Avant-première : The Pretenders de James Franco [Champs Élysées Film Festival]

The Pretenders : la douce illusion

Le nouveau film de James Franco est une lettre d’amour adressée au cinéma français, du moins c’est ainsi qu’il est présenté au public venu nombreux ce soir-là. Les références et clins d’œil aux films de la Nouvelle Vague sont en effet légion mais n’obstruent en aucun cas la narration. Celle-ci relate l’histoire d’une amitié entre deux étudiants qui naît sous l’influence d’un amour partagé : jeune actrice à la chevelure rousse, Jane Levy a des airs de Françoise Dorléac ou d’Anna Karina, papillon tragique virevoltant entre deux hommes.

Savant mélange entre fiction et réalité, le réalisateur questionne notre perception du monde et notre rapport au temps. Est-il possible de refaire une scène ? Ets-il possible de revenir en arrière et prétendre que tout peut recommencer à partir de cette nouvelle décision ? Le titre est à propos : non seulement les deux jeunes hommes sont des prétendants à l’amour, mais ils prétendent également atteindre un degré plus absolu de la réalité tout en jouant un rôle la plupart du temps. L’esthétique du film est telle une bulle de savon, les contours brillants des personnages et des paysages participent de ce flou entre réalité et fiction.

Si The Pretenders est un film séduisant, également pour ses choix musicaux, il n’empêche qu’il pèche à s’identifier de manière trop parfaite à son titre. A force de vouloir jouer des symboles que sont le trio amoureux et le mythe de la femme fatale, James Franco y perd le peu d’authenticité de son film. Ainsi, faut-il vraiment le considérer comme un hommage rendu à la Nouvelle Vague quand ce que le réalisateur semble en retenir est qu’une femme a besoin d’un bad boy et d’un romantique fleur bleue pour être heureuse ? Qu’elle sera quoiqu’il arrive incapable de se décider entre les deux et qu’elle demeure sans égard aucun pour le mal qu’elle cause ? Ces stéréotypes qui se veulent comprendre le désir féminin peinent à convaincre. Certains clichés de mise en scène comme les flashs back en filtre sépia ajoutent également à ce qui semble être un exercice de style trop appliqué.

L’aura des années 70 s’efface dans le crépuscule des années 80, qui apportent avec elles leur lot de misère : années sida, années des séparations, tout semble échapper aux jeunes gens à qui tout souriait. Le film ne porte aucun jugement sur les faits et gestes de ses personnages dans une retenue appréciée. Cependant, à trop vouloir éviter de proposer une interprétation quelconque, il en devient difficile d’être ému par le sort des protagonistes qui marchent vers leurs destins comme poussés par la fatalité. Ce portrait sans concession, malgré les stéréotypes qui l’agrémentent, reflète une époque où des jeux d’apparence sans conséquences se révèlent bien vite tragédie.

Mathilde Charras

Categories: Cinéma, reportage