Doisneau. Sous la forme singulière d’un concerto et d’une lecture jouée, on découvre l’histoire d’une amitié entre Robert Doisneau et Maurice Baquet, joués par Mathie Amalric et Laurent Poitrenaux, accompagnés de la violoncelliste Maeva Le Berre et du violoniste Eric Slabiak. Cette amitié les amène à réaliser un livre Ballade pour violoncelle et chambre noire et c’est histoire que nous compte les deux interprètes. On rit, on reste parfois sans voix face aux clichés de Doisneau qui illustrent le jeu des comédiens.

Sonia Guertout

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Photographie : Robert Doisneau