Arba, hommage à Barbara

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Vingt ans jour pour jour après la disparition de Barbara, Jeanne Cherhal et le musicien franco-libanais Bachar Mar-Khalifé lui ont rendu hommage à la Philharmonie de Paris dans un concert à deux pianos, Arba. Dos à dos, en corps à corps avec leur instrument, ils ont interprété un programme de dix chansons de la dame brune à qui la Philharmonie de Paris consacre également une exposition jusqu’à fin janvier.

La qualité de ce spectacle tient d’abord aux chansons de Barbara elles-mêmes qui résistent à ce que leur infligent les deux pianistes. Tour à tour chercheurs fous dans leur laboratoire de notes et de touches et enfants dans leur terrain de jeux, ils semblent peu soucieux de l’inévitable question de la fidélité à l’original, et on ne peut que saluer leur liberté d’interprètes. Les mélodies sont tordues, répétées à l’infini, déconstruites, poussées à bout, et elles tiennent toujours debout. Le spectateur est invité à reconstituer ces chansons qu’il connaît, ainsi que leurs titres qui apparaissent eux aussi partiellement au fond de la scène. Barbara est toujours là, même avec quelques lettres en moins ou quelques notes en plus.

Bachar Mar-Khalifé et Jeanne Cherhal, que l’on connaît bien comme chanteuse, sont d’excellents pianistes et veulent nous le faire savoir : si l’on se réjouit de leurs jeux et de leurs réécritures ludiques (Du bout des lèvres), on peut regretter que d’autres chansons (Perlimpimpin, Les insomnies) soient réduites à des exercices pianistiques virtuoses et répétitifs. Le spectateur, exclu, se contente alors de rester patiemment derrière la porte du cours de piano.

C’est quand la virtuosité laisse place à l’émotion et aux mots qu’on entre pleinement dans le spectacle et qu’il s’adresse à nous. Ce sont les textes qui donnent toute sa musicalité au spectacle. La Nantaise Jeanne Cherhal, avec retenue, interprète magnifiquement Nantes et le Libanais Bachar Mar-Khalifé chante le très actuel Göttingen (« O faites que jamais ne revienne / Le temps du sang et de la haine »). Grâce à des tempi souvent plus lents que les interprétations de Barbara, on entend les textes comme si c’était la première fois. Les mots, si personnels et par là-même universels, prennent une autre ampleur, comme délivrés de l’urgence avec laquelle les chantait Barbara.

Mathilde Gie

La petite musique de Barbara cristallisée dans Arba… 

Le samedi 25 novembre, la Philharmonie de Paris proposait un hommage à Barbara dans le spectacle Arba, réalisé par Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé. Le concert était en grande partie instrumental : dialogue de deux pianos, auquel s’enlaçaient ponctuellement les voix des deux interprètes.

Sur les partitions de l’œuvre de Barbara, les deux musiciens ont tissé leur propre sensibilité. La toile musicale, l’air initial, se développent et s’étendent sur des chemins nouveaux, inédits où ils résonnent différemment. Dans cet hommage, c’est sans doute l’immensité de l’œuvre de la chanteuse qui se dit, l’œuvre apparaissant comme un arbre d’où ne cessent de surgir par-delà les airs les plus connus, des ramifications nouvelles. C’est ainsi que la chanson: « Du bout des lèvres » fit rire, entendue dans cette réinterprétation à quatre mains, où chacune chasse l’autre, où des mains sur un piano s’agitent, s’animent. Cette version instrumentale, fait résonner intérieurement les paroles, animées par le rythme, par cette voix du piano dans laquelle semble renaître Barbara. Les notes s’échappent du bout des doigts, dans la danse des mains des musiciens.

Dans ces réécritures des chansons de Barbara, Jeanne Cherhal a tenté de faire éclater ce qui selon elle en constitue l’essence. En ce spectacle, qui serait comme une épure de l’œuvre barbaresque comme en témoigne le titre : Arba, demeure ce qui serait l’esprit de la compositrice, celui du moins qu’ont retenu les deux artistes présents sur scène. C’est ainsi que surgissent différentes émotions, les frissons à l’interprétation de Göttingen à laquelle Mar-Khalifé prête sa voix, le rire, un sourire lorsque les artistes établissent avec un public amateur des connivences relatives à ce qui nous a réuni : l’amour d’une même femme, d’une même poétesse, d’une même voix. Ce court concert nous ramène à une œuvre merveilleuse, dont on n’a pas fini de se faire l’interprète.

Juliette Beillot

A l’occasion des 20 ans de la disparition de la chanteuse Barbara, et en lien avec l’exposition « Barbara » qui se déroule actuellement à la Philharmonie de Paris, la chanteuse Jeanne Cherhal invite le pianiste Bachar Al-Khalifé pour un concert hommage à la Cité de la musique. Quel défi ! Depuis le début de l’année, de nombreux hommages sont sortis. On peut citer les albums de reprises « Elles et Barbara » (auxquels Jeanne Cherhal participe), « Barbara » par le pianiste classique Alexandre Tharaud, sans oublier l’album surprenant du comédien Gérard Depardieu, “Depardieu chante Barbara”.

Il s’agissait donc de trouver sa voie dans ce florilège d’hommages et apporter sa touche personnelle pour convaincre le public. L’alchimie entre Cherhal et Al-Khalifé a ici plutôt bien fonctionné ! En effet, dans une ambiance assez intimiste, deux pianos sont placés de façon à ce que les artistes jouent dos à dos. Jeanne Cherhal et Bachar Al-Khalifé ne sont que deux sur scène, et ont décidé de mener leur concert comme une véritable promenade. Les mélodies et arrangements des célèbres chansons de Barbara (Une petite cantate, Les insomnies, Au bois de Saint-Amand) sont variés, modelés et modifiés dans l’univers de Bachar Al-Khalifé, où l’on retrouve des influences de musique minimaliste/répétitive, mais aussi de musique orientale ou de jazz. C’est une musique très imagée, avec, malgré une nette différence de jeu pianistique entre les deux artistes, une grande cohérence musicale. On notera le très pudique et intime mais remarquable accompagnement dans la reprise de « Nantes » où Bachar Al-Khalifé n’hésite pas à exploiter l’ensemble des timbres du piano (en étouffant ou en pinçant des cordes par exemple). Cependant, il apparaît que l’abondance de développement minimaliste/répétitif peut parfois donner le sentiment d’une trop grande langueur, quelque chose d’excessif dans l’expression des émotions. Cela peut rendre l’écoute du concert frustrante (en particulier vers la fin du concert). À trop vouloir en faire, les artistes risquent de perdre les auditeurs sur le long terme, même si cela résulte des goûts et des couleurs de chaque auditeur.

Malgré l’omniprésence des pianos, le chant se fait une place (peut-être une trop petite place par rapport à la volonté de faire un hommage à une voix si impressionnante que celle de Barbara). Tout au long du concert, Jeanne Cherhal interprète avec une très grande élégance les chansons de Barbara. À la fois sans tomber dans une interprétation chargée de trop d’émotions, ni sans être froide et sèche, Jeanne Cherbal trouve un juste équilibre très agréable à l’écoute. Jeanne Cherhal a véritablement compris l’œuvre de Barbara, et l’effet est assuré sur le public ! Bachar Al-Khalifé chante aussi, en duo mais aussi en solo dans une très émouvante version de Göttingen, où la musique et le texte ne font qu’un pour une chanson déchirante.

En somme, un concert très bien réalisé, un hommage beau, juste, et original. Un duo qui nous a promené pendant 1h10 très agréablement dans un flot musical continu, où tout un monde en référence à Barbara nous entretient et fait du bien.”

Louis Sardina

Il est de ces spectacles après lesquels le retour à la vie quotidienne est difficile. Le monde paraît froid et hostile après tant de chaleur et d’émotion. C’est le cas d’Arba, un spectacle-concert de Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé en hommage à Barbara, joué à la Philharmonie de Paris le 24 et le 25 novembre 2017.

Arba, c’est le cœur de Barbara, une musique vivante et émouvante, même vingt ans après le décès de l’artiste. Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé lui ont d’ailleurs redonné vie ce soir, ils l’ont réinventé aussi. Car ce n’était pas seulement un concert auquel on a assisté, c’est tous les arts qui ont été convoqué pour rendre hommage à la Dame en Noir : musique, chant, lumière, couleurs… Deux pianos à queue sont sur scène, les deux chanteurs-compositeurs vont jouer dos à dos, à quatre mains, au cœur d’un ballet de lumière orchestré par les projecteurs qui les cachent, les découvrent, les entourent. Le spectacle visuel vient aussi du jeu auquel se livrent les deux artistes, un jeu qui devient lorsqu’ils jouent l’une des chansons côte à côte, avec leurs deux mains droites seulement qui se croisent et s’entrecroisent comme si elles n’appartenaient qu’à un seul corps.

D’un ton léger et d’une voix enjouée, Jeanne Cherhal ouvre le concert avec « Les Insomnies », chanson joyeuse qui annonce une soirée sans sommeil, mais en bonne compagnie. Les chansons s’enchainent, tantôt chantées, tantôt seulement jouées, et les pianos se répondent, les voix – celle claire et pure de Jeanne Cherhal et celle grave et profonde de Bachar Mar-Khalifé – se mêlent et se complètent, jusqu’à nous emporter dans une grande émotion lorsque Bachar Mar-Khalifé se lève pour chanter « Ô faites que jamais ne revienne / Le temps du sang et de la haine / Car il y a des gens que j’aime / À Göttingen, à Göttingen ». Les deux artistes emportent, par leur voix, par leur univers, ces chansons bien connues vers d’autres horizons, en particulier « Le Soleil noir » qui en est l’exemple le plus remarquable. Le jeu des projecteurs, par les lumières rouges dansant autour des pianos, crée une atmosphère semblable à une boîte de nuit, soulignée par les réponses que fait le piano de Jeanne Cherhal à celui de Bachar Mar-Khalifé et qui souligne le rythme puissant de la chanson. Les artistes emmènent avec eux le public dans une vague d’énergie et d’émotion qui ne nous laisse pas tout à fait indemnes.

Océane Le Bourhis

Le 25 novembre à la Philharmonie de Paris, Jeanne Cherhal et Bachar Mar-Khalifé ont proposé à la Philharmonie de Paris une création à deux pianos et voix un hommage à la musique, compositrice et pianiste Barbara. A l’image de Barbara, pour qui elle éprouve une grande admiration, Jeanne Cherhal est une auteure-compositrice-interprète qui place au cœur de son univers musical le couple piano-voix. Bachar Mar-Khalifé est un compositeur-interprète dont le répertoire va de la musique contemporaine à l’électro en passant par le jazz, la musique libanaise ou la chanson française.

Dans Arba, les deux artistes ne donnent pas à entendre des reprises des classiques de chansons de Barbara mais comme le titre de ce concert-spectacle le suggère, ils cherchent à atteindre le cœur de Barbara et s’attachent à extraire l’essence de sa musique en tendant vers l’épure. De fait ils ne donnent pas à entendre des reprises classiques des chansons de Barbara mais les déconstruisent via des arrangements sophistiqués qui prennent des grandes libertés vis-à-vis des chansons originales. C’est notamment le cas des versions strictement instrumentales. Seules quelques chansons étant chantées, en partie ou en intégralité. Les deux artistes transposent donc les musiques dans des répertoires variés tels que la musique contemporaine, en jouant non seulement avec les touches du piano mais également avec les étouffoirs, la tige de lyre ou en tapant sur le couvercle comme s’il s’agissait d’une percussion.

En outre, la performance des deux artistes a comme mérite de rendre un concert de musique classique accessible à tous via une mise en scène ludique. En effet, les deux interprètes sont très théâtraux et donnent un registre particulier à chaque chanson. Pour certaines, placées sous le signe du comique, ils ne cessent de passer d’un clavier à l’autre et feignent d’être en compétition pour jouer le plus possible ; et pour d’autre plus endiablées, ils dansent tout en jouant. De fait, le pari semble réussi puisque durant toute l’heure et demie que dure la performance, le public applaudit à de nombreuses reprises et réagit par le rire, l’émotion…. Le concert se clôt d’ailleurs sur une quasi ovation des spectateurs.

Cette dimension ludique est renforcée par la scénographie : les deux pianos sont placés face à face ce qui fait que les deux artistes sont à dos. De fait, cela permet de créer un jeu comique puisque l’un ne voit pas les mimiques que l’autre fait et ils sont tour à tour dans une connivence avec le public. Ainsi, on voit que les deux artistes cherchent réellement à être constamment en relation avec le public, ce qui, encore une fois, rend ce spectacle de musique classique accessible sans pour autant perdre en qualité. Enfin, le jeu de lumière est très travaillé et contribue à faire de chaque chanson une œuvre complète, une saynète en créant une ambiance particulière via un jeu sur les couleurs et leur rythme.

Albane Hartmann
Photo : Astérios